GSF a montré cette année que l’on peut encore vivre de grandes premières, passé 60 ans. À 62 ans précisément, le numéro 2 français de la propreté, a réalisé en septembre 2025 sa toute première opération de croissance externe en rachetant Ithaque, dont le siège social est à Paris (22 implantations en france), et avec lui, sa filiale Penelope, spécialiste de l’accueil et de l’hospitalité en France, des activités complémentaires à la propreté, cœur de métier historique du groupe.
Une start-up avant l’heure
Le groupe a franchi la barre du milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2021 et ne cesse de grandir depuis (CA 2024 : 1,386 Md€). Le succès de son modèle ne se dément pas, car s’il n’y a pas de recette, il y a bien une vision GSF, celle de Jean Louis Noisiez, son fondateur. En 1963 à Paris, "quand il démarre l’entreprise, à 27 ans, c’est une start-up avant l’heure", raconte Christophe Cognée, président du directoire. "Il avait commencé sa carrière dans le déménagement d’entreprises, il connaissait donc le type de besoins que pourraient avoir ces sociétés qui s’implantaient alors partout en banlieue moderne."
Professionnaliser ce qui n’était pas un métier
"Produit maison", Christophe Cognée est depuis 35 ans dans ce groupe qui valorise la promotion interne pour transmettre et conserver l’état d’esprit GSF. Il a travaillé pendant des années aux côtés de Jean Louis Noisiez, homme "charismatique" et "visionnaire". Dans un métier de la propreté qui n’était pas encore externalisé, ce dernier a su détecter le "besoin d’une plus grande professionnalisation, qui va rester un marqueur. Il va se donner les moyens de faire la différence. Il est arrivé avec un regard neuf, mais aussi des valeurs fondamentales : on respecte les femmes et les hommes, on forme davantage, on investit beaucoup plus pour créer les conditions d’une collaboration sur le long terme avec nos clients et nos équipes." De la RSE avant l’heure cette fois.
De Paris à Sophia Antipolis
Très vite, l’entreprise prospère. Ses clients, Thomson ou les Galeries Lafayette, réclament la même qualité sur leurs sites de province. GSF suit et se décentralise, dans le Nord, à Strasbourg, sur la Côte d’Azur. À Paris, les bureaux sont devenus trop étroits. Le fondateur veut un siège social agréable pour ses collaborateurs et proche d’un aéroport. La jeune technopole de Sophia Antipolis sera choisie. Les fonctions support y demeurent. Des équipes de développement restent à Paris, à la Défense.
La proximité fait partie intégrante du modèle GSF avec ses 162 établissements comme autant de relais pour les clients et les équipes opérationnelles. Là encore, cela relève de la vision de Jean Louis Noisiez. Lorsqu'en 2022, le fonds anglo-américain TowerBrook entre au capital à hauteur de 51 %, aux côtés de la famille Noisiez, la situation avait été anticipée par le fondateur.
Il s’agissait de "trouver la meilleure solution pour pérenniser le projet d’entreprise, avec cette alchimie à la fois si précieuse, si solide et en même temps si fragile, explique Christophe Cognée. Trois solutions se présentaient : soit une reprise par un compétiteur, soit par un industriel, soit par une société d’investissement qui viendrait non pas pour démanteler GSF mais qui, considérant qu’elle est une entreprise historiquement et régulièrement performante, avec de vraies valeurs, un potentiel dans la propreté et dans les services, viendrait nous accompagner dans l’étape d’après… c’est ce qui s’est passé." Cette même année, Jean Louis Noisiez s’éteint.
La force du "non"
Depuis, Christophe Cognée l’assure, rien n’a changé. Le degré d’exigence est le même. L’intransigeance aussi. "La grande force de notre fondateur était de dire "Non, je ne transigerai pas". Il nous a appris à dire non. À prix équivalent, on se doit d’apporter une meilleure qualité de service, mais on ne brade pas. Jamais." Ainsi, quand GSF, qui évolue déjà en leader dans la pharmaceutique, le nucléaire ou l’agroalimentaire, s’ouvre à d’autres secteurs, c’est avec la même rigueur. "En 2024, on a volontairement arrêté des marchés. Si nous n’avons pas la certitude de délivrer la qualité attendue et de respecter ainsi nos engagements, nous préférons renoncer."
Cette décision a pourtant ralenti la croissance du groupe qui sera de 5 % cette année, contre près de 9 % l’année précédente. "Nous ne cherchons pas à être les premiers, mais les meilleurs." Un luxe possible quand on affiche "une croissance qui est double de celle du marché."
Accueil, logistique, déchets…
GSF sait avoir encore à prendre des parts de marché sur la propreté dans l'industrie, le secteur hospitalier, les aéroports… Le groupe vise aussi un fort développement dans les services, d'où l'acquisition d'Ithaque et de sa filiale Penelope, spécialiste de l'hospitalité, tout en misant sur la relation de confiance avec ses clients A l'image de ceux dans l'aéroportuaire: "Connaissant notre niveau de qualité dans la propreté, ils souhaitaient nous voir nous positionner par exemple sur l'accueil et l'orientation passager", confie Christophe Cognée.
Cette accélération dans les services passera aussi par de la logistique ou de la gestion déléguée des déchets sur site. Autant de perspectives de croissance pour le Groupe qui rappelle ainsi que dans son acronyme, le S de GSF désignait déjà les services.