Selon les chiffres de France Renouvelables, la Nouvelle-Aquitaine reste la première région photovoltaïque en termes de capacité installée et la troisième pour l’éolien. Comment l’expliquez-vous ?
On note une bonne dynamique. C’est une très grande région au sud de la Loire, propice au photovoltaïque par son ensoleillement, et plus simple pour les implantations que la Paca et l’Occitanie aux reliefs complexes. En plus de ses zones de plaines, la Nouvelle-Aquitaine est dotée d’un bon maillage de lignes haute tension. Par ailleurs, l’engagement des grands acteurs agricoles favorise les implantations à l’échelle industrielle. En ce qui concerne l’éolien, les mâts sont concentrés dans les ex-Poitou-Charentes et Limousin ; les départements de l’ex-Aquitaine en sont dépourvus, c’est un frein. Le plus grand défi de la région sera de rééquilibrer les installations sur le territoire.
Pourquoi une telle disparité sur le territoire ?
En raison de nombreuses servitudes aéronautiques, de radars. On peut regretter que ce soit d’emblée des casus belli, c’est chasse gardée alors que la situation est plus apaisée dans d’autres régions qui doivent aussi faire cohabiter les activités, comme le Grand Est. Cela engendre des crispations légitimes en Limousin et Poitou-Charentes, qui considèrent avoir accueilli leur part. Nous portons un plaidoyer pour débloquer la situation. La Nouvelle-Aquitaine est intéressante car elle représente ce qui se passe à l’échelle nationale : des stéréotypes d’investissements massifs sur certaines zones et le délaissement complet sur d’autres. Un rééquilibrage est d’autant plus souhaitable que les injections des ENR dans le réseau sont censées être au plus près de la consommation.
"À horizon 2035 on a vocation à doubler la capacité de production solaire et multiplier par deux voire trois l’éolienne."
La production d’énergie éolienne et solaire a quadruplé en 10 ans dans la région, passant de 2 à 9,1 TW. Quels sont les prochains objectifs ?
À horizon 2035, on a vocation à environ doubler la capacité de production solaire et multiplier par deux voire trois l’éolienne. La fourchette va évoluer. On traverse une crise énergétique et une instabilité politique qui font stagner la consommation électrique alors qu’elle devrait être exponentielle. On devrait tous changer nos modes de chauffage, passer à la voiture électrique mais les aides fluctuent, les ménages et les entreprises n’ont aucune certitude. On aimerait voir se développer davantage de groupements PPA (Power Purchase Agreement, des contrats d’approvisionnement en ENR sur le long terme, NDLR) comme celui signé en Nouvelle-Aquitaine, le seul en France. Aujourd’hui, la crise géopolitique fait que la Russie et les États-Unis exportent leur pétrole en négatif, mais ça ne va pas durer !
En dépit de la bonne dynamique en Nouvelle-Aquitaine, la région ne se classe que 5e en termes de taux de couverture de ses besoins (derrière Hauts-de-France, Grand Est, Centre-Val de Loire, Occitanie), pourquoi ?
Elle est bien plus grande et plus peuplée que le Centre-Val de Loire… Et il n’y a pas tant d’écart que cela entre les régions. La Nouvelle-Aquitaine est à 22 % de couverture de la consommation électrique. Il faut bien se rappeler que l’électricité est une partie de la consommation énergétique (à côté du pétrole, du gaz…) qui a vocation à énormément se développer.
La non-attribution de l’appel d’offres du premier parc éolien au large d’Oléron, faute de candidat, est un mauvais signal. Comment l’interprétez-vous ?
Il n’est pas imaginable que le projet n’aboutisse pas. En revanche, il faut échanger avec les acteurs pour déterminer pourquoi ils ont reculé, ramener de l’objectivité, reprendre la cartographie. Faut-il rapprocher le parc sachant que son éloignement a contribué à la complexité du projet ? Faut-il qu’il soit plus proche d’une zone portuaire ?