Berkem focalise sa croissance sur l'export
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Berkem focalise sa croissance sur l'export

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Le groupe girondin Berkem vient d’investir 12 millions d’euros dans un nouveau laboratoire industriel d’extraction végétale à Gardonne (Dordogne). Il va notamment doubler ses capacités de production d’eaux florales, un ingrédient très recherché à l’export, autour duquel il concentre de plus en plus sa stratégie. Il souhaite y réaliser plus de la moitié de son chiffre d’affaires à moyen terme.

Olivier Fahy, PDG de Berkem, devant le nouveau laboratoire B72 de Gardonne (Dordogne) — Photo : Romain Béteille

Il a beau posséder 4 sites industriels — sur 5 au total — en France, le marché national semble de moins en moins une priorité pour le chimiste Berkem (55,3 M€ de CA en 2024, plus de 250 salariés), toujours plus tourné vers l’export. De nombreux signes le montrent. Le dernier en date est sans doute le nouveau bâtiment B72 de son site historique de 5 hectares — le plus grand en France — de Gardonne (Dordogne), inauguré cette année et bientôt entièrement équipé.

L'usine de Gardonne (Dordogne) est le site historique de Berkem, il y opère depuis 1964. — Photo : Berkem

Doubler la capacité de production des eaux florales

Au sein du site multispécialisé mais opérant notamment dans l’extraction végétale et la formulation chimique de produit de traitement du bois, ce nouveau bâtiment de 530 mètres carrés pour 13 mètres de haut a bénéficié d’un investissement de 12 millions d’euros. Il est destiné à accroître la capacité de production en extraction végétale et "à renforcer l’activité de travail à façon".

12 millions d’euros

Occasionnant la création de 7 emplois, il augmente de 20 à 25 % la capacité de production du site et double sa production d'eaux florales destinées aux formulateurs de cosmétiques. Un ingrédient qui fait face à "une demande énorme à l'étranger. Elle vient surtout des États-Unis et de plus en plus d'Asie, un peu d'Europe, mais ce n'est pas le gros du marché", révèle Olivier Fahy.

Un pôle santé en plein essor

Ces dernières années, Berkem n’a pas lésiné sur les rachats pour étendre son expertise de la chimie du végétal, de plus en plus tournée vers le biosourcé (46,7 % de son CA), à celle du vivant.

C’est le souhait de renforcer son pôle santé-beauté-nutrition qui l’a motivé à racheter en mars 2025 les laboratoires tourangeaux Eriger, experts dans l’encapsulation. Ils sont depuis, déménagement à l’appui, venus compléter le savoir-faire historique du site de Chartres, la lyophilisation (transformation de liquide en poudre), en l’ouvrant à d’autres activités : le cryobroyage et la nano-encapsulation pour des produits en phase aqueuse (comme des sérums).

Ce pan d’activité, qui réalise environ un tiers du chiffre d’affaires, est déjà très tourné vers l’export : le gros du business de sa vente d’actifs pour les compléments nutritionnels se fait ainsi aux États-Unis et commence à arriver en Chine.

"On n’était pas du tout connectés au marché de la mer, l’activité poisson est une diversification importante et stratégique pour nous."

Internationalisation industrielle

Le rachat, en février 2024, du site Naturex Iberian Partners de Valence (Espagne) au géant espagnol des arômes et parfums Givaudan, a permis à Berkem d’internationaliser son implantation industrielle, d’augmenter significativement ses capacités de production en extraction végétale et de s’ouvrir à l’extraction marine (crustacés et poissons) pour l’industrie agroalimentaire et les compléments nutritionnels (Oméga 3). "On n’était pas du tout connecté au marché de la mer, l’activité poisson est une diversification importante et stratégique pour nous", souligne le dirigeant.

Enfin, l’acquisition de l’américain i. Bioceuticals en 2023, distributeur d’ingrédients pour la nutraceutique, lui a permis de renforcer sa filiale américaine. "À terme, nous souhaitons installer notre propre laboratoire de formulation pour accompagner le marché et être plus réactifs", souligne le PDG de Berkem. Ce laboratoire, première empreinte industrielle de Berkem outre-Atlantique, est espéré dès fin 2026.

Berkem a lancé OPSeed75, un fongicide pour les agriculteurs à base de pépins de raisins, faisant son entrée dans le lucratif marché des biosolutions agricoles — Photo : Caroline Ansart

Marchés mondiaux

Preuve supplémentaire de son intérêt grandissant pour l’export : beaucoup de ses nouveaux produits en cours de lancement ciblent des marchés mondiaux. C’est le cas de Novaterm, un piège connecté contre les termites utilisant un biocide fabriqué à Gardonne. Une innovation dans laquelle l’entreprise a investi plus de 4 millions d’euros et qui s’est lancée l’an dernier aux États-Unis (plus gros marché pour ce type de produits dédiés aux professionnels), au Japon en janvier et en France en novembre.

Même constat pour Opseed 75, sa première biosolution (fongicide) pour l’agriculture. Fabriquée à base de pépins de raisins, elle permet de lutter contre le mildiou sur plusieurs cultures — vigne, pomme de terre, tomate, laitue, pomme — et ouvre Berkem à l’immense marché de la protection des plantes en agriculture. "On l’a récemment lancé en Europe, on va bientôt le lancer sur le marché américain", assure le dirigeant.

Les ambitions de Berkem sont clairement affichées : s’il réalisait 33 % de son chiffre d’affaires à l’export en 2024, il vise à dépasser rapidement les 50 % et, par la même occasion, les 100 millions d’euros de chiffre d’affaires, "aussi tôt que possible", termine pragmatiquement Olivier Fahy. "On veut transformer nos investissements en profits".

Berkem lors de son entrée en Bourse sur Euronext en 2021. L'entreprise en est sortie l'an dernier — Photo : Euronext

Pris de cours

En 2024, Berkem a franchi un cap inattendu : il est sorti de la Bourse quatre ans après être entré en grande pompe sur Euronext Growth à Paris et avoir réalisé une augmentation de capital de près de 44 millions d’euros. Il l’a fait via une OPA regroupant les parts de son capital dans Kenerzeo, SAS créée pour l’occasion par le PDG Olivier Fahy (qui avait racheté Berkem en 1993). Elle possède aujourd’hui la majorité du capital, la société d’investissement Eurazeo étant entrée à hauteur de 8,7 %. À entendre Olivier Fahy, la décision fait suite à une "mauvaise expérience", la valeur de son action ayant drastiquement chuté depuis l'entrée en Bourse. "On a été assez maltraité par le cours de Bourse qui s’est effondré. Je ne sais pas si Berkem avait une taille suffisante pour ce marché boursier", avoue le dirigeant, un brin amer. "La Bourse n’aime pas beaucoup les entreprises de notre taille qui font autant de choses, ça ne nous a pas vraiment rendu service. D’un autre côté, ça nous a obligés à avoir un conseil d’administration, et on l’a gardé".

Pour la stratégie de Berkem, la fin de la cotation n’est pas un échec pour autant. "On avait trois grands objectifs quand on a introduit la boîte en bourse, on les a tous tenus : réorganiser notre dette, faire des opérations de croissance externe et externaliser et lancer des produits phytosanitaires et de biocontrôle pour l’agriculture". S’il n’est plus obligé de partager ses objectifs trimestriels, le cap de l’industriel semble en tout cas tout tracé… hors de ses frontières.

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