De la réparation de modules photovoltaïques directement sur site à la construction d’une première usine : c’est le cap que veut franchir la start-up varoise DOTSun. Fondée en 2022, l’entreprise s’attaque à la durabilité des panneaux solaires. À l’origine du projet, la volonté partagée par Denis Duyrat et ses associés, Olivier Wallner, directeur financier et Stephan Padlewski, directeur technique, d’enrayer la frénésie de consommation de panneaux solaires venus de Chine. Et, pour cela, ils imaginent une solution française capable de prolonger la durée de vie des installations existantes plutôt que de les remplacer.
Le cœur de l’innovation repose sur un film adhésif appliqué à l’arrière du panneau, seule partie réparable, la "backsheet". Ce film permet de restaurer l’isolation électrique tout en améliorant la performance mécanique, et la résistance aux UV et à l’humidité. "Il doit résister à des conditions climatiques variées, ne pas se dégrader dans le temps et offrir une adhérence optimale", précise Denis Duyrat, président. Ce matériau a été développé avec l’industriel Addev Materials (Drôme), entré au capital de la start-up à hauteur de 10 %.
Audit et réparation : un modèle en deux temps
Avant de réparer, DOTSun réalise un audit technique. L’entreprise, qui a son siège dans le Var, à Bagnols-en-Forêt, analyse les performances des centrales, identifie les risques (perte de puissance, anomalies thermiques, défauts d’isolation) et projette leur évolution dans le temps. Ensuite, intervient la réparation des panneaux dégradés. Grâce à une unité mobile, les équipes peuvent traiter jusqu’à 80 à 90 panneaux par jour. Un projet pilote, soutenu par une première augmentation de capital (200 000 euros) et de la dette en 2023, a été mené sur une centrale du sud de la France et a permis de valider le procédé. "Après 14 mois, les résultats sont très satisfaisants", assure le dirigeant.
Vers une industrialisation de la réparation
Désormais, la start-up vise le passage à l’échelle industrielle et travaille à la conception d’une unité automatisée capable de réparer jusqu’à 50 panneaux par heure. Pour cela, DOTSun s’appuie sur plusieurs partenaires locaux : le cabinet d’ingénierie Fortil, qui a son siège à La Seyne-sur-Mer, pour la conception et l’industriel Baumier, à l’est de Toulon, pour la construction. Elle vient également de recruter un directeur commercial. Lauréate du dispositif Fonds Vert de l’État (Territoires d’Industrie en Transition Écologique), elle bénéficie du soutien de la Région Sud et de l’État, à hauteur de 307 000 euros. Une enveloppe que Denys Duyrat recherche activement à compléter pour lever 1,8 million d’euros, dont environ un million d'euros en fonds propres et dette.
Une première usine dans le Var
De quoi lui permettre de concrétiser son projet industriel, qui représente un investissement de 1,3 à 1,4 million d’euros. L’usine pourrait voir le jour dans le Var, en Dracénie ou dans le Pays de Fayence, sur un terrain d’environ 4 000 m² avec un bâtiment de 400 à 500 m². La levée de fonds est espérée avant l’été, pour une mise en service de l’usine au premier semestre 2027 et ensuite une montée en puissance progressive de l’emploi : une dizaine de postes la première année, puis 18 et 27 sur les deux années suivantes.
Un modèle duplicable en Europe
Au-delà de cette première implantation, DOTSun vise un déploiement à plus grande échelle. L’ambition : répliquer ce modèle d’usine au plus près des "gisements" de panneaux à réparer. Denis Duyrat cite par exemple l’Occitanie et la Nouvelle-Aquitaine, les deux régions françaises les mieux dotées en solaire, puis l’Espagne et l’Italie, où les centrales sont plus anciennes et de plus grande taille. Pour les centrales de plus petites tailles, comme les toitures des particuliers, l’entrepreneur prévoit la création d’un réseau de partenaires agréés.
Le pari du réemploi
Pour résumer le modèle de DOTSun, l’entrepreneur a un mot-clé : le réemploi. "Nous ré-usinons un produit, en l’occurrence des panneaux solaires, pour les réemployer", résume-t-il. L’approche permet de réduire les coûts par rapport au remplacement, mais aussi de limiter l’impact environnemental. À titre d’exemple, 4 000 panneaux reconditionnés permettraient d’éviter 72 tonnes de déchets et près de 1 000 tonnes de CO₂.