Bretagne
"L’objectif est de renforcer la dynamique bilatérale entre la France et le Maroc"
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Youssef Tber directeur des investissements et des exportations au sein de l’AMDIE (Agence Marocaine de Développement des Investissements et des Exportations) "L’objectif est de renforcer la dynamique bilatérale entre la France et le Maroc"

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Une centaine de chefs d’entreprise bretons participent jusqu’au 17 octobre au voyage d’affaires du Medef 35 au Maroc. À cette occasion, une déclaration d’intention de coopération vient d’être signée entre le patronat bretillien, la CGEM (le patronat marocain) et l’AMDIE (Agence Marocaine de Développement des Investissements et des Exportations). Youssef Tber, directeur des investissements et des exportations au sein de l’AMDIE, dévoile les opportunités à saisir au Maroc pour les entreprises françaises.

Youssef Tber, directeur des investissements et des exportations au sein de l’AMDIE (Agence Marocaine de Développement des Investissements et des Exportations) — Photo : Baptiste Coupin

Qu’est-ce que l’AMDIE ?
L’AMDIE pour Agence Marocaine de Développement des Investissements et des Exportations est une structure stratégique au Maroc : son directeur général est nommé par Sa Majesté le Roi, et son conseil d’administration est présidé par le chef du gouvernement. Elle joue donc un rôle central dans l’écosystème de l’investissement et de l’export au niveau national.

Une déclaration d’intention de coopération vient d’être signée aujourd’hui à Casablanca avec le Medef 35. Quel en est le cadre ?
Elle marque la volonté d’approfondir les relations entre la partie bretonne et le Maroc autour de la coopération économique, de l’échange d’informations, de savoirs et de compétences, ainsi que des visites d’affaires. L’objectif est de renforcer la dynamique bilatérale entre la France et le Maroc. Il y a aussi une volonté de travailler avec les régions : la rencontre d’aujourd’hui en est un bon exemple, avec plus de cent participants, signe de l’intérêt des entrepreneurs bretons pour la destination Maroc.

Signature d’une déclaration d’intention entre le Medef 35, la CGEM (le patronat marocain) et l’AMDIE (Agence Marocaine de Développement des Investissements et des Exportations). À Casablanca, le 16 octobre 2025 — Photo : Baptiste Coupin

La France est le premier partenaire économique du Royaume. Safran vient d’ouvrir un second centre de maintenance dans le Royaume. Les bretons Beaumanoir, Niji, Interaction ou Roullier sont là aussi. Quels atouts le Maroc offre-t-il à des PME/ETI/groupes français qui chercheraient à se développer à l’international ?
L’offre de valeur du Maroc repose sur six piliers principaux. D’abord, la stabilité économique et politique. Ensuite, la qualité des infrastructures aux meilleurs standards internationaux, qu’il s’agisse de zones industrielles ou logistiques. Le troisième atout est l’ouverture du pays sur le commerce international, grâce à de nombreux accords de libre-échange avec l’Union européenne, les États-Unis et le continent africain, offrant un accès à plus de 2,5 milliards de consommateurs. Le quatrième pilier est l’effort en matière de décarbonation et d’accès à l’énergie renouvelable, un atout clé pour les stratégies industrielles. Cinquième avantage : la qualité des ressources humaines, qualifiées et compétitives, soutenues par des politiques publiques de formation. Enfin, le Maroc a simplifié son environnement des affaires avec des réformes et des aides publiques favorisant l’investissement.

"L’objectif est de rendre le territoire plus attractif et d’encourager des activités nouvelles."

Vous faites là référence à la Charte de l'investissement qui est entrée en vigueur en 2023 dans le pays. Qu’est-ce qu’elle offre comme opportunités ?
La Charte de l'investissement est une loi-cadre qui met en place des dispositifs d’accompagnement, des subventions et des réformes pour améliorer le climat des affaires. Elle simplifie les procédures administratives et renforce leur digitalisation. Portée par le ministère de l’Investissement, créé en 2021, cette loi vise à fluidifier l’acte d’investir. Elle prévoit notamment des aides directes au CAPEX (investissement en capital, NDLR), attribuées selon plusieurs critères : montant de l’investissement, nombre d’emplois créés, secteur d’activité, localisation, parité femmes-hommes, respect de l’environnement et innovation technologique. L’objectif est de rendre le territoire plus attractif et d’encourager des activités nouvelles.

Le Medef 35 emmène plus de 100 chefs d’entreprise bretons pour découvrir les possibilités d’affaires au Maroc — Photo : Baptiste Coupin

Quels secteurs sont prioritaires et offrent des opportunités aux entreprises bretonnes ?
Le Maroc a développé de véritables écosystèmes dans des secteurs comme l’aéronautique, l’automobile, le textile, l’industrie pharmaceutique et l’agroalimentaire. De nouveaux secteurs émergent : économie numérique, data centers, services IT, énergies renouvelables, notamment l’hydrogène vert, avec un cadre réglementaire spécifique. Les industries chimiques et parachimiques sont également en croissance, en lien avec la mobilité électrique et la transition énergétique.


Les entreprises et les investisseurs privés sont-ils très attendus dans le Royaume ?

Avant la Charte de l’investissement, deux tiers des investissements provenaient du public. L’objectif est désormais de rééquilibrer avec davantage d’investissement privé, plus générateur d’emplois et de valeur ajoutée. Ce rééquilibrage soutient aussi les grands chantiers sociaux du Royaume, comme la santé et l’éducation, tout en renforçant l’emploi des jeunes et la diversification territoriale. L’investissement privé, en générant des recettes, permet à l’État de financer ses politiques sociales et de développement.

"Le secteur agroalimentaire est au cœur d’une stratégie nationale"

Les entreprises bretonnes ont des savoir-faire industriels, notamment dans l’agroalimentaire. Quels savoir-faire sont les plus attendus ici au Maroc ?
Le secteur agroalimentaire est au cœur d’une stratégie nationale, la Vision Green 2030, qui vise à moderniser et faire monter en gamme l’agriculture et l’agro-industrie. Les opportunités concernent la transformation des produits agricoles, la pêche et la transformation halieutique, mais aussi les plantes aromatiques et médicinales. L’objectif est de créer davantage de valeur ajoutée à partir de la production locale.


Le Maroc veut aussi devenir un hub industriel et logistique pour l’Afrique. Comment les entreprises bretonnes peuvent-elles s’inscrire dans cette stratégie ?

Le Maroc a un fort ancrage africain. C’est le premier investisseur africain en Afrique, via ses banques, assurances, télécoms ou encore le groupe OCP. Cette présence offre des relais solides pour les entreprises françaises souhaitant accéder aux marchés africains. Le hub Casablanca Finance City joue un rôle clé, en proposant un cadre fiscal et administratif attractif pour les sièges régionaux. Enfin, les accords de libre-échange, comme la ZLECAf (Zone de libre-échange continentale africaine), permettent un accès facilité aux marchés africains depuis le Maroc, qui se positionne comme une porte d’entrée naturelle vers le continent.

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