Y a-t-il des dispositifs qui sont les plus utilisés, et les plus efficients, pour éviter les défaillances d’entreprises ?
Les dispositifs sont tous mobilisés et je ne voudrais pas donner l’impression que certains font le job et d’autres non. Ils sont au contraire complémentaires les uns des autres. Il y en a d’ailleurs beaucoup et les dirigeants ne savent plus où donner la tête. Avec la charte de confiance lancée par Serge Papin, ministre des PME, le message adressé à l’entrepreneur c’est : "Allez voir n’importe qui". Qu’il s’agisse des acteurs associatifs, privés ou consulaires… Et nous allons faire en sorte que celui que vous allez voir vous amène vers le meilleur interlocuteur en fonction de la problématique.
"Quand un dirigeant sollicite le tribunal de commerce en préventif, 70 % des entreprises continuent de fonctionner. Mais quand la procédure collective est déjà lancée, l’entreprise disparaît dans 70 % des cas"
Pour les retards et ruptures de paiement, ce sera par exemple vers le médiateur des entreprises, en cas de soucis avec la banque, il faudra s’orienter vers le médiateur du crédit. Il existe aussi le Commissaire départemental aux entreprises en difficulté qui est très accessible. Mais pour les chefs d’entreprise, aller voir ce commissaire qui se trouve dans les effectifs de la DGFIP, c’est une barrière.
Justement, est-ce que ce n’est pas un peu risqué d’aller voir son banquier pour lui exposer ses difficultés financières quand on est dirigeant ?
Il n’y a aucun risque à aller voir son banquier car il voit les comptes, les échéances impayées ou encore les retards de remboursement de crédits… Quand il y a une tension dans l’entreprise, il est déjà au courant. Plutôt que de le laisser dans l’inconnu, c’est donc préférable de lui parler et de voir quelles sont les solutions possibles.
"La phase d’anticipation est assez peu pratiquée mais c’est celle qui sauve"
L’objectif de la charte est d’aller plus loin. Si le banquier voit les difficultés, il pourra contacter le client et lui dire quels sont les outils à sa disposition.
Il y a aussi un aspect psychologique. Un chef d’entreprise doit souvent être très optimiste pour diriger, comment passer outre cet état d’esprit qui peut aussi devenir un blocage en cas de difficultés ?
Le déni est presque positif quand on est chef d’entreprise. Les dirigeants se disent "je vais réussir", "demain ça va aller mieux" ou encore "c’est une situation provisoire". C’est bien d’être optimiste mais il faut aussi anticiper le risque de défaillance. Il vaut mieux aller voir les interlocuteurs chargés de la prévention pour s’entendre dire que ça va, plutôt que de pécher par excès d’optimisme. La statistique sur les tribunaux de commerce est parlante à ce titre : quand un dirigeant y va en préventif, 70 % des entreprises continuent de fonctionner mais quand la procédure collective est déjà lancée, l’entreprise disparaît dans 70 % des cas. Il vaut mieux y aller tôt, plutôt que tard en étant contraint.
À quel moment un dirigeant doit aller chercher de l’aide ?
Il y a plusieurs manières de le savoir : en interrogeant deux fois par an son banquier et son expert-comptable. Il faut leur demander ce qu’ils pensent des chiffres, du bilan, du résultat. Il existe aussi des outils d’autoévaluation, qui se trouvent sur internet. S’il y a une alerte à l’issue d’un diagnostic, il faut passer à l’étape 2 et aller voir quelqu’un. La phase d’anticipation est assez peu pratiquée mais c’est celle qui sauve.
"Les retards de paiement représentent 15 milliards d’euros dans les caisses des grands comptes plutôt que des PME"
Les retards de paiement sont responsables 25 % des défaillances selon Bercy. Est-ce que la proposition de loi d’Olivier Rietmann (Les Républicains), qui a reçu le soutien du gouvernement, sera suffisante ? Elle prévoit notamment de porter le plafond de l'amende en cas de retard de paiement à 1% du chiffre d'affaire ou encore de s'attaquer aux délais de paiement dans la commande publique.
La proposition de loi est très ambitieuse et il faut un outil supplémentaire pour endiguer le fléau des retards de paiements qui ont explosé après la crise covid. Car les retards de paiement représentent 15 milliards d’euros dans les caisses des grands comptes plutôt que des PME. Et nous avons constaté que les amendes, telles que plafonnées aujourd’hui, ne sont pas dissuasives.
Les mauvais payeurs sont majoritairement des très grandes entreprises et une amende de deux millions d’euros n’est pas significative. Mais quand on passe à 1 % du chiffre d’affaires, on peut alors parler de dizaines voire centaines de millions d’euros de plafond d’amende. Ce sont des montants dissuasifs qui doivent pousser les grandes entreprises, non pas à se contenter de payer une amende, mais à regarder en profondeur leur processus. L’objectif est de faire en sorte qu’ils fonctionnent et permettent de payer en temps et en heure les factures. Car dans de nombreux cas, ce n’est pas volontaire mais surtout lié à des blocages de systèmes informatiques.