Rares sont les entreprises à connaître une telle croissance, a fortiori une ETI. En 2025, le groupe d’ingénierie et de construction Cap Ingélec a vu son chiffre d’affaires bondir de plus 50 % en un an (685 M€ vs 446 M€), alors qu’il avait déjà quasi doublé entre 2023 et 2024. En deux ans, le groupe a plus que triplé son chiffre, multiplié par cinq en cinq ans. Pour suivre la cadence, ses effectifs se sont étoffés de plus d’un tiers en un an pour atteindre 800 personnes fin 2025. Ils sont déjà plus de 900 en cette fin mai 2026 et seront 1 200 d’ici décembre.
"Cinq ans d'avance sur les projections"
"Nous avions anticipé une croissance parce que nos marchés sont longs, mais sur nos projections nous avons cinq ans d’avance", concède Matthieu Calès, le PDG de l’entreprise familiale créée par ses parents en 1992. Une société détenue à 55 % par la holding Calès Technology, à 25 % par Matthieu Calès et 20 % par des salariés.
À l’origine de l’hypercroissance, le choix stratégique de recentrer les activités
C’est lui qui est à l’origine du plan stratégique déployé depuis cinq ans et qui, manifestement, porte ses fruits. Dans l’entreprise depuis 15 ans, Matthieu Calès l’a élaboré en tant que directeur général en 2019 et présenté — post Covid — en 2021. Il a alors 33 ans, Cap Ingélec emploie 315 personnes pour 177 millions d'euros de chiffre d'affaires.
Cap vers l'industrie, les data centers et l'énergie
"L’idée était d’abandonner une partie des activités — tertiaire, retail, hôtellerie, marchés publics qui généraient beaucoup d’encours (paiements plus tardifs, NDLR) — pour nous concentrer sur des projets plus complexes pour lesquels Cap Ingélec a encore plus de valeur ajoutée. Ils génèrent plus de risques mais aussi plus de résultats."
Le centralien a misé sur trois pôles avec Cap Ingélec : les data centers, l’industrie et l’énergie. Le groupe rachète une PME spécialisée dans les data centers - Ingenova - en 2022 (34 salariés, 6,2 M€ CA) et le bureau d'ingénierie grenoblois Conceptuel qui conçoit des environnements industriels contrôlés la même année.
Cap Ingélec réalise des salles blanches, des chais, des terminaux d’aéroport, des centres de données, des usines de batteries, des laboratoires de recherche. À son actif : plus de 20 000 projets. "Dans l’énergie nos activités sont beaucoup portées sur les sous-stations électriques privées dont ont besoin à la fois les industriels, les data centers, les infrastructures d’hydrogène", indique le PDG.
Les data centers pèsent pour la moitié de l’activité "depuis au moins 10 ans", avec un volume aujourd’hui en écho au boom du marché. "C’est une activité qui tire les autres marchés. C’est notre savoir-faire dans le pilotage de gros projets de data centers qui nous a permis d’obtenir de très gros marchés industriels", détaille le dirigeant.
Du clé en main généralisé
Des projets variés qui nécessitent une expertise technique et que Cap Ingélec propose de gérer depuis la conception jusqu’à la livraison, clés en main. "Nous assumons toutes les responsabilités, y compris celle d’un sous-traitant sans nous défausser — ce qui est souvent le tord dans le bâtiment —, et sommes en capacité de porter tout l’investissement du client. On ne le faisait qu’avec une partie des projets quand nous étions plus petits, aujourd’hui c’est généralisé parce que c’est ce qui fonctionne." Un argument de vente et un mode de fonctionnement sur lesquels insiste le groupe.
Industrialiser la prise en charge des projets
L’hypercroissance a nécessité une réorganisation, déployée à partir de 2025 et complètement opérationnelle depuis début 2026, "à la fois pour absorber la croissance passée et celle à venir", visant le milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2030.
Concrètement, "on a spécialisé les personnes dans les phases de conception et de chantier, avec une direction d’ingénierie forte et des pôles opérationnels hyper experts focalisés sur la sécurité des chantiers, le coût, le planning, détaille le PDG. On a extrait toutes les fonctions supports comme les achats, la qualité, la HSE qu’on a placées sous une direction de la performance." Une organisation pensée pour davantage d’efficacité et pour atteindre "1,2 à 1,3 milliard d’euros de chiffre d’affaires".
"Arriver à 1 milliard d'euros de chiffre d'affaires en 2030 ne se fait pas tout seul. Cela implique une organisation qui fonctionne, des personnes investies"
"On savait piloter deux-trois gros projets en parallèle, il va falloir le faire avec 10, 15 ou 20, en industrialisant notre manière de faire. Cela implique d’intégrer de façon automatique la culture du client pour coller au plus près à ses attentes et porter au mieux les risques."
Les recrutements et l’intégration au cœur des enjeux
Les affaires marchent tellement bien pour Cap Ingélec qu’en 2025 le groupe n’a pas été en capacité de répondre à tous les appels d’offres, faute d’effectifs. Le groupe recrute pourtant à tour de bras. "On a embauché, intégré et formé beaucoup de monde avec des process pour rendre opérationnels rapidement, mais malgré tout on a dû renoncer à certaines offres", précise le patron. 300 embauches sont encore inscrites au calendrier 2026. C’est un des défis majeurs. "Et normal pour une entreprise qui fait de l’ingénierie, on vend de la matière grise", ajoute-t-il.
2026 année de la digestion et de la prise de hauteur
Dans cette croissance à toute allure, 2026 devrait marquer le pas. "C’est une année de structuration, analyse le dirigeant qui table sur un chiffre d’affaires stable. Mais l’activité sera plus importante. Nous sommes repartis à la conquête de beaucoup de nouveaux marchés, répondant à beaucoup d’offres." Avec des résultats sonnants et trébuchants qui seront palpables entre 2027 et 2029. Cap Ingélec notamment prévoit d’annoncer cet été de gros projets à Marseille.
"Nous avons un enjeu de pérennisation, c'est mon défi en tant que PDG. Personnellement j'aimerais réussir à prendre de la hauteur pour ne plus seulement regarder l'exercice qui vient."
L'autre enjeu, c'est la pérennisation de l'entreprise. "Arriver à 1 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2030 ne se fait pas tout seul ; cela implique une organisation qui fonctionne, des personnes investies qui doivent comprendre le sens de ce que l’on fait. Nous avons un enjeu de pérennisation, c’est mon défi en tant que PDG. Personnellement j’aimerais réussir à prendre de la hauteur pour ne plus seulement regarder l’exercice qui vient. Mieux anticiper pour mieux satisfaire les besoins et installer une image de marque de technicité et d’excellence qui perdure, en France et en Europe."
Le dirigeant confie avoir "toujours l’angoisse d’un projet qui plante parce que l'entreprise a mal anticipé des difficultés". "La croissance va vite dans un sens, elle peut aller vite dans l’autre. Je voudrais ne plus avoir cette crainte", dixit Matthieu Calès. Ce dernier sera épaulé par un nouveau directeur général en septembre.
Quant à l’international, Cap Ingélec, déjà bien implanté en Espagne (300 personnes) et en Grèce (une quarantaine de collaborateurs), compte accélérer en Italie et multiplie les contacts en Europe du Nord.
Un nouveau siège social à Mérignac
Fin mai, Cap Ingélec a inauguré son nouveau siège social à Mérignac. L’effectif pourra y atteindre 350 personnes. En dépit de son savoir-faire, ce n’est pourtant pas Cap Ingélec qui a construit son siège, il n’en est que locataire. "Nous étions pressés, ce projet était prêt à sortir. Et nous sommes toujours en croissance, où serons-nous dans cinq ans ? Aurons-nous besoin d’autres capacités ? Être locataire nous permet de ne pas immobiliser du capex (dépenses d’investissement, NDLR) et de garder notre agilité."
En chiffres
800
Nombre de salariés fin 2025, contre 590 en 2024. Cette année, Cap Ingélec a prévu 300 recrutements supplémentaires. 66,6 % des collaborateurs sont actionnaires.
685 millions d’euros
Chiffre d’affaires 2025 (versus 446 M€ en 2024), dont 180 millions d’euros à l’étranger. La moitié est générée par le marché des data centers.
14
Nombre d’implantations, dont des pôles ingénieries à Bordeaux, Paris et Lyon, et trois bureaux à l’étranger (300 personnes en Espagne, environ 40 en Grèce, Italie).