Le développement industriel nécessite la construction de routes pour acheminer main-d’œuvre et marchandises vers les usines. Constant-Maximin Charier saisit cette opportunité et lance, en 1897, les bases de ce qu’est aujourd’hui l’entreprise Charier en exécutant des travaux de voirie entre Vannes et Nantes.
En 2025, Charier, dont le siège social est basé à Couëron près de Nantes depuis 2020, emploie 1 800 salariés pour un chiffre d’affaires de 349 millions d’euros, dont la moitié environ est générée par ses activités dans les routes et travaux urbains. Le reste provient des autres métiers de l’entreprise qui, au cours de ses 128 ans d’existence, a diversifié ses métiers, chaque génération apportant sa pierre à l’édifice.
Mécanisation
Germain-Eugène Charier, fils du fondateur, après avoir participé à la première guerre mondiale dans les premiers chars d’assaut, comprend le potentiel offert par la mécanique et le matériel motorisé. Il achète des camions des surplus militaires, ainsi qu’une Ford T et une moto pour faire le tour des chantiers et prospecter les clients plus rapidement.
Parallèlement, il fait l’acquisition en 1929 de la carrière de La Clarté et, en 1955, de la forêt de La Bretesche, à Missillac (44). "La carrière de La Clarté est le poumon de l’entreprise et La Bretesche le cœur de la famille. C’est un lieu où membres de la famille et collaborateurs se réunissent, où se perpétuent nos valeurs", souligne Emmanuelle Charier, actuelle présidente du conseil de surveillance de l’entreprise.
Dimension nationale
La période de reconstruction après 1945 et les Trente Glorieuses sont des années fastes pour l’entreprise, tant dans l’exploitation des carrières que sur les chantiers de travaux publics. Une nouvelle activité de terrassement est lancée. L’entreprise familiale acquiert une dimension nationale avec des chantiers dans toute la France. En 1963, la troisième génération emmenée par Yves et Germain-Jean Charier accède à la direction d’une entreprise prospère. Le décès prématuré d'Yves en 1971 amène la famille à s’entourer d’une équipe de cadres dirigeants extérieurs qui s’attellent à structurer le groupe sur un plan financier, humain, juridique, etc., dans une conjoncture économique dégradée sous l’effet des chocs pétroliers.
Au début des années 1990, Charier a continué à grandir, employant 700 salariés, dont 500 dans la branche Travaux Publics.
Croissances externes et diversification
La quatrième génération désormais aux commandes de l’entreprise devenue centenaire attaque le nouveau millénaire en diversifiant ses activités. Cette stratégie passe par des croissances externes avec, notamment, l’acquisition en 2002 de la société Brethomé pour développer une activité travaux urbains sur le bassin nantais et celle de Semen TP qui ouvre la voie aux chantiers maritimes. La diversification dans la valorisation des déchets par croissance organique. "L’objectif était de développer une offre globale dans une approche d’économie circulaire avant l’heure : on extrait des cailloux dans les carrières pour faire des routes et on rebouche avec des déchets. Cette stratégie a posé les premiers jalons de ce que nous sommes aujourd’hui", analyse Constant Charier, actuel DRH de l’entreprise.
Parallèlement, Charier investit massivement dans son outil industriel pour moderniser les carrières ou encore se doter d’un navire sablier pour exploiter une concession au large de Saint-Nazaire.
Endettement et pertes records
Le niveau élevé des investissements consentis par la quatrième génération est percuté par les effets de la crise économique de 2008-2009. Lourdement endettée, l’entreprise essuie des pertes importantes en 2011-2012. Malgré des efforts d’optimisation, elle frôle la sortie de route. La famille prend alors deux décisions fortes. Pour reconstituer la trésorerie de l’entreprise, les actionnaires familiaux rachètent ses actifs immobiliers. Ils décident également de confier la direction opérationnelle de l’entreprise à un membre extérieur : Paul Bazireau. "La famille a pris le risque de s’endetter pour désendetter l’entreprise et elle a eu l’humilité de reconnaître ses limites, en allant chercher à l’extérieur une personne pour redresser le navire", souligne Emmanuelle Charier.
Vers une entreprise régénérative
Confrontée à une chute de ses carnets de commandes, Charier évite un plan social grâce à la mobilisation de ses salariés. La concertation entre actionnaires et membres du comité exécutif aboutit en 2015 à un plan stratégique, mis à jour en 2020. Celui-ci prévoit l’arrêt de certaines activités, comme celles liées aux déchets, et l’impulsion d’une nouvelle dynamique commerciale, davantage orientée vers les marchés privés, via une équipe commerciale dédiée. Priorité est également accordée à l’innovation.
Associée à une démarche RSE forte, elle vise à décarboner les métiers traditionnels de Charier (développement d’enrobés drainants et à partir de liant végétal, de voiries à énergie positive…), tout en recentrant l’entreprise vers des activités moins émettrices de CO2 : espaces verts, réseaux, génie écologique, dépollution… (voir l’interview).
La 5e génération, arrivée à la direction de Charier, entend ainsi préparer l’entreprise, qui a retrouvé une bonne santé financière et économique, à relever les défis environnementaux et sociétaux. "Notre vision familiale, qui privilégie l’humain, l’environnement et la qualité de la vie, est à l’origine de la transformation de Charier en entreprise à mission en 2022. De cette vision découle notre stratégie", indiquent Constant et Emmanuelle Charier.