Nantes
Charier : "Nous cherchons des relais de croissance dans des métiers en lien avec la transition écologique"
Interview Nantes # BTP # ETI

Emmanuelle et Constant Charier présidente du conseil de surveillance et DRH de Charier "Nous cherchons des relais de croissance dans des métiers en lien avec la transition écologique"

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Âgé de 128 ans, Charier se projette dans l’avenir avec son plan stratégique AGIR 2030. L’ETI nantaise, devenue entreprise à mission en 2022, veut développer de nouveaux métiers en lien avec l’environnement et léguer une entreprise en bonne santé à la 6e génération de la famille. Emmanuelle Charier, présidente du conseil de surveillance et Constant Charier, DRH, livrent leur vision.

Constant Charier, DRH de l’entreprise Charier et Emmanuelle Charier, présidente du conseil de surveillance — Photo : Caroline Scribe

Les métiers historiques de Charier, liés aux grandes infrastructures, ne sont plus en croissance. Quelle est votre stratégie de développement pour les années à venir ?

Constant Charier : Il n’est pas question d’arrêter les travaux de voirie, routiers et urbains, qui ont permis à l’entreprise de devenir ce qu’elle est aujourd’hui : une ETI de 1 800 salariés, réalisant un chiffre d’affaires de 349 millions d’euros. Mais la France étant largement aménagée, nous devons trouver des relais de croissance pour assurer la pérennité de l’entreprise et des emplois. En lien avec notre engagement RSE, notre statut d’entreprise à mission et notre ambition de réduire de 30 % nos émissions d’ici 2030 (par rapport à 2022), nous avons choisi de nous développer dans des domaines en lien direct avec la transition écologique et d’articuler notre stratégie de diversification autour des "4 E" : Espaces verts, Écologie, Eau et Énergie.

Comment cette stratégie se traduit-elle concrètement ?

Emmanuelle Charier : Convaincus que le minéral va céder du terrain face au végétal dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique, nous nous sommes positionnés sur les métiers du paysage en reprenant la société nazairienne Pépinières Environnement Services et le groupe Effivert à Pontchâteau, spécialisées dans les espaces verts. Ces acquisitions correspondent à notre souhait de devenir un aménageur global en proposant une offre complète aux collectivités pour répondre aux aléas climatiques. Nous souhaitons, par ailleurs, développer des métiers visant à restaurer la nature, avec l’ambition que ces activités régénératives représentent 20 % du chiffre d’affaires de Charier, en 2030, contre 6 % en 2023.

La restauration du lit de la Loire fait partie des activités régénératives que veut développer Charier — Photo : Charier

Dans cette perspective nous avons racheté, en 2023, la société Chognot, spécialisée dans le génie écologique. Pour monter en compétences dans ce domaine, nous proposons aux collaborateurs volontaires de se former. Nous développons cette activité à partir de l’agence Chognot en Charente-Maritime, mais aussi depuis nos agences historiques, de Rennes et de Paris notamment.

Quels chantiers illustrent ces nouvelles expertises ?

E. C : Dans le domaine des espaces verts, nous contribuons à désimperméabiliser et à végétaliser des cours d’écoles publiques à Saint-Sébastien-sur-Loire, près de Nantes.

Charier désimperméabilise et végétalise des cours d’école — Photo : Charier

Dans le cadre du réaménagement du front de mer de Pornichet, nous végétalisons les nouveaux espaces. Nos équipes en génie écologique sont mobilisées pour reconnecter le fleuve de la Saâne à La Manche en Normandie ou pour restaurer les milieux aquatiques sur un ruisseau en Ille-et-Vilaine.

Souhaitez-vous également vous développer dans le domaine de l’eau ?

C. C : Oui, l’eau reste le sujet numéro 1 de notre planète et le mauvais état des réseaux d’eau nous donne des opportunités de croissance. Là encore, nous avons procédé par croissance externe. En 2023, nous avons repris l’entreprise mayennaise FTPB, spécialisée dans les travaux d’assainissement et d’alimentation en eau potable. Puis, en 2024, nous avons racheté des sociétés à Trignac, près de Saint-Nazaire. S3A effectue des travaux d’assainissement et d’alimentation en eau potable. 2LTP intervient dans le curage de fossés et l’entretien d’ouvrages hydrauliques. Nous renforçons ainsi considérablement notre offre dans le domaine de l’eau. Le quatrième E concerne l’énergie. Nous avons la volonté de développer les réseaux secs : les réseaux fibrés avec S3A et les travaux électriques.

Votre objectif final est de pérenniser l’entreprise pour la transmettre à la sixième génération. Pouvez-vous en dire plus ?

C. C : La transmission d’une entreprise familiale ne se décrète pas, elle se construit tous les jours. La quatrième génération a quitté la gouvernance il y a un an, après une période de transition où la quatrième et la cinquième génération ont cohabité. Nous avons maintenant la responsabilité de préparer la transmission de l’entreprise à la sixième génération.

Les 17 cousins, membres de la 6e génération Charier, sont préparés à la succession à travers une université d’hiver dédiée — Photo : Charier

Pour fédérer les 17 cousins, nous nous appuyons sur nos Universités d’été, créées il y a une vingtaine d’années. Cette journée est l’occasion d’apprendre à se connaître, toutes générations mêlées, et de découvrir les métiers de l’entreprise. Depuis 2024, nous organisons aussi une session hivernale dédiée aux ados. En 2024, nous les avons emmenés en visite à Paris sur le thème de la "Ville de demain". En 2025, nous sommes allés au musée de l’économie. C’est plus facile d’organiser une transmission quand les gens se connaissent, connaissent le monde de l’entreprise et Charier, tout en gardant le choix de s’impliquer ou non dans l’entreprise.

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