L’inflation a beau se tarir, les négociations commerciales entre la grande distribution et ses fournisseurs restent compliquées. C’est le constat dressé par la ministre de l’Agriculture Annie Genevard et la ministre déléguée au Commerce Véronique Louwagie, à l’issue d’un comité de suivi des négociations commerciales qui s’est déroulé ce lundi 20 janvier.
"Les relations commerciales restent marquées par un niveau de rigidités et de tensions non négligeable, que les lois Egalim ne parviennent que modérément à diminuer", indique un communiqué du ministère de l’Agriculture. Les discussions annuelles à travers lesquels les distributeurs et les fournisseurs négocient les conditions de vente des produits doivent se terminer cette année le 1er mars.
Les prix au cœur de la polémique
Le gouvernement note quelques améliorations après des négociations qui se sont déroulées l’an passé dans un climat délétère : "La loi semble engendrer une dynamique positive dans les négociations, en termes de transparence notamment, et dans la place désormais accordée à la préservation du revenu des agriculteurs dans les négociations commerciales."
Mais, le gouvernement fait état d’une "forte tension entre les distributeurs, abordant les négociations avec un objectif de déflation, les industriels ayant besoin de reconstituer leurs marges pour investir et rester compétitifs, et l’amont agricole, ayant l’impression que la négociation peut se faire au détriment de leur rémunération".
Pact’Alim dénonce les pratiques des enseignes de la GMS
Représentant 3 000 PME et ETI françaises de l’alimentation, Pact’Alim exprime ainsi "ses vives préoccupations quant aux pratiques des enseignes de la grande distribution".
L’an passé, les industriels avaient obtenu moins de 1 % d’augmentation de leurs tarifs, selon l’Observatoire de la négociation commerciale. Cette année, la GMS serrerait davantage la vis. Selon un sondage interne de Pact’Alim, "75 % des entreprises ont adressé aux distributeurs des demandes de hausses tarifaires, autour de + 3 % en moyenne". Des hausses qui reçoivent généralement des fins de non-recevoir de la part des distributeurs. À l’inverse, les PME et ETI de l’alimentaire "reçoivent de manière systématique d’importantes demandes de baisse" de prix de la part de la GMS, note l’organisation professionnelle. Des baisses comprises généralement entre -2 % et -5 %.
"Cette pression à la baisse est complètement décorrélée de la réalité économique de l’industrie alimentaire et de l’évolution de ses coûts de production", dénonce l’association présidée par Jérôme Foucault.
Ce que demandent les PME et ETI de l’alimentaire
Pour Pact’Alim, les lois Egalim ne sont pas respectées : "Près de 80 % des entreprises indiquent que les coûts des matières premières agricoles ne sont pas pris en compte par les distributeurs dans les discussions", assure l’organisation. Cette dernière estime aussi que les enjeux de RSE "sont absents des négociations".
Pact’Alim demande d’abord une "répartition équitable de la valeur entre producteurs, transformateurs et distributeurs". Elle réclame aussi "une reconnaissance des coûts réels supportés par les PME et ETI de l’agroalimentaire", incluant aussi bien les prix de la matière agricole, le transport, l’énergie, etc.
L’État annonce une augmentation des contrôles
Dans cette guerre des tranchées où chacun campe sur ses positions, le gouvernement appelle industriels et commerçants "à la responsabilité" et à faire "un pas vers l’autre". Dans le même temps, il assure que les contrôles des services de l’État "vont se poursuivre et s’accentuer". L’an passé, le gouvernement avait déjà tapé du poing sur la table. Les centrales d’achat de Leclerc ou de Carrefour avaient ainsi fait l’objet de plusieurs dizaines de millions d’euros d’amendes pour non-respect de la loi et du code du commerce lors des négociations commerciales.