Beryola encapsule le chanvre et le transforme en "caviar"
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Beryola encapsule le chanvre et le transforme en "caviar"

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Entre sa ferme landaise et ses locaux bordelais, la start-up Beryola associe une technologie d’encapsulation à la culture du chanvre pour tenter de démocratiser sa consommation. Elle débute fin 2023 avec le lancement d’un "caviar de chanvre" et vise déjà d’autres marchés.

Jeanne Bibette est l’une des fondatrices de la start-up bordelaise Beryola — Photo : Romain Béteille

Transformer du chanvre en perles ressemblant à du caviar sans pour autant en être. C’est le pari que s’est lancé la start-up Beryola. Pour préparer sa recette, il lui a fallu conjuguer plusieurs ingrédients, dont une exploitation agricole landaise entourée de pins cultivant une dizaine d’hectares de chanvre. Elle appartient à Jérôme Bibette, physicien et chimiste directeur d’un laboratoire à l’ESPCI de Paris, dont les recherches sont à l’origine de nombreuses sociétés. "Nous voulions remettre de la biodiversité dans les pins", raconte Jeanne Bibette, fille du chercheur et directrice des opérations.

La start-up Beryola développe des microcapsules de chanvre grâce aux futurs pilotes industriels de la société bordelaise Kapsera — Photo : Beryola

De la transformation au marché

Pour transformer le CBD en perles, Beryola, cofondée en 2022 par une dizaine de personnes (chercheurs et entrepreneurs), se base sur les recherches brevetées de Jérôme Bibette dans l’encapsulation. Si la ferme landaise fait pousser et sécher la plante, elle passe par plusieurs partenaires et autant d’étapes pour rendre son produit consommable.

Il est d’abord transformé en pâte puis en huile par une extraction à froid opérée à 5 kilomètres de l’exploitation par La Ferme Médicale, société girondine fondée en 2019 et possédant une ligne de transformation dans une partie des locaux de Biolandes (52 M€ de CA), société qui produit des extraits naturels de plantes.

"L’huile est ensuite diluée et envoyée en bidons pour encapsulation", détaille Jeanne Bibette. "Elle arrive dans les machines de la société lorraine Cookal (3 M€ de CA en 2020), passe dans des injecteurs et tombe en gouttes dans un bain de calcium." Au cours de ce même processus, les gouttes d'huile, pour devenir des perles, sont enveloppées d’une fine couche d’alginate, un polymère biodégradable obtenu à partir d’une algue brune très utilisée dans l’industrie, notamment comme épaississant dans l’agroalimentaire.

Futurs débouchés

À peine lancé sur le marché de l’alimentaire via une campagne de précommande et à la recherche de partenaires de distribution (magasins spécialisés, épiceries fines…), Beryola réfléchit déjà à la suite.

La jeune entreprise poursuit le développement d’une micro-perle de chanvre aux côtés de la société bordelaise Kapsera, qui encapsule dans de l’alginate des principes actifs naturels pour fabriquer des bio-intrants agricoles. Elle aussi est née des travaux du laboratoire parisien et est en recherche de financements pour deux pilotes industriels.

"Avec ces microperles, nous visons plutôt le marché de la santé, de la nutrition et des produits cosmétiques. Nous souhaitons signer des contrats de développement avec des laboratoires pharmaceutiques mais aussi adresser le marché directement avec nos propres produits via une future marque dédiée", poursuit Jeanne Bibette.

Beryola espère démocratiser le chanvre en l’encapsulant pour le transformer en aliment ou en produit cosmétique — Photo : Romain Béteille

En recherche de fonds régionaux, Beryola n’exclut pas une levée de fonds en 2024 après avoir investi environ 100 000 euros en fonds propres. D’autres produits pourraient naître à partir de ces microperles, comme des sauces ou des boissons, le tout pour démocratiser son procédé et la plante dont il est extrait, au cœur d’un marché du CBD et de la "novel food" à la législation mouvante, et encouragés par une filière régionale du chanvre en quête de nouveaux débouchés. "Nous sommes convaincus de n’être qu’au démarrage de l’aventure du CBD. Les gens vont commencer à comprendre cette plante et vont voir fleurir des produits plus élaborés", termine Jeanne Bibette, espérant bien que Beryola sera dans la liste.

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