Rennes
Bertrand Distinguin (Go Capital) : "L’ambition est de dédier 1 milliard d’euros au private equity"
Interview Rennes # Fonds d'investissement # Reprise

Bertrand Distinguin président de Go Capital "L’ambition est de dédier 1 milliard d’euros au private equity"

S'abonner

La société de gestion rennaise Go Capital passe sous contrôle du parisien Magellim pour devenir son pôle dédié au capital-investissement. Bertrand Distinguin, président de Go Capital, détaille les conditions de cette opération. Il estime que ce rapprochement offre au breton les moyens de "franchir un cap". Les fonds qu’il gère vont s’en trouver renforcés, comme celui dédié aux enjeux de l’eau qui aura un ancrage européen.

Bertrand Distinguin, président de Go Capital — Photo : Go Capital

Qui est Magellin, le nouvel actionnaire majoritaire de Go Capital ?

Magellin (près de 120 collaborateurs répartis sur toute la France) est un groupe indépendant fondé par Steven Perron, basé entre Nantes et Paris. Il s’est principalement développé dans l’immobilier via des entités comme Foncière Magellan devenu Magellim Reim, Turgot AM, Baltis ou encore A Plus Finance. Aujourd’hui, Magellin gère près de 5 milliards d’euros d’actifs, dont 90 % sont liés à l’immobilier.

Depuis quand échangiez-vous avec Magellin, et comment ce rapprochement s’est-il décidé ?

Cela fait deux ans que nous échangions avec Steven Perron. Il cherchait à élargir ses activités au private equity (capital-investissement). Notre approche, axée sur les territoires, l’impact et l’innovation, faisait naturellement écho à ses ambitions. Il a vu en Go Capital une équipe déjà en place et opérationnelle, complémentaire à ses projets.

"Magellin apporte une force commerciale, un réseau institutionnel et une capacité de levée de fonds bien supérieure à la nôtre."

Concrètement, quel est l’intérêt stratégique de cette opération pour Go Capital ?

Elle nous donne les moyens de franchir un cap. Go Capital est historiquement une société de gestion ancrée dans les territoires, avec une force d’investissement reconnue en amorçage et série A. Mais lever des fonds est long et complexe, surtout pour des structures de taille moyenne comme la nôtre. Magellin apporte une force commerciale, un réseau institutionnel et une capacité de levée de fonds bien supérieure à la nôtre. Cela nous permet de viser des fonds plus importants et de toucher un cercle d’investisseurs plus large.

Votre gouvernance reste-t-elle inchangée malgré ce changement capitalistique ?

Oui, absolument. Le directoire exécutif composé de Jérôme Guéret, Aude Kermarrec et moi-même reste en place. Les décisions d’investissement, la stratégie, l’analyse des dossiers : tout est toujours piloté par notre équipe. Il y a un conseil de surveillance au-dessus, mais il n’intervient pas dans l’opérationnel. Cette continuité était essentielle pour nos souscripteurs, à qui nous avons présenté le projet en amont.

Le directoire de Go Capital. De gauche à droite, Bertrand Distinguin (président), Jérôme Guéret et Aude Kermarrec — Photo : Go Capital

En quoi le partenariat avec Magellin change-t-il vos capacités d’investissement ?

Il nous permet de viser des tickets moyens plus élevés. Jusqu’ici, nos investissements par société se situaient entre 1 et 2 millions d’euros, selon les véhicules. Avec des fonds plus importants, nous allons pouvoir monter à 3 voire 5 millions, tout en gardant la flexibilité d’investir en dessous. Mais il faut comprendre que ce sont des cycles longs : un à deux ans pour lancer un fonds, cinq ans pour le déployer, puis encore plusieurs années pour en sortir. Les effets se verront progressivement.

"Lever des fonds devient plus difficile, même pour des fonds publics."

Ce virage correspond-il à une tendance plus large dans le secteur ?

Oui. Le secteur se consolide, c’est une réalité. Lever des fonds devient plus difficile, même pour des fonds publics. Les plateformes capables de proposer des offres variées – immobilier, capital-risque, infrastructure – sont mieux armées. L’analyse de Bpifrance, à l’occasion de l’événement Capital Invest en juin, va dans ce sens. Pour nous, rester seuls, c’était possible, mais probablement synonyme de stagnation. Ce partenariat nous donne les moyens d’accélérer.

Quels sont vos projets concrets aujourd’hui ?

Notre priorité, c’est le lancement du fonds "Sustainable Water Fund", dédié aux enjeux liés à l’eau. Il devait voir le jour au premier semestre, mais l’opération avec Magellin a décalé le calendrier. Il sera lancé en septembre 2025, avec un objectif de plus de 100 millions d’euros. On prévoit une première clôture à l’automne, et une clôture finale (avec un montant figé, NDLR) douze mois plus tard.

Quelle est la spécificité de ce nouveau fonds ?

Il s’agit d’un fonds de capital-développement (et non d’amorçage), qui visera des sociétés réalisant entre 2 et 40 millions d’euros de chiffre d’affaires. Le fonds couvre tous les secteurs liés à l’eau : pollution, traitement, sourcing, monitoring. Les secteurs agricole et industriel sont particulièrement ciblés, car ce sont les plus gros consommateurs d’eau et les plus exposés. Le fonds répond à une problématique environnementale forte, avec peu d’investisseurs sur ce créneau. Il aura un ancrage européen, avec une présence marquée en France et Espagne, deux pays particulièrement concernés.

Votre adossement à Magellim ne risque-t-il pas de vous éloigner des sociétés innovantes locales, ce qui faisait votre force ?

C’est une question qu’on s’est posée. Mais nous restons très attachés à notre proximité avec les entreprises. On parle de multiterritorialité plutôt que d’internationalisation brutale. Aujourd’hui, nous sommes implantés à Rennes, Nantes, Caen, Tours, Orléans, Paris, Marseille et Bordeaux, avec une trentaine de collaborateurs. Ce maillage restera, car il fait partie de notre force : être présents au plus près des entreprises dans lesquelles on investit.

"Go Capital va devenir le pôle private equity du groupe Magellin."

Le rapprochement avec Magellin implique-t-il des changements dans vos implantations régionales ?

Pas dans l’immédiat. Mais il y aura des mutualisations de bureaux, notamment à Paris, où nous allons probablement regrouper nos équipes avec celles de Magellin. Dans le sud de la France aussi, des rapprochements sont envisagés. L’idée n’est pas de créer de nouvelles agences partout, mais d’optimiser les implantations existantes là où les synergies sont évidentes.

Quel rôle Go Capital jouera-t-il dans la stratégie future de Magellin ?

Go Capital va devenir le pôle private equity du groupe Magellin. Aujourd’hui, Magellin gère 5 milliards d’euros, essentiellement en immobilier. L’ambition est de dédier 1 milliard d’euros au private equity à horizon 3 à 5 ans. Ce changement de dimension ne remet pas en cause l’indépendance de Go Capital, mais renforce sa mission, avec des moyens accrus. D’ailleurs, Magellin a déjà pris des participations dans des acteurs du capital-investissement comme Occte, acteur majeur du financement dans la région Occitanie. L’élargissement est en marche.

Rennes # Fonds d'investissement # Finance # Services # Reprise # Capital # Investissement # Levée de fonds # Fusion-acquisition