Vous êtes directrice générale de Rétif depuis juin 2024, après avoir été dirigeante de Carrefour et de la Fnac et être passée par le groupe Publicis, l’UCPA ou Samsung. Quelle est votre feuille de route ?
Je suis venue pour réaliser un plan de croissance et replacer Rétif à son plus haut niveau de performance vis-à-vis de ses clients. Cette maison a un potentiel incroyable ! Elle est un acteur spécialisé dans l’aménagement et l’équipement des commerces indépendants et il y en a très peu, voire pas, sur le marché. Nous sommes les commerçants des commerçants, dont on sait qu’ils sont extrêmement exposés à des mutations, aux problématiques de digitalisation, de recrutement, à la baisse de la consommation, mais qui restent très résilients. Et puis ce terrain de jeu est international. Nous avons 90 magasins en Europe dont 15 en Espagne et 7 au Benelux.
Mais Rétif, qui vient de fêter ses 60 ans, avait fini par avoir une image poussiéreuse…
Poussiéreuse, vieillotte. Il n’y avait pas les bons produits en magasin, pas de nouveautés, des ruptures de stock et c’était parfois un peu plus cher que tout le monde. Tout ça, c’est fini ! Je suis arrivée à une période où il y avait un fort ralentissement de l’activité, une nécessité de relancer la dynamique de développement et donc, mécaniquement, de s’interroger sur le modèle, l’offre, les services que nous devons proposer.
"En un an, depuis que je suis arrivée, nous avons déjà mené 25 projets."
Quels changements avez-vous opérés en un an ?
Le projet que j’ai défini porte des axes stratégiques prioritaires pour nous permettre de nous réinventer très vite. Nous devons d’abord moderniser, transformer nos magasins, développer de nouveaux formats plus compacts, des formats de proximité. C’est une priorité. En magasin, nous avons par exemple créé un nouvel espace de conception de projets, avec une "matériauthèque" qui propose des échantillons pour mieux choisir, mieux imaginer. Nous proposons aussi des solutions de personnalisation de produits.
Et nous avons renouvelé 80 % de l’offre, pour compter 160 000 références. Nous avons lancé des nouveautés, remis du saisonnier qui avait été abandonné. Nous concevons des produits ou du mobilier en interne avec une marque nouvellement créée, Design by R. Nous proposons des solutions technologiques pour faciliter le paiement ou l’encaissement, des services, un programme de fidélité… Nous avons de nouveaux fournisseurs, français et européens, avec une offre plus écoresponsable… tout est en mouvement ! Il n’y a pas un centimètre carré qui échappe à un changement dans l’entreprise. En un an, nous avons déjà mené 25 projets. Récoltez-vous déjà les fruits de ces innovations ? Évidemment, le contexte géopolitique n’est pas des plus favorables. Tout est sous tension. Les résultats ne sont pas au mieux de ce qu’on pourrait escompter, mais l’essentiel est de se mettre dans cette réelle dynamique de mouvement, de succès. Et puis, nous voyons un regain de clients, de nouvelles lignes de chiffres d’affaires… Des clients historiques reviennent, des plus jeunes viennent après nous avoir découverts sur Instagram ou TikTok. ystyle="texte">
En interne, quels ont été changements pour vos 500 collaborateurs ?
Nous avons beaucoup travaillé sur les organisations. Il y a eu beaucoup de mobilité interne pour valoriser les talents qui ont pris de nouvelles fonctions et se révèlent totalement dans d’autres responsabilités. Il faut libérer les initiatives, je ne crois pas du tout dans des modèles très autocratiques descendants. De nouveaux métiers sont nés autour de la data, du digital, du CRM. De nouvelles expertises nous ont donc rejoints. Et ce n’est pas fini. C’est un vrai projet entrepreneurial.
Et puis j’ai une obsession depuis toujours, c’est la culture de l’impact. Je viens d’une famille d’entrepreneurs. J’ai l’obsession du client, de l’excellence. Cette exigence que nous devons avoir vis-à-vis du client, ce n’est pas une option. L’obsession de la qualité non plus.
Rétif a été racheté fin 2024 par le groupe français Raja (CA : 1,8 Md€), leader européen de l’emballage. Quelles en sont les conséquences ?
C’est une opportunité incroyable d’être ainsi une filiale de la galaxie Raja, un groupe puissant, solide, fondé par deux femmes et dirigé par une femme qui nous permet d’accélérer plus fort, plus loin. Nous avons déjà amorcé de très belles synergies sur l’offre, puisque nous avons des produits communs que nous pouvons faire converger. Et puis c’est une belle complémentarité en termes de clients puisque Raja adresse plutôt des grands comptes. Il a une puissance de frappe importante donc vis-à-vis des fournisseurs, il apporte aussi une très très belle notoriété. Nous sommes moins seuls.
Quel est le chiffre d’affaires de Rétif en 2024 ?
Autour de 120 millions. L’objectif est d’aller chercher 200 millions à l’horizon 2030, ce serait idéal. Mais au-delà du chiffre, l’enjeu est de réengager significativement la croissance et qu’elle soit vraiment rentable. En moins d’un an, nous avons réussi à reposer toutes les fondations, c’est une révolution que nous opérons. Alors, certes, nous ne faisons pas de bruit sur le marché, nous sommes assez silencieux, mais nous sommes déterminés.