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Comment Thermador fait de la transparence des salaires son socle managérial
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Comment Thermador fait de la transparence des salaires son socle managérial

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Le groupe isérois Thermador, distributeur de matériel pour la circulation des fluides dans le bâtiment et l’industrie, pratique une politique salariale rare en France : l’affichage, une fois par an, du salaire de tous ses collaborateurs.

Guillaume Robin est le PDG du groupe Thermador depuis 1999 — Photo : Thermador

Spécialisé dans la distribution de matériel pour la circulation des fluides dans le bâtiment et l’industrie, le groupe Thermador, basé à Saint-Quentin-Fallavier en Isère, affiche une santé de fer. En 2021, ce groupe coté à la Bourse de Paris depuis 1987 a réalisé un chiffre d’affaires de 486,5 millions d’euros, en croissance de 23 % par rapport à 2020. Le résul­tat net progresse de 46,2 % à 52,9 millions d’euros. "C’est tout à fait exceptionnel, du jamais vu", souligne Guillaume Robin, PDG du groupe depuis onze ans. "Mais avec une telle croissance, nous n’avons pas du tout l’intention d’accélérer", glisse le patron qui pense à ses équipes, "embarquées dans la machine à laver du Covid à la vitesse essorage."

La vision de Guy Vincent

Les 712 salariés ne risquent pas de se plaindre de la (très) bonne tenue du marché et de la surperformance de Thermador, car d’elles découlent l’augmentation de la part variable de la rémunération et une meilleure redistribution des bénéfices via la participation et l’intéressement. D’autant que le groupe a fait de la transparence de sa politique de rémunération son socle managérial depuis sa création en 1968 par Guy Vincent. Cet ancien directeur commercial d’un fabricant français de robinetterie est à l’époque en désaccord avec la vision de ses anciens employeurs, à la fois sur la politique commerciale et sur la politique sociale. Il décide de fonder une entreprise à son image. Cette personnalité rare crée ainsi Thermador, qui distribue à des grossistes et embarque assez vite quatre autres fondateurs. Il divise alors le capital en cinq, puis l’ouvre à ses premiers salariés.

Le modèle n’est pas celui d’une société coopérative, mais s’appuie sur la confiance. Le fondateur, 92 ans aujourd’hui, a quitté la conduite opérationnelle de la société à 80 ans et le conseil d’administration il y a deux ans. Son successeur entré en 1999, Guillaume Robin, ne fait pas autrement : "Mis à part les projets de croissance externe, je n’ai rien à cacher, même pas la rémunération des dirigeants", appuie-t-il. Un tel niveau de transparence demeure unique en France (hors Scop), surtout pour une entreprise de cette taille, cotée et disposant de multiples filiales.

Communiquer le salaire du patron "donne un cadre"

Le groupe a pour particularité de communiquer en toute transparence sur tous les salaires. Mais "pas question de rassembler 712 personnes dans un amphithéâtre", tempère le PDG. La méthode se déploie à l’échelle des filiales. La plus importante en chiffre d’affaires, Thermador, compte 53 collaborateurs. Une fois par an, les salariés se réunissent, téléphones éteints, et consultent le tableau projeté sur lequel sont affichés, par ordre alphabétique, le dernier salaire mensuel, le salaire annuel, l’âge et l’ancienneté de chaque collaborateur de la filiale. Une règle : ces informations ne doivent pas sortir de l’entreprise, "ce qui n’est d’ailleurs jamais arrivé" aux dires du patron. À l’exception des rémunérations des dirigeants administrateurs, forcément publiées puisque la société est cotée. Selon Guillaume Robin, communiquer le salaire du patron (341 700 euros par an) "donne un cadre".

À l’embauche, les candidats sont avertis… et certains viennent d’ailleurs en partie pour cela. "Nous recrutons au prix du marché, avec une part fixe et une part variable qui est comprise entre 3 % et 37 % du salaire annuel en fonction des filiales. Les filiales n’ont pas toutes la même marge de manœuvre puisque l’attribution de prime est indexée sur le résultat d’exploitation. Nous fonctionnons avec une part variable ou bien participation et intéressement, en fonction de la taille de la filiale", décrit le dirigeant.

"Les salariés apprécient la confiance que l’on place en eux"

Voilà pour le côté spectaculaire de la transparence. Laquelle passe aussi (et surtout) par des points mensuels permettant de rendre compte de la santé de l’entreprise : volumes de ventes, frais, résultats opérationnels, marges… "Rien de tel pour faire réagir les équipes, les mobiliser", analyse Guillaume Robin. Une pratique qui rend chaque collaborateur acteur de l’entreprise. "Les salariés apprécient la confiance que l’on place en eux. Elle les motive, les implique", estime-t-il. Les jeunes, surtout, la plébiscitent car elle colle parfaitement à leurs aspirations : autonomie, confiance.

"Nous pouvons nous permettre ce genre d’exercice car nous l’avons toujours fait", plaide Guillaume Robin. Quand le groupe fait l’acquisition d’une nouvelle société, la holding lui laisse du temps. Ce fut le cas lors du rachat en 2015 de Mecafer (Drôme), PME de 36 salariés. L’équipe de direction restée en place a mis trois ans pour ajuster la politique salariale et rendre l’exercice 100 % transparent.

"Faire le ménage chez soi"

"Les investisseurs attendent de notre part des données détaillées. En 2021, le salaire moyen était de 50 300 euros. Ceux qui sont en dessous peuvent être incités à réagir", reconnaît le dirigeant. Lié par des obligations réglementaires, Thermador mentionne aussi des ratios dans son document d’enregistrement universel. Ombre au tableau : le ratio d’équité concernant l’égalité salariale homme femme. "C’est notre point faible, admet le dirigeant. Parmi les dix plus grosses rémunérations, il n’y a qu’une femme. Nous nous employons à corriger cela."

En termes de communication, d’image et de RSE, la politique salariale de Thermador fait carton plein. "Cette pratique suscite l’intérêt mais, avant de faire la transparence des salaires, il faut faire le ménage chez soi. C’est là où commencent les difficultés. Le travail de mise à plat est chronophage en plus d’être sensible. Et puis dans la majorité des entreprises, les salaires demeurent tabous", avertit Guillaume Robin. À commencer par celui du patron.

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