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En Alsace, Siemens cherche à attirer davantage de femmes vers ses métiers de l'industrie
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En Alsace, Siemens cherche à attirer davantage de femmes vers ses métiers de l'industrie

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Implanté à Haguenau (Bas-Rhin), dans un bassin d’emploi dynamique affichant un faible taux de chômage, Siemens cherche à séduire davantage de femmes. Aujourd’hui minoritaires dans l’effectif du site. Un défi à relever, alors que le désintérêt des lycéennes pour les matières scientifiques semble au plus haut. Siemens s’appuie notamment sur l’association "Elles bougent" qui organise des visites d'usine.

L’association "Elles Bougent" sensibilise chaque année 40 000 lycéennes aux métiers de l’industrie. Elle organisait récemment une visite de l'usine du groupe Siemens à Haguenau — Photo : Pascale Schaeffer

Afin de sensibiliser les jeunes filles aux carrières scientifiques et aux métiers de l’industrie, l’association "Elles bougent" a profité de la Semaine de l’Industrie pour organiser plusieurs visites d’entreprises en Alsace : chez Safran à Molsheim (Bas-Rhin) et chez le constructeur ferroviaire CAF implanté à Reichshoffen dans le nord de la région. La boucle se refermait chez Siemens à Haguenau. Et ce n’était peut-être pas tout à fait un hasard : la filiale française du groupe allemand est elle-même présidée depuis 2021 par une femme, Doris Birkhofer… Et le site bas-rhinois cherche à féminiser ses effectifs.

"Il y a une nécessité à expliquer le titre d’ingénieur"

Le site alsacien produit des débitmètres, transmetteurs de pression et analyseurs de gaz à destination de l’industrie pétrochimique, pharmaceutique, agroalimentaire, etc. Une vingtaine de lycéennes haguenoviennes en seconde générale, première et terminale STMG (sciences et technologie du management et de gestion) ont donc eu droit à une visite du site de production.

Pour certaines d’entre elles, cette immersion rapide était un tout premier contact avec le monde de l’industrie, avec à la clé la découverte de leur première usine. Une manière de poser du concret. "Il y a une nécessité à expliquer le titre d’ingénieur et les métiers auquel il mène", précise Amel Kefif, directrice générale de l’association Elles bougent.

Casser les stéréotypes de genre

Chez Siemens, qui emploie 800 collaborateurs sur son site de Haguenau sur un total de 6 000 salariés en France (2,4 Md€ de CA dans l’Hexagone), des "marraines" ont accueilli le contingent féminin. Valérie Laurent, ingénieure qualité, Julia Lejuez, ingénieure systèmes réseaux, et Pamela Rumpler, manager de production, leur ont partagé leurs expériences respectives afin de casser les stéréotypes de genre.

33 %

Si l’entreprise cherche aujourd’hui à recruter davantage de femmes, c’est parce qu’elles restent aujourd’hui minoritaires. Selon le DRH de Siemens, Christophe Mosser, 33 % des effectifs du site sont féminins. Dans le détail, seuls 14 % des ingénieurs sont des ingénieures, une proportion qui évolue peu selon l’entreprise. Par ailleurs, 17 % des effectifs des techniciens sont des techniciennes. Et 31 % des chefs d’équipe sont des femmes. "On ne peut pas aller plus vite que les écoles", déplore Christophe Mosser.

40 % des nouveaux postes pourvus par des femmes

Certains indicateurs progressent cependant. Comme la proportion de femmes managers, qui est de son côté passée de 15 à 17 % en un an. Tous métiers confondus, 40 % des nouveaux postes ouverts en 2024 ont été pourvus par des femmes contre 28 % en 2023.

Atteindre la parité chez les apprentis

La direction s’est également fixé un autre objectif : "Gagner le plus rapidement possible la parité sur l’accueil des apprentis". En 2023, 23 % des effectifs apprentis étaient féminins contre 33 % cette année.

"L’industrie manque de bras aujourd’hui et le talent n’a pas de genre"

Le défi n’est pas simple à relever. Pour l’association qui milite depuis 20 ans en faveur de la "démystification" des études d’ingénieur et tente de "faire tomber les stéréotypes sur l’industrie", la récente réforme du bac a eu des effets négatifs.

"Depuis la réforme Blanquer de 2019, le nombre de filles continuant d’avoir six heures de mathématiques et de sciences dans le tronc commun nécessaire pour pouvoir concourir aux concours d’entrée en écoles d’ingénieur et en prépas a dégringolé de 62 %. Même le nombre de garçons a été impacté avec une baisse de 32 %. Ce sont 25 ans d’efforts gouvernementaux qui ont été réduits à néant", estime Amel Kefif. Pour "Elles bougent", la distinction par les sciences est pourtant "un marqueur très fort d’inégalité salariale".

Les grands enjeux de l’industrie sont scientifiques

"L’industrie manque de bras aujourd’hui et le talent n’a pas de genre", rappelle cependant Christophe Mosser qui ajoute : "Nous sommes dans un bassin d’emploi dynamique (moins de 5 % de chômage, NDLR), à nous d’être attractifs, c’est aussi pour cela que nous ouvrons nos portes".

Attirer les femmes vers les métiers scientifiques est d’autant plus important que les grands enjeux de l’industrie de demain seront scientifiques. Et pas seulement en R&D. Pour Tobias Morlock, le directeur du site d’Haguenau : "Les nouveaux enjeux digitaux, l’automatisation, l’IA sont des métiers d’avenir pour les femmes comme pour les hommes".

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