L'Alsace concentre plusieurs initiatives de TotalEnergies. Quelle est votre stratégie spécifique pour ce territoire ?
L'Alsace est un territoire que nous connaissons bien et sur lequel nous avons historiquement investi. Elle combine deux caractéristiques qui en font un levier de transition : une industrie dense et un tissu rural très structuré. À Oberhoffen-sur-Moder, dans le Bas-Rhin, nous avons par exemple reconverti un ancien dépôt pétrolier en centrale solaire. Cette installation de 10,7 mégawatts-crête produit 12,7 gigawattheures par an, soit l'équivalent de la consommation de huit mille foyers, tout en évitant l'émission de trois cents tonnes de CO₂ chaque année. Ce projet illustre notre logique de transformation énergétique sur des fonciers industriels existants.
Vous avez récemment ouvert à Strasbourg une station 100 % électrique. Quelle est son rôle dans le maillage régional ?
Cette station est un marqueur important. Elle a été ouverte en avril et a été officiellement inaugurée le 11 juin. Située dans un quartier densément peuplé de Strasbourg, elle comprend dix points de recharge haute puissance, permettant à un véhicule de récupérer environ cent kilomètres d'autonomie en six minutes. C'est un service essentiel dans un secteur où peu d'habitants disposent d'un garage ou d'une borne individuelle. C'est aussi notre première station 100 % électrique en Alsace, et la quinzième en France.
Cette ouverture s'inscrit-elle dans une stratégie plus large pour le Grand Est ?
Absolument. En région Grand Est, nous avons déjà déployé mille quarante-cinq points de recharge, dont cent quatre-vingts situés dans des stations-service. Par ailleurs, plus de huit cents bornes ont été installées chez des clients professionnels — des PME, des hôtels, des logisticiens. Le réseau évolue aussi sur d'autres axes : trente de nos stations dans la région sont "solarisees", environ cent distribuent du bioéthanol E85, et nous exploitons au total trois cents stations-service, dont quatre-vingt-dix-huit en Alsace. Ce sont des chiffres qui traduisent une mutation concrète de nos infrastructures.
Où en êtes-vous sur la production d'électricité renouvelable dans la région ?
Aujourd'hui, nous exploitons trente-trois centrales de production d'électricité renouvelable en Grand Est. Elles se répartissent entre onze centrales photovoltaïques et vingt-et-une éoliennes. Leur production permet d'alimenter l'équivalent de deux cent soixante mille habitants en électricité renouvelable locale. Elles permettent aussi d'éviter environ trente mille tonnes de CO₂ par an. Nous avons un volume de projets en développement équivalent à celui déjà installé, ce qui signifie que nous visons un doublement des capacités dans les prochaines années.
L'agrivoltaïsme est souvent perçu comme une piste prometteuse mais sensible par la communauté scientifique et les acteurs agricoles. Qu'en est-il de l'Alsace, qui possède justement une grande part de terres agricoles ?
Nous menons actuellement des discussions avec plusieurs agriculteurs et collectivités, notamment pour un projet situé dans le département de l'Aube, mais nous observons aussi des opportunités dans différents territoires alsaciens. Ce type de projet doit impérativement créer un bénéfice agronomique clair : protection des cultures, soutien à l'élevage ou amélioration des rendements. Nous refusons les approches opportunistes. Il faut que la production d'énergie s'intègre dans l'écosystème local sans entrer en conflit avec la vocation agricole des terres.
Sur l'accompagnement économique, vous proposez des prêts à taux zéro. Quels sont les résultats concrets en Alsace ?
Depuis 2022, nous avons accompagné trente entreprises dans la région Grand Est avec ce dispositif. Il s'agit de prêts jusqu'à cent mille euros, sans garantie, attribués à des projets créateurs ou soutiens d'emploi. Le total prêté atteint un million d'euros, et cela a permis de soutenir ou créer environ six cents emplois. En Alsace, nous avons accompagné sept PME en 2024, et déjà trois supplémentaires en 2025. Ce n'est pas un outil massif, mais il est très ciblé et complémentaire de l'action des banques et réseaux d'accompagnement locaux.
Malgré tous ces projets, certains observateurs vous reprochent de rester un acteur majoritairement fossile. Comment articulez-vous cela avec vos engagements climatiques et en termes d'image ?
C'est une critique que nous entendons, et à laquelle nous répondons en assumant une transition réaliste. Aujourd'hui, sur les trente-huit millions de véhicules en circulation en France, seuls deux millions sont électriques ou hybrides rechargeables. Il faut continuer à répondre aux besoins actuels tout en créant les conditions de la bascule. Nous investissons massivement dans le renouvelable, mais aussi dans les biocarburants, comme notre biodiesel HVO, produit à partir d'huiles usagées à La Mède, près de Marseille. Ce carburant permet une réduction d'émissions sans changer de véhicule. C'est un exemple de solution de transition.
Et au-delà des investissements, comment faites-vous évoluer vos infrastructures historiques ?
Nos stations-service évoluent avec les usages. Nous avons rouvert une station à Kemps, en zone rurale, parce que l'accès à l'énergie y devenait un enjeu d'égalité territoriale. Nous avons aussi remis en place des pompistes dans certaines stations, ce qui répond à une demande de proximité et de lien humain. Ces choix traduisent une volonté de rester un acteur de service de proximité, tout en accompagnant les évolutions technologiques et sociales.