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Del Arte lance des restaurants de nouvelle génération
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Del Arte lance des restaurants de nouvelle génération

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La filiale du groupe rennais Le Duff Del Arte réinvente ses restaurants pour mieux répondre aux nouvelles attentes de consommation. Exemple à Rennes, en centre-ville, avec un nouveau point de vente orienté sur l’afterwork. D’autres ouvertures du genre vont suivre. Résiliente, la société de restauration aux couleurs de l’Italie a retrouvé son volume de chiffre d’affaires d’avant-crise Covid.

Le nouveau restaurant Del Arte du centre-ville de Rennes abrite un grand bar. De quoi attirer les 21-29 ans sur le créneau de l’afterwork — Photo : Del Arte - Groupe Le Duff

Del Arte (200 restaurants en France, 250 M€ de CA en 2022, 3 800 salariés), spécialiste de la restauration italienne en France avec plus de 12 millions de couverts servis par an, a inauguré, le 17 octobre 2023, un nouveau point de vente dans la ville de son siège social : Rennes.
Baptisé Renata, le nouvel établissement est implanté en centre-ville, sur l’esplanade de Gaulle, à proximité immédiate des cinémas Pathé et de la salle de spectacles Le Liberté. Remplaçant le restaurant Le Bistrot, il s’étend sur 237 m² pour 136 places assises, et dispose d’une terrasse extérieure de 134 m² pour 134 places assises. Il est dirigé par Ludovic Enos, directeur d’établissement chez Del Arte depuis 2014. Une quinzaine de personnes y travaillent.
Ce nouveau lieu de sortie pour les Rennais affiche une forte ambition sur "l’aperitivo" (l’happy hour à l’italienne, NDLR), avec un grand espace bar-comptoir ouvert toute la journée et une nouvelle offre de boissons et de produits à partager autour de la pizza notamment. Un choix en phase avec l’environnement passant du restaurant et qui répond à une volonté de la filiale du groupe rennais Le Duff (Del Arte, Bridor, Brioche Dorée…) de s’adapter aux nouveaux modes de consommation. Philippe Jean, directeur général de Del Arte, s’explique : "Nos restaurants ont été historiquement conçus comme des lieux de flux. Or, les tendances de consommation ont changé, aggravées par la crise sanitaire. On ne retrouvera jamais nos niveaux de fréquentation d’avant 2020. Les gens sortent moins, et quand ils sortent, ils ont envie de s’amuser et d’avoir une expérience très différente. Si on ne se structure pas pour devenir des lieux de "fun", où les clients s’amusent et se retrouvent devant un écran de télé pour une retransmission sportive, je pense qu’on va avoir beaucoup de difficultés…" Del Arte a aussi dû composer avec la crise énergétique qui a fortement ébranlé le secteur CHR (cafés, hôtels, restaurants). Certains franchisés de la marque n’ont pas résisté et ont dû mettre la clé sous la porte, comme dans l’Est de la France. Pour l’enseigne bretonne, qui fêtera ses 40 ans en 2024, se réinventer était donc devenue une nécessité.

Vers une consommation "de fin de journée"

Le nouvel établissement rennais de Del Arte - sur les cinq adresses basées dans la capitale bretonne - rentre dans cette veine. Il vient remplacer celui qui était positionné à une trentaine de mètres de là, sur l’autre aile attenante au cinéma. Dans son nouvel écrin aux allures de bistrot parisien chic, l’entreprise escompte un chiffre d’affaires annuel de 1,7 million d’euros, soit 1,2 million pour la restauration à table, 200 000 euros pour la vente à emporter et 300 000 euros pour le bar. Une segmentation de revenus et un parcours client différencié qui se calent sur les nouvelles habitudes prises par les consommateurs "qui privilégient de plus en plus une restauration rapide et déstructurée", relève Philippe Jean.

Philippe Jean, directeur général de Del Arte, mise sur des restaurants de nouvelle génération pour répondre aux nouvelles attentes des consommateurs — Photo : Baptiste Coupin

Pour remplir de nouveau ses établissements, Del Arte souhaite aussi apporter de la convivialité. C’est le cas chez Renata qui, avec son bar à l’entrée du restaurant, vise clairement un jeune public, à savoir les 21-29 ans. "Ce segment concentrera 90 % de notre travail dans les mois qui viennent, avertit le dirigeant. Si les clients viennent prendre un café le matin ou une viennoiserie l’après-midi, on sera très contents, mais en toute objectivité, ça n’est pas là où on les attend. On souhaite pouvoir les attirer sur une consommation de fin de journée." C’est dit : l’enseigne veut devenir le point de chute naturel à la sortie des facs et des bureaux. "La grande nouveauté, c’est la carte aperitivo. On pousse une offre nouvelle avec des produits à partager et une offre happy hour (la boisson à 5 euros, NDLR) entre 17 h 30 et 19 h 30. Nous voulons ramener plus de monde dès 17 h 30", expose David Le Compès, directeur des opérations. "On a vraiment élargi l’offre sur des planches à partager et travaillé sur la pizza, qui est notre cœur de métier, pour en faire des déclinaisons de produits ultra-gourmands. Ça fonctionne très bien sur des instants de consommation", complète Sandrine Brohan, directrice marketing.

Un concept qui fait ses preuves

Si Renata focalise les attentions en raison de l’importance de Rennes - et de la Bretagne - pour l’histoire du groupe Le Duff, Del Arte a déjà "renversé la table" en ouvrant deux restaurants en succursales derrière son nouveau concept. Le premier a vu le jour en décembre 2022 à Joué-lès-Tours, en Indre-et-Loire. Le second a été inauguré en mars dernier, à Nanterre dans la banlieue ouest de Paris. Deux implantations qui ont coûté près de 2 millions d’euros à la société bretonne. Joué-lès-Tours fait donc figure de pionnier. Comme à Rennes, il a été pensé autour de trois espaces dédiés : ristorante, aperitivo et à emporter. "Près d’un an après son ouverture, ce nouveau restaurant affiche de très bons résultats, avec 30 % de ventes supplémentaires sur les vins et cocktails grâce à la place prépondérante du bar", se félicite Del Arte. En parallèle, le chiffre d’affaires réalisé sur la partie ristorante apparaît au-delà des attentes de l’entreprise, grâce notamment à un ticket moyen de 10 % supérieur à celui du réseau et aux bonnes performances du service du soir. L’établissement de Joué-lès-Tours délivrera pour la fin 2023 un chiffre d’affaires de 1,3 million d’euros, soit le chiffre moyen du réseau. "C’est une très belle performance sur une première année", pointe Philippe Jean.

De nouvelles ouvertures à venir

De quoi donner envie à l’enseigne de mettre les bouchées doubles. Elle annonce, pour janvier 2024, la première ouverture d’un restaurant franchisé, sur la base de son nouveau concept, à Libourne, en Gironde. Albi (Tarn) et Dorlisheim (Bas-Rhin) dans la banlieue de Strasbourg suivront derrière. "Le réseau nous suit et valide les éléments architecturaux et conceptuels", se réjouit le directeur général. Dans le renouveau de ses restaurants, Del Arte dit vouloir avancer "en opportuniste", tout en voulant préserver son socle de clientèle historique : à savoir les familles et les actifs. "On ne veut pas que les gens qui ont l’habitude de venir dans nos restaurants manger à table aient, demain, le sentiment qu’il y a une offre très importante et immédiate dans l’offre à emporter. Mais si le marché le légitime, il n’est pas interdit qu’on ait une offre qui soit dédiée à cela." Del Arte, qui avait pour habitude d’ouvrir une dizaine de nouvelles adresses chaque année avant la crise, repart en conquête. Malgré un niveau de fréquentation moindre, l’entreprise a retrouvé son volume de chiffre d’affaires de 2019 : Del Arte anticipe 285 millions d’euros de revenus en 2023, soit une croissance de 14 % en un an. De bons résultats rendus possibles grâce à une révision à la hausse de ses prix, devenue nécessaire. "Aujourd’hui, nous avons un ticket moyen à 21 euros TTC, à +9 % par rapport à l’an dernier. Bien que ce tarif soit supérieur, nous continuons de penser que nous sommes à un très bon rapport qualité/prix dans le paysage de la restauration en France", souligne Philippe Jean. Del Arte se donne cinq ans pour effectuer sa mue derrière ses restaurants de nouvelle génération.

Rennes # Restauration # Stratégie # Implantation # Investissement