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Comment la reconstruction après l’incendie a permis à la ferme Les Délices Foréziens de monter en gamme
Loire # Agroalimentaire # Investissement

Comment la reconstruction après l’incendie a permis à la ferme Les Délices Foréziens de monter en gamme

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Près de quatre ans après le tragique incendie du 17 juillet 2022, qui s’était soldé par la destruction du bâtiment historique de 6 000 m² et la disparition de 124 animaux, la ferme Les Délices Foréziens a inauguré, le 15 mai dernier, ses nouveaux bâtiments. Une reconstruction en plusieurs étapes qui s’est faite à marche forcée en même temps que les associés et les salariés luttaient pour maintenir l’activité.

Céline et Charles Giraud, deux des associés de la ferme Les Délices Foréziens — Photo : Gilles Cayuela

Le 17 juillet 2022 à 8 h 45. Un incendie se déclare dans la ferme Les Délices Foréziens (8 associés dirigeants ; 15 salariés ; 2 M€ de CA consolidé) à Saint-Cyr-les-Vignes, dans la Loire. Parti du pot d’échappement d’un moteur de la machine qui donne à manger aux vaches, l’incendie se propage à vitesse Grand V au sein de l’exploitation laitière qui fabrique aussi des glaces et développe en parallèle une activité d’agritourisme (visites guidées à la ferme). "Nous subissions la canicule depuis 3 semaines. En 20 minutes, le bâtiment qui abritait nos vaches et le fourrage ont été intégralement détruits", se rappelle Céline Giraud, associé et responsable de l’agritourisme au sein de l’exploitation.

124 animaux périssent dans les flammes

Sur les 350 animaux que compte la ferme (vaches, veaux, génisses) 124 périssent dans l’incendie… Pour les 8 associés et 15 salariés de l’entreprise familiale, c’est une vie de labeur qui part en fumée. "Heureusement, nous avons pu compter sur la solidarité des agriculteurs voisins pour sortir un maximum de vaches du bâtiment. Beaucoup d’agriculteurs sont venus avec leur bétaillère pour les récupérer et les emmener dans leur propre exploitation. À 13 h, toutes les vaches avaient un toit sur la tête", se remémore Céline Giraud.

Une organisation repensée pour assurer l’activité

Après l’hébergement d’urgence, les associés ont dû trouver rapidement des solutions pour poursuivre leur activité. "Il a fallu s’organiser pour continuer de traire nos vaches restantes. nous avons trouvé une ferme à Saint-Galmier (près de Saint-Cyr-les-Vignes) chez qui on pouvait traire une quarantaine de vaches. Cela nous a permis de continuer à assurer les naissances. Avec une grosse logistique derrière puisque l’on devait emmener les vaches au moment où elles allaient mettre bas, et instaurer une rotation quand d’autres arrivaient et qu’il n’y avait plus de place. Nous avons dû en mettre un certain nombre en pension dans d’autres fermes. Pour les génisses c’était moins problématique. Nous n’avions pas besoin de les traire, elles sont donc restées dans les prés l’été et l’hiver on les emmenait à une heure d’ici à Moulin Chérier. Nous avons toute de même dû louer une bétaillère 12 places pour réduire le nombre de déplacements", explique Céline Giraud.

Les glaces et l’agritourisme aussi impactés

Pour l’activité glace (40 % du CA), une diversification mise en place au début des années 90, la ferme a dû revoir, là aussi son organisation. "On a monté l’écrémage du lait qui sert à faire nos glaces chez mon beau-frère à 10 km d’ici. Pendant deux ans et demi, on a fait l’écrémage chez eux avec une grosse partie du lait qui ne provenait pas de nos vaches même s’ils en hébergeaient une vingtaine. Il a fallu changer les étiquettes de nos produits pour ne pas faire de publicité mensongère et être dans les clous".

L’agritourisme, qui représente 10 % de l’activité (contre 50 % pour le lait) a été aussi impacté par l’incendie. "Le 17 juillet, c’était la pleine saison touristique. Notre animation phare, le labyrinthe de maïs qui propose des énigmes pour faire découvrir notre métier, n’a pas été touchée mais on a quand même subi 10 jours de fermeture. Et à la réouverture, on ne savait pas si les touristes allaient continuer à vouloir visiter une ferme sans vache", raconte Céline Giraud. Au final, la ferme a réussi à limiter la casse sur ce volet grâce à l’embauche deux mois plus tôt de deux personnes pour développer l’agritourisme. "Nous avons perdu la clientèle adulte mais les enfants, avec les centres sociaux notamment, ont continué à venir nous voir. On a simplement réadapté notre offre en axant davantage les visites sur les cultures et la vie des champs".

Une reconstruction à marche forcée

Parallèlement à cette réorganisation totale mais temporaire de son activité, la ferme Les Délices Foréziens a dû aussi avancer à marche forcée sur la reconstruction de son outil de production. "L’assurance perte d’exploitation ne nous couvrait que pour une durée de deux ans. Nous avions donc deux ans pour tout reconstruire. Si au bout de ces deux ans, nous n’étions pas en mesure de traire nos 180 vaches chez nous, économiquement cela allait devenir compliqué. La vente de lait, c’est 50 000 euros de chiffre d’affaires par mois. Chaque mois de retard dans les travaux pouvait mettre en péril la structure", argumente Céline Giraud.

Deux ans pour tout reconstruire, alors que l’on doit gérer en parallèle l’urgence, cela reste un délai très court. D’autant plus que les assurances mettent d’emblée leur véto pour une reconstruction du bâtiment à l’existant. "Avoir les vaches et le fourrage dans le même bâtiment, ce n’était plus possible. Les assurances ne nous suivaient plus. Et puis, on ne voulait pas faire n’importe quoi. L’idée était d’avoir un bâtiment qui puisse servir sur plusieurs générations", explique la dirigeante.

Quatre bâtiments au lieu d’un

Pour trouver le projet idoine, les associés prennent donc le temps d’aller voir ce qui se fait ailleurs. "Nous avons visité une centaine de fermes différentes, consulté de nombreux experts pour monter notre projet. On a réfléchi avec notre assureur mais aussi avec le SDIS (Service départemental d’incendie et de secours) pour limiter autant que possible les risques d’un nouvel incendie", relate Céline Giraud.

L’inauguration de la reconstruction de la Ferme des Délices Foréziens, le 15 mai dernier — Photo : Les Délices Foréziens

Au final, au lieu de faire un bâtiment, les associés décident d’en faire quatre. "Nous avons construit un atelier pour la mécanique de nos machines, un bâtiment pour le séchage et le stockage des fourrages, une cuisine et fabrique d’aliments pour préparer le repas de nos vaches et un bâtiment dédié pour l’accueil et la traite", explique la responsable de l’agritourisme.

8,5 millions d’euros investis dans la reconstruction

8,5 millions d’euros d’investissement pour passer de 6 000 m² (avec un seul bâtiment) à 13 000 m² (avec 4), le projet de reconstruction est titanesque pour une exploitation qui, toutes activités confondues, réalise en moyenne 2 millions d’euros de chiffre d’affaires. "On a dû faire une centaine de plans avec notre architecte et on a rapidement compris que l’on ne pourrait pas tout faire en deux ans. La priorité, c’était d’être en mesure d’accueillir et traire nos 180 vaches au 9 juillet 2024", confie Céline Giraud.

Lancés dans une véritable course contre la montre, les 8 associés décident de découper le bâtiment principal des vaches en 4 parties de manière à pouvoir attaquer la charpente avant d’avoir terminé la maçonnerie. "Quand nos vaches sont revenues le 9 juillet 2024, il n’y avait que la moitié du bâtiment qui était sorti de terre, mais nous étions dans les clous pour les accueillir et assurer la pérennité de l’exploitation".

Des crédits court terme pour faire tourner l’exploitation

La seconde moitié du bâtiment principal et la réalisation de l’ensemble des 3 autres bâtiments se sont poursuivies les deux années suivantes, jusqu’à l’inauguration de la "nouvelle ferme" Les Délices Foréziens, le 15 mai 2026. "On n’a pas tout à fait terminé. Il manque encore les panneaux photovoltaïques sur le toit du bâtiment des vaches. C’est prévu pour la fin de cette année", assure Céline Giraud.

À la manœuvre sur toute la partie administrative de cette reconstruction, la responsable de l’agritourisme a dû batailler ferme. "Heureusement que nous avions embauché deux personnes, cela m’a libéré du temps pour la gestion administrative de la reconstruction et du maintien de l’exploitation. On ne s’en rend pas forcément compte de l’extérieur, mais c’est une gestion hyper complexe et cela engendre des surcoûts à tous les étages. Concernant l’assurance perte d’exploitation, nous n’avons vraiment su ce que nous allions toucher qu’au terme des 2 ans. Nous avons certes touché les indemnités du bâtiment détruit mais pour le reste, il a fallu attendre. Nous avons donc été contraints de faire des crédits court terme extrêmement coûteux pour assurer la trésorerie en attendant de percevoir la totalité des indemnités", illustre la dirigeante.

L’agritourisme représente près de 10 % du chiffre d’affaires de la Ferme Les Délices Foréziens — Photo : DR

Tous les emplois maintenus et une ferme plus durable

Malgré toutes les difficultés rencontrées, quatre ans après, le résultat est là. "Nous n’avons mis personne au chômage, la production du lait qui est notre principale ressource est assurée et nous avons réussi à rebâtir une ferme plus durable", se félicite Céline Giraud. "La structure très ouverte du nouveau bâtiment fait que nos vaches bénéficient d’une ventilation naturelle. Même lorsque l’on a des températures de 35 degrés, elles sont bien. Nous les avons aussi installées sur une litière malaxée sur compost végétal qui améliore leur confort. Elles ont 15 m² d'espace chacune contre 3 m² pour nos anciennes logettes".

Ce système de litière malaxée, les associés l’ont découvert lors de leurs visites. "Toutes les fermes qui ont adopté ce système ont des vaches plus au sec, plus propres, avec moins d’infections au niveau des pattes et des mamelles, des vaches qui vieillissent mieux, qui vivent plus longtemps et qui produisent mieux aussi. Nos vaches produisent jusqu’à 10 kg de lait de plus par jour", confie la dirigeante.

Ferme pilote Sodiaal

Depuis décembre 2025, la machine (à l’origine de l’incendie) qui permettait d’alimenter les vaches a été remplacée par un robot qui distribue l’alimentation et repasse plusieurs fois dans la journée pour donner des petites portions. "Ce qui permet d’éviter les pertes", explique Céline Giraud.

Déjà passé à la méthanisation en 2015, la nouvelle ferme Les Délices Foréziens est aujourd’hui dans une démarche vertueuse d’amélioration continue. Une démarche qui lui a valu les honneurs de la coopérative pour laquelle elle travaille. "Nous faisons partie des 24 fermes pilotes Sodiaal sur les 5 000 exploitations avec laquelle la coopérative laitière travaille en France. À ce titre, nous sommes sollicités pour tester des technologies visant à réduire nos émissions de CO2 tout en améliorant le confort des animaux et la qualité du lait", conclut Céline Giraud.

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