Rien ne prédestinait les trois frères El Fassy, évoluant dans le monde de la restauration, à passer le cap de l’industrie. La famille possède quatre établissements (restaurants, bars) à Calais. "En tant que restaurateurs, nous n’aimions pas du tout les pailles en papier qui, la plupart du temps du temps, sont made in China ou made in Taïwan", raconte Jérémy El Fassy, l’un des trois associés. On a aussi essayé les pailles en canne à sucre mais l’importation se heurtait à nos convictions écologiques." Alors ils se disent : "Pourquoi ne pas en fabriquer nous-mêmes". Ils décident alors de créer Strawbio en 2019 dans la zone industrielle des Dunes, également à Calais.
Composer avec la réglementation
"C’est la plus grande bêtise qu’on n’ait jamais faite, souffle l’entrepreneur en riant. Cela nous a pris au moins six mois pour développer des pailles à base d’amidon de maïs et de calcaire." Il s’est rapproché d’une société française spécialisée en plasturgie et a ainsi mis au point son propre biopolymère. Il dépose aussitôt un brevet. Mais, Jérémy El Fassy, nouveau dans le secteur de l’industrie fait face à ce qu’il qualifie de "sa plus grande difficulté" : la législation. "Nous avons dû attendre un an avant de pouvoir commercialiser en 2020. Cela a représenté un coût énorme, c’était très dur psychologiquement", se souvient-il.
Il découvre alors les différentes autorisations nécessaires comme celle permettant de vendre aux grandes enseignes. "Cela représente un coût de 25 000 euros pour pouvoir faire visiter l’usine et être habilité grandes enseignes", précise-t-il.
Des demandes de toute part
Seul aux commandes et à tous les postes, Jérémy El Fassy annonce pourtant crouler sous les demandes. "Je reçois des demandes d’échantillon pratiquement tous les jours. J’en ai même envoyé en Suède. Nos pailles présentent les mêmes avantages que les pailles classiques en plastique mais offrent l’avantage d’être réutilisables tout en étant biodégradables et compostables. Elles dénotent vraiment avec celles actuellement proposées sur le marché."
Souhaitant rester discret sur son chiffre d’affaires, il indique produire jusqu’à un million de pailles par jour. Rien que pour le restaurant familial calaisien, le Chill, il écoule 15 000 pailles par mois. Les trois frères vendent aussi bien en France qu’en Belgique, Italie et Espagne. Leurs clients sont essentiellement des grossistes. "Nous venons d’enregistrer notre premier bilan positif, tout juste concède-t-il. Tout ce qu’on gagne en trésorerie est réinvesti en R & D et en innovation."
Entre diversification et consolidation
Véritable homme-orchestre, Jérémy El Fassy fabrique les pailles, les met en carton et les expédie. L’entreprise ne compte pas de salariés pour l’heure et l’associé-dirigeant ne se verse pas de salaire. "Même si les deux premières années, nous avons passé notre temps à remettre des sous dans la boîte, je ne regrette rien. Je peux compter sur mes frères. La persévérance et la certitude m’ont poussé jusque-là. En réalité, notre plus grosse bêtise ce n’est pas du tout de l’avoir fait mais d’avoir pensé que ce serait facile", analyse-t-il.
Et de poursuivre : "C’est mon bébé et aujourd’hui, j’ai envie qu’il grandisse, qu’on embauche du personnel, qu’on monte en cadence et en gamme." Il étudie, entre autres, la possibilité d’agrandir l’usine, qui compte actuellement deux lignes de production et d’appliquer le biopolymère à la fabrication de gobelets. A court terme, Jérémy El Fassy souhaiterait s’entourer de deux salariés pour l’aider dans ses tâches.