98 pour, 59 contre, 12 abstentions. Après des mois de débat, les chambres de commerce françaises ont tranché. Lors de la dernière assemblée générale de l'ACFCI, le mois dernier à Paris, elles se sont officiellement prononcées en faveur d'un protocole de réforme structurelle. Ce texte ne fait évidemment pas office de loi. Mais il doit servir de base à la réforme présentée par le gouvernement, vraisemblablement à l'automne prochain, devant le Parlement. Que prévoit-il? La création d'une CCI régionale renforcée (CCIR), en lieu et place des actuelles CRCI, et des chambres territoriales, qui garderont leur statut d'établissement public mais sans réel pouvoir de décision. Les CCIR auraient en effet pour mission de gérer l'ensemble des fonctions supports des chambres de leur territoire: formation, accompagnement, des entreprises, communication, RH, informatique, comptabilité... Des synergies qui offriraient de belles économies. Elles auraient en outre l'entière maîtrise du budget et de la stratégie. Ce qui constitue le coeur d'un conflit interne qui empoisonne les chambres. Car malgré le vote du mois dernier, plusieurs d'entre elles sont toujours farouchement opposées à la régionalisation.
«Des coquilles vides»
Constituer des chambres territoriales à côté des CCIR, c'est fabriquer «des coquilles vides», explique Jacques Kuhn, président de la CCI de Brest. «Parce qu'une chambre de commerce qui n'a pas la maîtrise de ses dépenses, de son personnel, de la perception de l'impôt, c'est une coquille vide.» Au-delà de ces mots, six autres présidents, dont Gérard Fellmann, président de la CCI Colmar Centre Alsace, ont écrit à Hervé Novelli, secrétaire d'État en charge du commerce et des PME, pour prôner «une autre réforme». «Nous avons compris que ce projet visait à affaiblir très nettement le seul niveau opérationnel de notre réseau, à savoir celui des CCI locales», expliquent les présidents dans ce courrier. Et de redouter que ce projet ne supprime «la valeur ajoutée des CCI locales qui ne sont plus positionnées pour ce qu'elles sont: les interlocuteurs quotidiens des entreprises et les acteurs majeurs du développement économique».
Quid de la Normandie?
Pendant ce temps, en Normandie, les choses se précisent. Après le vote d'opposition le 26mars dernier de l'assemblée de la CRCI de Basse-Normandie, face à la proposition de la CCI du Pays d'Auge de rallier une grande CCI de l'Estuaire, c'est la CRCI de Haute-Normandie, dirigée par le président de la CCI de Rouen Christian Hérail, qui a voté à une large majorité (75% des votants) en faveur d'un nouveau schéma qui prévoit la création d'une unique CCI régionale de Normandie, absorbant les actuelles CRCI de Haute et Basse-Normandie. Dans le même temps, les élus de Haute-Normandie se sont déclarés favorables à la création d'une CCI de l'Estuaire réunissant LeHavre, Bolbec-Fécamp et la CCI du Pays d'Auge (14). Le dossier a été depuis transmis à la ministre Christine Lagarde pour approbation, Christain Hérail se félicitant de cette «démarche anticipatrice et pragmatique» qui ne manquera pas de faire des remous en Basse-Normandie.
Les présidents de Chambres de commerce ont majoritairement voté en faveur d'une réforme accentuant la régionalisation des CCI. Certains d'entre eux - une soixantaine - veulent toutefois actionner tous les leviers pour faire capoter le projet.