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Bio-UV se réinvente pour ouvrir un nouveau cycle de croissance
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Bio-UV se réinvente pour ouvrir un nouveau cycle de croissance

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Face à une conjoncture mondiale incertaine et au recul de ses marchés historiques, le spécialiste du traitement de l’eau Bio-UV accélère sa transformation. En misant sur ses expertises et son agilité pour capter de nouvelles opportunités, le groupe héraultais ambitionne de doubler de taille en cinq ans.

Bio-UV investit 1 million d’euros dans de nouvelles machines afin de rapatrier certaines activités de sa filiale Corelec — Photo : Benjamin LEGRAND-HÔTE

Pendant près de 15 ans, le groupe lunellois Bio-UV (150 salariés, CA 2025 : 36 M€) a surfé sur la croissance de sa division maritime. Reconnu depuis sa création en 2000 comme expert du traitement de l’eau par technologies naturelles (UV, ozone, électrolyse de sel), il a lancé en 2013 le système "Bio-Sea" destiné à filtrer les eaux de ballast des navires, sans produits chimiques.

Un point bas dans le marché maritime

Longtemps resté seul fabricant européen titulaire des 2 labels exigés (aux États-Unis et dans le reste du monde) pour vendre son produit, Bio-UV a profité d’une manne : des centaines de milliers de navires ont l’obligation de s’équiper de ces systèmes pour limiter le risque de contamination en passant d’une zone géographique à l’autre. En fin d’année 2024, il restait encore 70 000 navires à "retrofiter" dans le monde, mais le filon s’amenuise. "Nous sommes passés de 200 systèmes vendus par an en 2022 à 30 en 2025. Le marché maritime réglementé touche son point bas. En parallèle, notre marché historique du traitement des eaux de piscine, après des pics exceptionnels en phase post-Covid, est retombé à des taux de croissance de 2 ou 3 % par an. Nos deux moteurs de croissance sont en baisse de régime", constate Laurent-Emmanuel Migeon, PDG de Bio-UV.

Transition vers une nouvelle approche

Le marché maritime n’est pas sinistré pour autant : Bio-UV a enrayé la baisse des ventes sur le premier semestre 2026. Il peut aussi vendre "Bio-Sea" à des opérateurs spécialisés (navires rouliers, yachts, croisiéristes…), sans compter les constructeurs de bateaux neufs. Mais pour rebondir, le groupe amorce sa transformation : une réorganisation en 3 pôles stratégiques, visant à dynamiser les performances commerciales.

D’un côté, les références disponibles sur catalogue (en majorité les produits pour piscines, générant encore un tiers des ventes), que Bio-UV peut écouler rapidement. D’un autre côté, les solutions comme "Bio-Sea" ou les systèmes qu’elle vend aux stations d’épuration. Ceux-ci nécessitent un travail d’adaptation aux enjeux de l’acheteur, tant sur le plan technique que commercial. "Nous passons en mode de gestion de projet. Nous allons dupliquer cette approche de compréhension des problématiques clients, acquise pour Bio-Sea, à d’autres types de solutions, comme celles pour l’aquaculture. De même, nos commerciaux, qui travaillaient comme généralistes, vont se spécialiser selon les solutions et les zones d’export prioritaires, comme l’Asie et le Moyen-Orient", explique le PDG, rappelant que l’international représente plus de 50 % du chiffre d’affaires.

Des pôles d’expertise renforcés

Ainsi, la totalité du pôle Solutions au sein de Bio-UV se transforme. Le groupe nomme des experts en charge de chaque famille de produits. Jean-Philippe Picard de Muller, recruté comme DG adjoint de Bio-UV fin 2025, s’occupe des systèmes maritimes. Le Britannique Roy Charsley l’a précédé de peu pour piloter la branche aquaculture, fort de 25 ans d’expérience sur le sujet. Bio-UV recherche désormais un nouveau responsable pour les systèmes de traitement des eaux destinés aux industriels de l’agroalimentaire : il en vend déjà à de grandes marques (Cristalline, Heineken, Nestlé…) mais veut aller plus loin. "Notre objectif est de formaliser la démarche pour être mieux référencés par les sièges de ces groupes, plutôt que de réaliser des chantiers pour telle ou telle usine au coup par coup", justifie Laurent-Emmanuel Migeon.

Le potentiel mondial de l’aquaculture

Dans les secteurs identifiés comme stratégiques pour ses solutions, Bio-UV affiche de fortes ambitions pour l’aquaculture, et notamment les fermes d’élevage de saumons. Ce marché, qui pèse 300 millions d’euros dans le monde, est en croissance de 10 % par an. Le groupe ambitionne de passer de 3 à 10 millions d’euros annuels sur ce segment d’ici 2029. Il s’appuie notamment sur sa filiale Triogen, basée en Écosse, au plus près des plus gros élevages d’Europe du Nord.

"L’aquaculture nécessite deux types de traitement, l’UV et l’ozone, que nous maîtrisons totalement. En démontrant que nos systèmes contribuent à la baisse de mortalité des saumons pendant l’élevage, nous espérons signer de grands comptes", évalue Laurent-Emmanuel Migeon. Et cet effort porte ses fruits : Bio-UV a remporté, fin 2025, la première tranche (valeur : 700 000 €) de l’appel d’offres de la plus grande ferme d’élevage d’Islande, qui produira 32 000 T de saumons par an.

Le troisième pôle stratégique redessiné au sein de Bio-UV concerne les services, comme la vente de pièces détachées et le SAV. "En 25 ans, nous avons vendu une gamme étendue de produits (réacteurs UV, pompes doseuses, systèmes complets, etc., NDLR) et il s’agit désormais de capitaliser sur ce parc de matériel installé. Cela permettra de compenser nos autres pertes d’activité mais aussi de générer plus de récurrence. Un million d’euros facturés en SAV nous assurent 50 % de marge, alors qu’il faut vendre pour 5 millions d’euros de produits pour atteindre ce seuil", évalue Laurent-Emmanuel Migeon, précisant que cette approche s’appliquera aux 2 autres pôles stratégiques, dans toutes les zones géographiques.

Un plan de modernisation numérique

Le plan de transformation de Bio-UV se lit à d’autres niveaux. Comme la stratégie de digitalisation, par exemple, qui va être amplifiée. Le groupe vient de s’équiper d’un CRM et de lancer les études pour un logiciel à base d’intelligence artificielle. Dans les deux cas, l’objectif est le même : améliorer la collecte et l’analyse des datas. "Bio-UV se positionne comme un acteur BtoB, qui travaille par exemple avec des intégrateurs pour ses solutions technologiques. Mais en accentuant notre offre de services sur tout le cycle de vie d’un produit, SAV inclus, nous devons progresser dans la connaissance du client final", souligne le PDG.

De même, le groupe réorganise sa production de manière complémentaire entre ses trois implantations : à Lunel pour le siège et l’usine principale, en Écosse pour Triogen, et en Haute-Garonne pour l’autre filiale, Corelec. Celle-ci vient d’intégrer un nouveau site de 1 330 m2, à Seysses. Tout en conservant la fabrication des cellules des produits pour piscines, elle va prendre une orientation plus centrée sur la relation client et la R & D, tandis que les autres opérations de Corelec sont actuellement transférées à Lunel. Le groupe investit ici un million d’euros pour s’équiper en machines neuves (découpage, usinage, etc.) adaptées à sa gamme de solutions par électrolyse de sel. "Plusieurs étapes de fabrication étaient sous-traitées par Corelec. Nous les réintégrons à Bio-UV pour être plus autonomes, réduire les délais – mais aussi faire monter nos salariés en compétences sur ces nouvelles machines, ce qui est une façon de les fidéliser", note Laurent-Emmanuel Migeon.

Équilibrer croissance externe et organique

En exploitant ces nouvelles options stratégiques, Bio-UV compte repasser dans le vert. Après un chiffre d’affaires 2025 de 36 millions d’euros, en repli de 9 %, le groupe vise de 38 à 42 millions d’euros sur le prochain exercice. L’objectif avoué de ce plan de transformation est de doubler de taille dans les 5 ans, en misant à parité sur la croissance organique et la croissance externe.

Sur ce dernier point, Bio-UV a levé 8 millions d’euros en 2025, qu’elle n’a pas encore consommés. Le groupe pourrait dépenser de 5 à 10 millions pour une nouvelle acquisition, la dernière en date concernant Corelec en 2021. Après avoir songé racheter une cible aux États-Unis pour mieux s’y développer, Bio-UV redonne la priorité à l’Europe. "Nous regardons des entreprises plus proches de nous, car l’intégration sera plus simple à réaliser. On sous-estime souvent les coûts liés à la distance et aux différences culturelles", conclut le dirigeant, confirmant que l’agilité opérationnelle devient l’axe majeur de Bio-UV.

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