C’est le coup de poker médiatique de la semaine. Ce mercredi 26 février, au Salon de l’Agriculture à Paris (SIA), l’animatrice Karine Le Marchand réunit les patrons des principales enseignes de grande distribution, à l’exception notable d’E. Leclerc. Les cinq dirigeants doivent y dévoiler trois initiatives communes "pour soutenir l’agriculture française".
Négociations dégradées
Événement incontournable pour le monde politique et médiatique, le Salon de l’Agriculture offre un contexte propice à l’apaisement. Mais les stands en cartons ne suffisent pas à masquer la réalité des négociations commerciales en cours. Les deux parties continuent de s’affronter âprement. "70 % des entreprises considèrent que les négociations sont très dégradées par rapport à l’an dernier, soit une augmentation de 14 points en seulement 15 jours", révélait le 17 février un sondage de l’association de PME et ETI Pact’Alim.
Un "énième coup de communication"
Le comité de suivi des négociations qui s’est tenu à Bercy le 18 février faisait effectivement état d’un climat tendu. Et ce 25 février, l'Association nationale des industries alimentaires (Ania), représentant 20 000 entreprises, est toujours remontée contre la distribution. Réagissant à l’annonce de ce rendez-vous au SIA, elle "dénonce un énième coup de communication des distributeurs pour détourner l’attention et faire oublier qu’ils écrasent les prix, les entreprises agroalimentaires et les agriculteurs depuis des années".
Haro sur les centrales d’achat internationales
Principal grief adressé aux distributeurs : qu’ils arrêtent d’utiliser "leurs centrales d’achat internationales" pour contourner la loi EGAlim. Selon l’Ania, cela concerne désormais 40 à 50 % des volumes de produits vendus en France. Tout aussi vindicative, la FNSEA, représentant les producteurs, "exige le renforcement des contrôles pour garantir l’absence de contournement des règles par le déplacement des centrales d’achat". Le 24 février, Nicolas Facon, PDG de l’Ilec (Institut de liaisons des entreprises de consommation, réunissant les grandes marques nationales et internationales), dénonçait aussi "les centrales internationales, qui sont mises en place par la distribution pour échapper aux lois françaises".
Bras de fer entre grands groupes
Les accords avec les PME ont été signés depuis plusieurs semaines. Pour les distributeurs, le bras de fer se joue aujourd’hui avec les géants de l’agroalimentaire. Les enseignes arguent que les hausses demandées par leurs fournisseurs ne sont plus justifiées, la période inflationniste étant passée (+2,3 % en 2024 contre +5,7 % en 2023). La baisse est encore plus prononcée pour les produits alimentaires : +1,4 % en 2024 contre +11,8 % en 2023.