Ces dernières semaines, il n’est pas un jour sans que nous écrivions au Journal des Entreprises sur des start-up, PME, ETI et grandes entreprises qui mettent un genou à terre. Michelin, Valeo, Auchan ne sont que les arbres qui cachent une immense forêt de défaillances et de plans sociaux. Loin d’être des exceptions, ce sont le reflet d’une réalité plus sombre : selon la Banque de France, les défaillances d’entreprises ont augmenté de 21 % ces 12 derniers mois.
Incertitudes néfastes
L’économie française va mal. Et, pendant ce temps, nos gouvernants continuent comme si de rien n’était. Ont-ils oublié qu’une entreprise a besoin de visibilité pour fonctionner ? Faut-il leur rappeler qu’un chef d’entreprise peut difficilement investir, innover, recruter quand les règles du jeu fiscal et social semblent pouvoir changer à chaque instant ? L’incertitude ne sied guère à la rationalité économique. Pas étonnant qu’un dirigeant sur deux interrogé par EY indique avoir pris la décision de réduire ou de reporter ses investissements à la suite de la dissolution.
Nos élus semblent également méconnaître une réalité fondamentale : l’argent ne pousse pas dans les entreprises. Depuis le début des débats sur la loi de finances pour 2025, les annonces de nouvelles taxes ou de suppression d’aides économiques prolifèrent. Mais les entreprises ne sont pas des vaches-à-lait. Elles ont besoin de compétitivité, non pas pour enrichir les actionnaires, mais pour survivre dans une compétition mondiale féroce. Et sur ce terrain, les entreprises tricolores sont handicapées : la France vient d’être sacrée championne du monde du matraquage fiscal par l’OCDE, avec 45,8 % du PIB prélevé en recettes fiscales.
Risques financiers
Le spectacle donné par nos gouvernants est préoccupant. Incapables de s’accorder sur 60 milliards d’économies, ils exposent notre pays à des risques financiers majeurs. L’image de la France sur les marchés est ternie au point que la Grèce, l’ancien cancre de l’Europe, est désormais perçue comme un emprunteur plus sûr. Et la situation pourrait encore se dégrader. "Le Budget 2025 est déjà caduc parce qu’il table sur une croissance de 1,1 % l’année prochaine, alors que, si on regarde les indicateurs avancés, on sera aux alentours de 0,5 %. C’est 15 à 20 milliards d’euros de recettes qui vont disparaître à cause de la faiblesse de la croissance", assure l’économiste Marc Touati, à Public Sénat. Moins de recettes pour la collectivité, mais aussi plus de dépenses du fait de l’augmentation du chômage.
Avant de redistribuer la richesse, encore faut-il la produire
Face à ces enjeux, nos dirigeants doivent prendre conscience de leur responsabilité. Les entreprises ne sont pas seulement les créatrices de richesses, elles sont aussi les piliers de notre modèle social. Les fragiliser revient à miner les fondations de notre société.
Avant de redistribuer la richesse, encore faut-il la produire. La France ne peut plus se permettre d’ignorer cette réalité. Pour sortir de l’impasse, il est impératif de donner aux entreprises la visibilité et la stabilité dont elles ont besoin ainsi que les conditions de la compétitivité. Charge aussi aux gouvernants de mettre enfin en place une vraie réforme de l’État.
Ce débat dépasse les clivages partisans. Il y va de la survie économique de notre pays, mais aussi de notre capacité à bâtir un avenir prospère pour les générations futures. La dette publique, accumulée depuis plus de 50 ans, ne se résorbera pas sans une vision claire et une mobilisation collective. Il est temps pour nos élus de se montrer à la hauteur de ces défis.