Enfin une bonne nouvelle de Carbios, qui, suite à des essais positifs issus de son démonstrateur sur son site de Clermont-Ferrand, s’apprête à proposer des licences pour le recyclage des fibres textiles pétrosourcées, comme, le polyester, le nylon et l’acrylique. Cette annonce vient ponctuer une période de turbulences sur fonds de changements de gouvernance, et de difficultés de passage à l’échelle, qui ont conduit l’entreprise à réaliser 3 plans sociaux depuis début 2025.
Des déchets plus complexes à recycler
Hébergée sur le parc Cataroux, propriété de Michelin, la deeptech clermontoise indique donc avoir réalisé avec succès une centaine de campagnes de production (ou batchs) sur son démonstrateur industriel, dont des essais portant sur des déchets textiles post-consommation riches en polyester. Selon les résultats présentés, ces essais auraient été menés dans des conditions représentatives d’une exploitation industrielle.
Benoît Grenot, directeur général de Carbios (une soixantaine de salariés, CA non communiqué) déclare : "Le franchissement du cap des 100 batchs, N.D.L.R. — confirme la robustesse et la maturité industrielle de notre technologie. […]. Ce qui nous permet d’élargir notre offre de licences au marché mondial du textile."
Jusqu’à présent, le développement industriel de la technologie visait principalement le recyclage des emballages en PET (Polyéthylène téréphtalate). Les nouveaux essais concernent cette fois des flux textiles complexes, un segment dont les caractéristiques diffèrent par la diversité des matières, des traitements et des contaminants présents dans les déchets. Carbios affirme avoir obtenu un taux de conversion supérieur à 95 % en 24 heures sur ces flux textiles, avec des monomères dont la qualité est annoncée comme équivalente à celle obtenue à partir des déchets d’emballages PET.
Nouveaux débouchés sur le marché textile
Cette validation technique, qui atteste de la reproductibilité du procédé à une échelle industrielle, conduit l’entreprise à élargir son modèle commercial.
Carbios indique désormais proposer des licences pour des unités de recyclage enzymatique destinées au marché textile, en complément de celles destinées au secteur des emballages. L’objectif est de permettre à des industriels de déployer la technologie sous licence sur ces deux catégories de déchets contenant du PET.
Le textile constitue un marché potentiellement plus important que celui des emballages pour cette technologie. D’après les estimations citées par l’entreprise dans un communiqué, "la consommation mondiale de fibres textiles en PET atteint environ 67 millions de tonnes par an, soit un volume proche du double de celui du marché des emballages en PET".
Carbios développe depuis plusieurs années un procédé de recyclage enzymatique destiné à dépolymériser le PET afin de récupérer ses monomères, lesquels peuvent ensuite être réutilisés pour fabriquer de nouveaux matériaux. L’entreprise a déjà engagé l’industrialisation de cette technologie avec un projet — au long cours — d’usine dans l’est de la France à Longlaville (Meurthe-et-Moselle), tout en s’appuyant sur un modèle économique fondé sur la concession de licences à des opérateurs industriels. Elle a notamment signé un accord de licensing controversé avec le géant chinois Wankai New Materials.