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Ecomatelas anticipe la mise en place de l’Eco-score
Montpellier # Biens de consommation # Transition écologique

Ecomatelas anticipe la mise en place de l’Eco-score

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Alors que la législation ne rendra obligatoire l’Eco-score qu’en 2027, la PME héraultaise Ecomatelas a pris les devants. Déjà pionnière de l’écoresponsabilité dans la literie avec une gamme de matelas entièrement reconditionnés, elle est l’une des premières marques du secteur à afficher l’Eco-score sur ses produits.

Jérémie Adjedj dirige Ecomatelas, l’un des leaders du matelas reconditionné — Photo : Max BAUWENS/REA

En mars 2024, la PME héraultaise Ecomatelas (13 salariés, CA 2024 : 3 M€), pionnier des matelas reconditionnés en France, a affiché sur son site internet l’Eco-score de ses produits. "De manière inhérente à notre activité, nous avons eu de très bons résultats", se félicite le fondateur et directeur général d’Ecomatelas Jérémie Adjedj. Depuis sa création en 2017 à Saint-Aunès près de Montpellier, l’entreprise, qui a été rachetée début 2023 par le groupe parisien Recyc’Matelas Europe, reconditionne les matelas issus des fins de série de marques de literie ou des renouvellements de complexes hôteliers. Au-delà d’être un indicateur environnemental, l’Eco-score est "la preuve de la transparence de nos engagements", souligne le dirigeant.

Une garantie pour le consommateur

À l’issue d’une analyse complète du cycle de vie, de la collecte du produit jusqu’à sa distribution en passant par sa fabrication, 90 % des matelas ont obtenu la note A, les 10 % restants ayant reçu la note B. De la même manière que le Nutri-Score pour la santé, l’Eco-score permet au consommateur de vérifier en seul coup d’œil si un produit est respectueux de l’environnement. "Nous savions avant de lancer la démarche que nos produits étaient vertueux car nous réemployons des matières premières existantes issues de l’économie circulaire. Mais nous voulions le concrétiser et le mesurer", plaide le fondateur.

Une affaire d’engagement personnel

Pour mettre en œuvre cette démarche, le dirigeant s’est fait accompagner par un cabinet marseillais spécialisé dans l’analyse d’impact des produits d’ameublement et du textile, "le Yuka du mobilier" Eco Impact. Le cabinet utilise le référentiel existant de l’État et l’Ademe pour mesurer et calculer l’impact environnemental des produits. Mais l’essentiel de la démarche repose sur le chef d’entreprise. "C’est moi qui aie piloté le projet, explique Jérémie Adjedj. Ce qui m’a facilité les choses puisque j’ai une vision globale de la société ; je savais où chercher les informations". Une démarche "fastidieuse et chronophage" qui demande un certain niveau d’investissement : au total, celle-ci a duré trois mois et a coûté 3 000 euros.

Sonder toute la chaîne de valeur

L’entreprise étant mono produit, avec cinq références de matelas déclinées dans différentes dimensions, "cela a été beaucoup plus vite que s’il s’agissait d’une grande multinationale avec plusieurs centaines de références", observe le dirigeant. Le travail le plus long consistant à collecter les informations sur l’ensemble de la chaîne de valeur – consommables, fournisseurs, partenaires et intermédiaires – pour mesurer toutes les activités qui impactent la fabrication d’un matelas. Aidé par la responsable QSE de Recyc’Matelas Europe, Jérémie Adjedj a dédié, pendant deux semaines, un quart de son temps à cette tâche. Mais "le jeu en vaut la chandelle. C’est un outil de communication différenciant de la concurrence", souligne-t-il. Si pour l’heure, l’entreprise n’a affiché son Eco-score que sur son site internet, elle attend le renouvellement des stocks de housse pour l’afficher en magasin dès 2025.

Un impact à nuancer

Jérémie Adjedj reconnaît que l’Eco-score est "un bonus qui ajoute une corde à son arc dans le discours commercial de la marque". Si, pour 65 % des consommateurs l’impact socio-environnemental influence désormais leurs décisions d’achat pour les équipements de la maison (étude GfK), le dirigeant admet que l’argument écologique reste secondaire par rapport au prix qui continue de motiver les consommateurs. De fait, depuis la mise en place de cet Eco-score sur son site internet, il n’a pas observé de pic des ventes. "Nous n’avons pas eu de retours concrets de la part des clients. C’est un élément de réassurance parmi d’autres et non un élément déclencheur à lui seul et de manière isolée", souligne-t-il.

Un deuxième centre de production

Mais les résultats obtenus permettent surtout à l’entreprise de s’inscrire dans une démarche d’amélioration continue et de réévaluer ses pratiques et ses fournisseurs : "Nous allons utiliser cette première base d’analyse pour optimiser l’impact carbone de nos matelas et faire les modifications qui s’imposent dans la supply chain". L’audit a montré que la fabrication d’un matelas de la marque Ecomatelas avait 59 % moins d’impact que la fabrication d’un matelas neuf. Il a également mis en lumière son talon d’Achille, le transport. Celui-ci représentant 40 % des émissions dans la fabrication d’un matelas, l’objectif est d’aller toujours plus loin dans l’écoconception en réduisant drastiquement ce poste producteur de CO2. L’équipe a donc d’ores et déjà réfléchi à une alternative plus respectueuse de l’environnement. "Nous avons prévu d’ouvrir en 2026 un deuxième centre de production en région parisienne pour couper la France en deux et éviter de faire redescendre dans le Sud des matières issues du Nord", annonce Jérémie Adjedj.

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