Décret Plage : Avis de tempête en Méditerranée

Décret Plage : Avis de tempête en Méditerranée

Sur la Côte d'Azur, l'heure est bientôt venue d'appliquer le fameux décret plage de 2006 qui impose une reconfiguration à la baisse des établissements balnéaires. Les exploitants montent au créneau, dénonçant le coût économique et social d'un texte qu'ils souhaitent voir assouplir.

« Sauvons nos plages, nos emplois ! » Réunis pour leur première convention nationale à Cannes, les 30 et 31 mai derniers, sous la bannière de l'UMIH (Union des métiers et des industries de l'hôtellerie), les plagistes ont donné de la voix pour alerter les pouvoirs publics. En cause, l'application du fameux décret plage de 2006 qui change les règles du jeu en matière d'occupation du domaine public sur le littoral, lors du renouvellement des concessions. Il fixe à 20% (au lieu de 30% maximum) le taux d'occupation autorisé pour les plages naturelles, à 50% (au lieu de 70%) pour les plages artificielles. Un calcul imposé pour chaque plage. Et un coup de rabot lourd de conséquences pour les établissements balnéaires en Méditerranée. « Du Cap d'Agde à Menton, nous estimons que ce sont près de 2.000 emplois qui sont à risque », avertit René Colomban, président de la Fédération nationale des plages et restaurants.

Le soutien des élus locaux
La bande littorale sur la Grande Bleue est en effet souvent étroite, et les quelque 600 établissements concentrés en PACA (sur un total de 1.500 environ pour la France entière) ne pourront pas tous subsister. « Ce décret a montré, depuis son entrée en vigueur, les difficultés de sa mise en oeuvre et son coût financier important pour nos professionnels, constate Thierry Grégoire, président des saisonniers de l'UMIH. Nous ne demandons pas l'abrogation du décret mais plus de souplesse dans sa mise en oeuvre afin de concilier les activités économiques et les impératifs liés au domaine public maritime ». Cette revendication a été reprise par la motion adoptée lors de la convention nationale qui préconise d'apprécier le linéaire et la surface des espaces devant rester vierges de toute installation par commune ou par bassin et non par plage. Les élus de la Région reprennent à leur compte cette proposition et Christian Estrosi, président du Conseil régional, a déjà envoyé un courrier au premier ministre lui demandant de « ne pas appliquer le décret en l'état et de prendre en considération notre géographie et notre spécificité ».

Des plages au régime maigre
C'est dans le Var et les Alpes-Maritimes, qui accueillent 365 concessions, que la situation est la plus critique. A Antibes, les établissements sur les plages artificielles de Juan-les-Pins sont en sursis. Les concessions sont arrivées à échéance en 2015. Après avoir suspendu la procédure de renouvellement dans l'attente d'une éventuelle modification du décret, Jean Léonetti, le maire de la ville, a relancé les opérations. Alain Palamiti, dirigeant de la plage des Pirates et président de l'association des plagistes de la commune, reconnaît que les élus n'ont d'autre choix que d'appliquer la loi. Cela n'a pas empêché les recours et de vives discussions avant de trouver un terrain d'entente. « Les plages l'été à Antibes/Juan-les-Pins, c'est 1.200 emplois. Il était donc important que nous soyons étroitement associés à la rédaction du cahier des charges pour le nouvel appel d'offres », insiste-t-il. Mais au final le maire, qui revendique « un discours de vérité », a tranché et de 21 établissements on passera à 12 sur les plages artificielles de la commune. « Elles seront plus grandes que celles qui existent aujourd'hui, d'où un impact moindre en termes d'emplois », temporise le président de l'association.

2018, année blanche
Autre ombre au tableau, 2018 sera une année blanche pour les plagistes de la commune. A l'automne 2017, « la ville commencera les travaux de démolition et de désamiantage avant de refaire l'ensemble des réseaux. Il ne pourra pas y avoir d'exploitation des plages privées en 2018 », reconnaît Alain Julienne, directeur général des services de la ville. Pire, en 2020, ce sont les 23 concessions des plages naturelles d'Antibes/Juan-les-Pins qui arriveront à échéance. Si d'ici là les modalités d'application du décret n'ont pas été modifiées, les coupes devraient être plus drastiques encore. « Sur les 45 concessions de la commune, nous estimons à 300, le nombre des emplois menacés sans compter l'impact sur l'activité économique, chaque établissement travaillant avec une vingtaine de fournisseurs pour les activités de restauration », précise de son côté Henry Matthey, président de l'UMIH d'Antibes/Juan-les-Pins.


Résistance à Pampelonne
A Pampelonne dans le Golfe de Saint-Tropez, la situation est tout aussi tendue pour le renouvellement des concessions qui interviendra en 2019. Deux procédures sont en cours à l'initiative de l'association des exploitants de plages, l'une devant le tribunal administratif de Toulon, l'autre devant le Conseil d'Etat. « Avec ce nouveau schéma, le nombre d'établissements passera de 27 à 23 avec de lourdes répercussions pour l'économie locale car les établissements balnéaires sont le premier employeur du Golfe, avec environ 900 emplois directs », indique Jean-Claude Moreux, président de l'association. Les fournisseurs locaux seront également impactés. « Près de 90% de la production viticole de la presqu'île est commercialisée dans nos établissements », souligne le président et les achats générés sont globalement estimés à près de 7 M€ HT par an.


Démolir les structures en dur
Autre épineux problème, celui de la démolition des établissements actuels imposée par le décret plage pour les remplacer par des structures démontables. Dans le Var comme dans les Alpes-Maritimes, certains de ces établissements ont été construits en dur il y a plus d'une cinquantaine d'années et se revendiquent comme faisant partie d'un patrimoine local. C'est le cas à Golfe-Juan pour des restaurants-plages comme Tétou et Nounou (où l'acteur Jean Marais qui était un habitué a dessiné des fresques) dont les concessions ont expiré et à qui la DDTM (Direction départementale des territoires et de la mer) a déjà dressé un procès-verbal de grande voierie. « Nos établissements n'ont rien à voir avec des paillotes, s'insurge Alain Palamiti. Démolir, reconstruire, l'addition sera lourde, d'où notre demande de porter à 18 ans et non 12 la durée des nouvelles concessions ». Pour l'heure, le Secrétaire d'état chargé de la mer, Alain Vidalies, n'a pas réagi à la motion des plagistes.

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