Trois MW en plus et cette ombrière solaire était la plus puissante de France. "Il manque effectivement quelques panneaux pour faire de l’ombrière de Tradisa à Creutzwald la plus puissante de France", indique Anna Lafont, la directrice régionale du développement Nord chez TotalEnergies, lors du lancement du chantier. Les équipes de TotalEnergies (CA : 214 Md€ ; 100 000 salariés) viennent en effet de s’engager dans un chantier à 32 millions d’euros, visant à recouvrir le parking du logisticien automobile espagnol Tradisa, opérant depuis Creutzwald, en Moselle, sous la raison sociale Tramosa, d’une ombrière solaire composée de 73 000 panneaux, pour une puissance totale de 33 MWc. Après la livraison, prévue pour septembre 2027, l’énergéticien pourra injecter chaque année 34,8 GWh d’électricité sur le réseau, soit la consommation de près de 22 000 personnes.
Des ombrières rendues obligatoires
"C’est un chantier emblématique", estime Gilles Pouret, le directeur régional Grand Est de TotalEnergies. "Déjà, il s’agira du 34e site de production d’énergie décarbonée pour l’ensemble du Grand Est, mais surtout, ce site sera à date le plus gros site pour TotalEnergies de production solaire sur ombrière de parking." Prévues par la loi du 10 mars 2023 relative à l’accélération de la production d’énergies renouvelables, ces ombrières sont devenues obligatoires sur les parcs de stationnement extérieurs d’une surface supérieure à 1 500 m2. "Pour nous, avoir des sites comme celui-ci, déjà opérationnels pour faire de la pédagogie, évidemment, ça aide à la décision et nous le constatons auprès de nos prospects sur l’éolien et l’agrivoltaïsme, où les sujets sont aussi nouveaux", précise Gilles Pouret en espérant convaincre d’autres industriels disposant de vastes espaces de parking.
Six sites à l’échelle de l’Europe
À Creutwald en Moselle, Tramosa, la filiale du groupe espagnol Tradisa, exploite un parking de 11 500 places, sur une surface de 35 hectares. Concrètement, le logisticien automobile réceptionne les véhicules neufs à leur sortie de l’usine, pour les amener en concession, par train et par camion. Exploitant six sites similaires à l’échelle de l’Europe, le groupe espagnol réalise un total de 130 millions d’euros de chiffre d’affaires, dont 40 millions d’euros à Creutzwald, avec une équipe de 170 personnes. Soumis à l’obligation écrite dans le droit français, le groupe espagnol a confié le marché à TotalEnergies, qui investit et va exploiter l’ombrière, contre un loyer, pendant 26 ans. "Nous sommes un groupe familial spécialisé dans la logistique automobile", précise Gonzalo Martín del Arco, dirigeant du groupe Tradisa. "Nous ne serions pas du tout capables de réaliser une ombrière solaire. Pas uniquement à cause de l’argent, qui est sans doute le premier problème, mais aussi de la technologie, de la connaissance, du business, etc. C’est pour cela que nous avons fait appel à une compagnie spécialisée dans l’énergie."
Un bail de 26 ans
Lancé en 2021, le projet sera donc opérationnel six ans après les premières décisions. "Au début des discussions, nous avons essayé de fixer un bail de 15 ans maximum", révèle Gonzalo Martín del Arco. "Mais il était trop délicat pour TotalEnergies de rentabiliser l’investissement sur un délai aussi court, c’est pour cela que nous avons fixé la durée du bail à 26 ans", précise le dirigeant espagnol, en insistant sur la sensation de vertige consistant à engager son entreprise pour 26 ans lors de la signature des contrats. "Les services juridiques ont mis un an de travail pour arriver à formaliser un document qui va cadrer le chantier et les 26 ans du bail", précise Manuel Lherbet, le directeur général de Tradisa France.
Garantir le stock de Tradisa
Pour autant, les dirigeants du groupe Tradisa se félicitent de cette opération : "D’abord parce que notre site va permettre de produire de l’énergie électrique décarbonée", souligne Gonzalo Martín del Arco. En se basant sur la moyenne des émissions de CO2 des moyens de production d’électricité en Europe, les services de TotalEnergies estiment que l’émission de 9 240 tonnes de CO2 sera évitée chaque année. À cette satisfaction, le dirigeant espagnol en rajoute deux : la protection des véhicules confiés à Tramosa et la qualité de vie au travail. "Nous travaillons essentiellement avec des marques premium comme Mercedes, Porsche, Tesla", décrit le directeur général de Tradisa France. "Donc il y a une valorisation de stock qui est énorme. Et donc l’intérêt numéro un des ombrières, c’est déjà de protéger nos véhicules", insiste le dirigeant. Concrètement, si cela était possible, Gonzalo Martín del Arco lancerait partout ce type de chantier : "Mais souvent, c’est très compliqué. Nous avons par exemple un site similaire à Barcelone, de 11 000 places. Mais il n’est pas possible de le recouvrir d’ombrières du fait de sa trop grande proximité avec l’aéroport", regrette le dirigeant.
Sept phases pour dégrader l’activité le moins possible
Pour l’équipe de Tramosa à Creutwald, le principal défi consistait à minimiser l’impact du chantier sur les opérations : chaque jour, ce sont plus de 1 500 véhicules qui sont chargés et déchargés sur le site, pour un total annuel de plus de 900 000 mouvements. "Nos 11 500 places sont divisées en cinq plateaux", décrit Manuel Lherbet. "L’enjeu pour nous, c’était de pouvoir construire l’ombrière photovoltaïque tout en dégradant le moins possible l’activité. Après réflexion avec les équipes de TotalEnergies, nous avons découpé le chantier en sept phases. Certaines zones sont tellement grandes qu’elles vont être découpées en deux phases."
Concrètement, à chaque phase, entre 2 000 et 3 000 véhicules sont évacués d’une zone, pour laisser le champ libre aux équipes de TotalEnergies et à ses sous-traitants, soit une cinquantaine de personnes lors des pics d’activité. Depuis la mise en place des fondations des poteaux en acier jusqu’à l’installation des panneaux photovoltaïques, en passant par le câblage électrique, il faut environ 4 mois pour couvrir une zone. "Ensuite, nous pourrons à nouveau placer des véhicules sous l’ombrière et libérer une autre zone", explique Manuel Lherbet. Sans exclure la possibilité de rajouter quelques dizaines de panneaux pour dépasser la puissance de l’ombrière installée par le groupe Urbasolar sur le parking de Disneyland Paris, à Marne-la-Vallée, soit 36 MWc.