À Guipry-Messac, au sud de l’Ille-et-Vilaine, la société Hirsch Isolation (27 salariés), filiale du groupe autrichien Hirsch Gruppe, subit de plein fouet les conséquences de la guerre au Moyen-Orient. Elle fabrique en effet du polystyrène expansé, destiné notamment aux marchés de la construction. Or, le polystyrène est un matériau issu de co-produits du pétrole. Les petites billes expansibles qui servent à fabriquer ce produit isolant, sont en effet des résidus de raffinage. L’usine bretonne (anciennement Placoplatre et Saint-Gobain) en transforme chaque année des centaines de milliers de mètres cubes.
"Le polystyrène n’a jamais été aussi cher"
"La matière première, c’est le premier de nos coûts. Et celui-ci est évidemment corrélé au prix du baril, indique Amaury Omnès, directeur général d’Hirsch France (197 salariés, 63,1 M€ de CA), qui chapeaute 5 usines dans l’Hexagone et dont le siège se trouve en Île-de-France. Depuis trois semaines, nous avons subi la plus forte hausse que nous ayons jamais connue".
Même en 2022, alors que la guerre en Ukraine raréfiait sa ressource, Hirsch Isolation n’avait pas connu telle augmentation. "Le polystyrène n’a jamais été aussi cher", regrette le dirigeant, qui explique qu’il ne peut pas stocker son produit trop longtemps, et qu’il ne peut donc pas s’approvisionner avant que le prix n’augmente encore.
Deux hausses en à peine un mois
Résultat, il doit répercuter la hausse du prix de sa matière première auprès de ses clients. "Nous avons dû annoncer une première hausse de 11 % et en annonçons une deuxième ces jours-ci de 15 %. Nous n’avons pas le choix", précise-t-il.
D’autant que si la matière première est ce qui lui coûte le plus cher, Hirsch est aussi impacté par la hausse des coûts de transport. "C’était + 10 % en mars, et cela atteindra encore 15 % supplémentaires en avril", regrette Amaury Omnès.
"Comme dans les pays d’Asie il n’y a plus de pétrole, à cause de la fermeture du détroit d’Ormuz, ces pays vont vouloir acheter à l’Europe, ce qui pourrait créer une pénurie de matière première pour nous"
Des retentissements sur l’activité
Pour l’instant, l’entreprise n’a pas de problème d’approvisionnement. Mais cela pourrait venir. "Comme dans les pays d’Asie il n’y a plus de pétrole, à cause de la fermeture du détroit d’Ormuz, ces pays vont vouloir acheter à l’Europe, ce qui pourrait créer une pénurie de matière première pour nous", s’inquiète le dirigeant. Il espère toutefois "mieux s’en sortir que d’autres", grâce à son actionnaire minoritaire, le transformateur de matière norvégien Bewi, qui est l’un de ses fournisseurs.
Mais déjà, les clients sont de plus en plus nombreux à passer commande actuellement, pour éviter de subir de nouvelles hausses de prix éventuelles. "Nous avons une activité soutenue en ce moment, mais nous nous attendons à un creux par la suite", anticipe Amaury Omnès.