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Comment FaCylities Multi Services a fait de la création d’emplois sa raison d’être
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Comment FaCylities Multi Services a fait de la création d’emplois sa raison d’être

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Née en 2008, l’ETI landaise FaCylities Multi Services poursuit une croissance très rapide. 64 % de l’effectif de plus de 850 salariés de cette entreprise adaptée est en situation de handicap. Une singularité qu’elle cultive en améliorant sans cesse la performance opérationnelle d’une politique d’inclusivité la plus large possible.

Cyril Gayssot, co-fondateur de l’ETI landaise FaCylities Multi Services, dans les locaux de son siège actuel, qu’il va transformer en site secondaire de bureaux courant 2025 — Photo : Romain Béteille

Créateur de possibles. C’est le slogan de l’entreprise adaptée landaise FaCylities Multi Services ou FMS (27 M€ de CA, plus de 850 salariés) née en 2008. Cette ETI regroupe aujourd’hui onze sites autour de cinq métiers principaux : l’informatique ou les technologies de l’information numérique (logiciels de gestion des entreprises), la logistique (gestion des commandes, conditionnement, assemblage…), le conseil en ressources humaines et en formation, le textile (confection, marquage, vente et entretien de vêtements professionnels, upcycling) et le second œuvre dans le bâtiment (aménagement, carrelage, plâtrerie, menuiserie, peinture/revêtement…).

"Système inclusif social"

Se définissant elle-même comme un "système inclusif social", opérant une évaluation interne du bien-être de ses salariés tous les trimestres, la société cultive ses multiples singularités depuis ses origines. La plus notable, celle qui l’a poussée à faire de la création d’emplois sa raison d’être justifiant son hypercroissance : 64 % de son effectif salarié est composé de personnes reconnues en situation de handicap. Une anomalie au regard de la taille moyenne d’une entreprise adaptée en France, à savoir une quarantaine de salariés.

Une partie des équipes de l’ETI landaise FaCylities Multi Services, créée en 2028, qui regroupe aujourd’hui plus de 850 personnes — Photo : FMS

Son portefeuille de clients est aussi hétéroclite que ses activités : il va de Cdiscount à Teréga en passant par le Crédit Agricole, Labeyrie ou Safran. FMS, qui a ouvert cet été un centre d’appels à Mérignac (Gironde), travaille aussi dans des secteurs spécialisés comme l'aéronautique. "80 % de nos clients sont plutôt des PME", précise Cyril Gayssot, cofondateur aux côtés de Fabrice Abadia de l’ETI landaise, qui a commencé son activité dans la logistique pour l’industriel du surfwear Quicksilver.

"Historiquement, la majorité des activités des entreprises d’insertion ou adaptées était essentiellement dans l’entretien des espaces verts ou le nettoyage", précise Cyril Gayssot en expliquant la volonté d'FMS de s'ouvrir à de nombreux autres secteurs d'activités, en fonction des opportunités.

Le pari de la croissance

L’une des raisons expliquant qu’FMS a réussi à atteindre sa taille actuelle en à peine 15 ans ? Sa croissance et la diversité de ses activités se fondent sur son besoin d’embaucher plus que sur les contrats qu’elle décroche. Autrement dit : elle anticipe sa propre croissance.

"Dans des périodes comme celles qu’on a connues entre 2021 et 2023, ça a été le moteur de notre hypercroissance, nous n’arrêtions pas de nous développer. Actuellement, avec le coup de frein qu’on observe dans la conjoncture, on est plus en tension, sans pour autant être en difficulté", assure le chef d’entreprise.

La philosophie du collectif est inscrite dans l’ADN même de l’entreprise, dont le maillage territorial étalé est autant un atout qu’un besoin. "Si l’état de santé est le premier frein à l’emploi des personnes en situation de handicap, la mobilité est le deuxième. D’où la volonté d’avoir différents sites qui maillent le territoire, pour nous rapprocher des différents bassins de vie".

"La formation est un actif"

Pour pouvoir continuer d’embaucher, FMS a un grand besoin de former ses salariés, plus encore que dans une entreprise classique. "75 % des demandeurs d’emploi handicapés n’ont pas de qualification, ou en ont une en dessous du CAP/BEP. Nous avons comblé ça en anticipant leur embauche, c’est d’ailleurs notre principale prise de risque", ajoute Cyril Gayssot.

"Sur le total de notre effectif, environ 200 personnes n’ont pas d’impact direct sur la production car ils sont encore en formation, et ça en permanence."

Cette branche formation/conseil RH se développe de manière exponentielle pour d’autres entreprises : son poids économique a, cette année, dépassé celui de la branche textile. "Nous avons ouvert notre CFA, qui a démarré cette année, et développé notre propre outil interne de formation, la FMS Academy (inaugurée en 2021). Nous avons réussi à développer un savoir-faire différenciant sur la formation : avec des systèmes basés sur le compagnonnage, on arrive à transmettre du savoir et des compétences à tous les salariés, y compris de la part de managers et d’experts".

FMS mise beaucoup sur la formation de ses salariés. Après avoir lancé en 2021 sa propre école de formation, la FMS Academy, elle a créé en 2024 son propre CFA — Photo : FMS

Si l’idée de "considérer les compétences et la formation des salariés comme un actif au capital de l’entreprise plutôt que comme une charge" permet à FMS d’avoir, en permanence, "plus de 13 %" de sa masse salariale en formation chaque année, c’est aussi car l’entreprise a su cultiver son agilité. "Nous avons structuré toute notre organisation nous-même en développant notre propre ERP (système d’information interne à l’entreprise). Cet outil a été conçu comme un prolongement de l’autonomie des salariés. Nous avons aussi externalisé dès le premier jour la gestion des payes et la comptabilité afin d’alléger au maximum nos charges fixes, et créé notre propre logiciel RH autour de besoins adaptés aux processus individuels et collectifs des salariés", relate le dirigeant. "Aujourd’hui, nous avons réinternalisé une partie de la gestion, non pas à cause de notre taille, mais à cause de notre croissance. On n’avait simplement plus le temps."

Culture d’entreprise

Comme toutes les entreprises adaptées, FMS cherche toujours à "flexibiliser des normes tendues, souvent en rapport au temps de travail". Sa culture d’entreprise lui permet de continuer à attirer des candidats. Agrémentée ESUS (Entreprise solidaire d’utilité sociale), elle a choisi d’intégrer cet objet social dans ses propres statuts. "On ne spécule pas avec le capital, on ne reverse pas de dividendes et l’écart entre le plus bas et le plus haut salaire est régulé", termine Cyril Gayssot. Chiffres à l’appui : l’entreprise affirme ainsi que "la rémunération moyenne des salariés en situation de handicap bénéficiaires d’une compensation de l’entreprise est supérieure de 20,49 % au Smic".

"On lisse les salaires par le haut. La rentabilité est basée sur le collectif."

Cette culture interne, propre aux entreprises adaptées mais mise à l’échelle de ce "couteau suisse" de près de 900 personnes, a bien rencontré quelques difficultés. Citons notamment l’adaptation aux dispositifs légaux, comme celui de l’aide compensatoire des conséquences du handicap ou aide au poste, versée par l’État et calculée sur le temps de travail effectif (indexée au Smic horaire). Chez FMS, du fait de la croissance rapide du nombre de postes, le pourcentage des recettes liées aux aides compensatoires est passé de 28 % en 2020 à "environ 18 % aujourd’hui. Ça veut dire qu’on est de moins en moins dépendants des aides de l’État, mais aussi que le pourcentage de personnes en situation de handicap dans l’entreprise diminue avec la croissance de l’effectif. Paradoxalement, on n’a jamais embauché autant de travailleurs handicapés (168 en 2024). Ça contribue à renforcer la diversité de l’effectif et à notre politique d’inclusivité".

Une croissance continue

Le pourcentage de salariés en situation de handicap de l’ETI landaise reste donc au-dessus du seuil minimum pour les entreprises adaptées en France (55 %). "Dans la moyenne française des EA, on trouve 1,5 ETP (équivalent temps plein) de plus que dans les entreprises classiques. Ça veut dire plus de matériel, c’est donc une forme de surcoût que nous avons pris à notre charge", détaille le cofondateur.

"Chaque année, nous sommes contingentés par l’État. Si on est au-dessus du seuil d’embauches, il n’y a pas de compensation financière. C’est la raison pour laquelle beaucoup d’entreprises adaptées ne veulent pas trop grandir. Sur les dix premières années de FMS, on a surconsommé l’enveloppe, donc nous nous sommes autofinancés".

"On savait qu’on n’aurait pas les aides mais on a quand même embauché. C’est une prise de risque assumée : sans elle, on n’en serait pas là aujourd’hui. On ne compense plus depuis 3 ans, ça a aussi été un élément important de notre croissance."

Pour rester dans la course, l’ETI doit donc continuer d’embaucher et d’investir, à la fois dans la formation de ses futurs salariés et dans ses propres équipements. Elle a ainsi mis six millions d’euros sur la table pour bâtir un nouveau siège social, qui devrait voir le jour en avril 2025. "Il sera plus adapté à nos besoins de développer la formation, il pourra recevoir du public. Le siège actuel sera transformé en bureaux". Quant à savoir si cette dynamique singulière a vocation à perdurer, le constat est clair : "dès l’instant où la création d’emplois reste notre raison d’être, on va continuer dans cette voie".

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