L’épilogue le mois dernier de l’affaire dite de "France Telecom" (vagues de suicides de salariés en 2009 pour lesquels l’ancien PDG Didier Lombard et son ancien numéro 2 ont été définitivement condamnés par la Cour de Cassation en janvier) a consacré l’idée qu’un fonctionnement organisationnel peut devenir pathogène au point de pousser au suicide.
Il a également consacré l’idée que les dirigeants et managers restent comptables de ces dérives organisationnelles qui provoquent mal-être et burn out. Ce n’est pas que l’organisation qui est responsable de ses maux et des dégâts qu’ils provoquent chez les salariés, ce sont aussi ceux qui la mettent en place et la pilotent.
Ne pas se retrancher derrière les processus et les règles
Il n’est plus possible aujourd’hui de revendiquer ce que l’économiste italien Luigino Bruni nomme l’immunité bureaucratique et qui consisterait, lorsque cela va mal, à rejeter la faute et la responsabilité sur les processus organisationnels, les règles de fonctionnement et les outils de gestion.
Ce qui est vrai pour les dirigeants l’est aussi pour les salariés. Il est facile, au travail de se retrancher derrière ce que disent les ratios, les procédures ou les fiches de poste pour refuser de s’engager en tant que personne. Il est simple de réduire son implication à une dimension technique et de refuser de s’impliquer personnellement dans la réalisation de son travail, dans l’animation des collectifs, dans la recherche du progrès, dans la relation aux autres. Cela évite de s’exposer et limite la prise de risque pour soi. C’est aussi la meilleure manière de renoncer à la quête de ce fameux "sens du travail" pourtant si souvent revendiqué.
Créer les bonnes situations de travail
Ici la responsabilité des dirigeants est aussi de créer les conditions pour que les salariés puissent ne pas s’installer dans cette posture de retranchement à l’abri du paravent de la bureaucratie, de ses règles, de ses outils et de ses process. Il appartient au management de créer des situations de travail dans lesquelles les individus peuvent collaborer sans risquer de se voir reprocher le temps passé à se coordonner avec les autres, avancer des idées nouvelles sans que cela les expose immédiatement à des jugements sur leurs "talents" et leurs compétences. Créer des situations, enfin, dans lesquelles les salariés peuvent s’impliquer en tant qu’individu sans que leur altérité soit immédiatement qualifiée de trahison du modèle du bon salarié.
Il est de la responsabilité de chacun de lutter contre l’immunité bureaucratique. Il est de celle des dirigeants et des managers de créer les situations de travail qui le permettent.