Comment Lactalis fidélise ses salariés en mettant en place un management à la carte
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Comment Lactalis fidélise ses salariés en mettant en place un management à la carte

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Avec 86 000 collaborateurs dans le monde et 16 000 dans l’Hexagone, le groupe lavallois Lactalis peut peiner à combler des postes vacants dans ses usines françaises. Pour répondre à la problématique des recrutements, devenue plus tendue après le Covid dans l’agroalimentaire, une méthode de management a été mise en place. Un moyen de trouver des solutions en équipe et de devenir plus attractif, explique Denys Sarazin, le DRH de Lactalis France.

Denys Sarazin est le DRH de Lactalis France, qui gère la situation de 16000 collaborateurs du groupe dans l’Hexagone — Photo : DR

Au cœur du vignoble nantais, Vallet est considérée comme "la capitale du Muscadet". C’est la commune ayant la plus grande superficie de vignes dans l’appellation viticole. L’élevage est donc peu présent dans les environs. Le groupe Lactalis (30,3 Md€ de CA 2024) y fait pourtant tourner l’un des ses nombreux sites agroalimentaires. L’usine de la joint-venture Lactalis Nestlé Ultra-Frais fabrique des mousses La Laitière et autres desserts lactés. Or, embaucher n’est pas simple, dans ce bassin d’emploi situé aux portes de Nantes et de la Vendée dynamique, et de Clisson.

Une situation de plus en plus tendue

Environ 350 personnes travaillent dans la laiterie. "Recruter, même en CDI, reste très difficile, assure Denys Sarazin, DRH de Lactalis France. D’autant que le site a ses contraintes, avec des équipes de semaine en 3x8, donc du travail de nuit. En 2022, nous nous sommes rendu compte que c’était devenu encore plus compliqué. Les gens ne restaient pas. Le turn-over était important et les arrêts en hausse. Il y a donc eu une réflexion sur le travail. Et nous avons construit une méthode de management en 2023, puis nous l’avons présentée aux équipes RH et aux managers."

Du diagnostic aux solutions

La méthode s’appuie d’abord sur les spécificités, avantages ou inconvénients, du site. "Nous avons des équipes très polyvalentes à Vallet. Pour fabriquer des mousses au chocolat ou du riz au lait, nous nous appuyons sur des machines spécifiques qui nécessitent des salariés spécialisés", indique le DRH. Le but est encore de développer la polyvalence des collaborateurs, afin d’assouplir la gestion du planning.

Une fois les postes clés sécurisés dans chaque équipe, "nous avons proposé des horaires à la carte", poursuit Denys Sarazin. "Nous avons permis de choisir de faire les 3x8 ou de passer en 2x8, de ne pas travailler de nuit ou de faire uniquement des nuits, d’être positionné sur les postes de week-end. Cette flexibilité nous a permis d’attirer de nouveaux profils mais aussi de réduire le turn-over."

Un groupe de travail au-delà des RH

La méthode s’applique principalement aux équipes en production et au conditionnement. Cela concerne entre 150 et 200 salariés. Une fois le diagnostic posé, un brainstorming a été conduit "sans limite" par un groupe de travail. Celui-ci était composé de représentants de la direction et des RH, "mais également d’opérateurs, des chefs d’équipes, de chefs de secteur", précise Denys Sarazin. Des solutions ont ensuite été proposées et les critères pour les appliquer envisagés.

Au final, "les gens ont l’impression que l’on diminue leurs contraintes, ce qui leur permet de s’adapter aux besoins de l’entreprise", commente le DRH.

Une appropriation par des dizaines de sites

Le site de Vallet n’est évidemment pas le seul du groupe Lactalis à rencontrer des problèmes de recrutement. Avec 16 000 collaborateurs en France, le remplacement de personnel est inévitable. Cette année, 1 200 CDI ont ainsi été signés. La méthode de management qui a alors été présentée par le DRH est aujourd’hui appliquée dans une cinquantaine de sites. Chacun adopte ses propres solutions, une fois dressé l’état des lieux des problématiques.

Les usines, mais pas que

Les unités de production ne sont pas les seuls sites à s’emparer de l’outil RH. "La méthode a aussi été appliquée par Lactalis Logistique et Transports, raconte Denys Sarazin. Le site de Cesson-Sévigné (près de Rennes, NDLR) comptait une vingtaine d’horaires de travail différents. Le groupe de travail du site a permis de les ramener au nombre de cinq ou six horaires différents et de proposer un planning à l’année." Ce qui offre une plus grande visibilité aux collaborateurs dans la gestion de leur vie personnelle.

Partout en France

De même, les sites employant cette méthode RH se trouvent partout en France. "C’est actuellement plus tendu de recruter dans le Grand Ouest et la façade Atlantique que dans le Grand Est, relève le DRH France. Mais dans les Alpes, nous avons aussi à faire face à une concurrence frontalière avec les emplois en Suisse, mieux valorisés. Et globalement, la recherche d’emplois qualifiés est commune à tous les secteurs de l’industrie, partout." Et rares sont les sites agroalimentaires à ne pas manquer de bras.

Un levier de la marque employeur

Ainsi, à l’autre bout de la France, en Haute-Savoie, c’est la semaine de quatre jours qui a été proposée, lissée sur sept jours pour gérer les livraisons quotidiennes de lait. "Cela a permis de fidéliser des salariés", assure Denys Sarazin. Il faut dire que dans le bassin de production de l’AOP fromagère Reblochon, l’industriel mayennais avait tout intérêt à sécuriser rapidement ses équipes et son image auprès des salariés. Le rachat en 2022 par Lactalis de l’entreprise historique Verdannet avait en effet soulevé l’hostilité d’acteurs de la filière locale. Des producteurs changeant même de crémerie, pour rallier de petites coopératives.

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