Lancé dans le cadre du programme Interreg, dispositif européen de financement dédié aux coopérations transfrontalières, HySyn est piloté par la CCI Grand Est. Le projet, doté de 3,35 millions d'euros sur la période 2026-2029, associe 26 partenaires issus de France, d'Allemagne et de Suisse.
Son objectif est de structurer une chaîne de valeur complète, de la production aux usages industriels et de mobilité, à travers des actions de coordination. Autrement dit, poser les bases d'un marché encore émergent. "Si nous ne structurons pas dès maintenant une filière industrielle, nous risquons de dépendre de technologies développées ailleurs", indique Jean-Paul Hasseler, président de la CCI Grand Est. D'ici 2029, trois livrables sont attendus : une cartographie des besoins et des capacités, une boîte à outils pour les entreprises et une stratégie transfrontalière.
Strasbourg comme point d’appui
Le lancement du projet au Port autonome de Strasbourg traduit cet ancrage territorial. Première zone industrielle du Grand Est, le port concentre des activités logistiques et industrielles susceptibles d'intégrer des usages hydrogène. "Les ports ont un rôle clé à jouer dans la transition énergétique, notamment pour connecter production, transport et usages industriels", souligne Gaëlle Schauner, directrice adjointe des Ports de Strasbourg.
Le projet s'inscrit dans les stratégies locales, notamment via le dispositif ZIBAC (zones industrielles bas carbone, visant à coordonner décarbonation des sites et infrastructures énergétiques), avec une réflexion engagée sur les besoins des industriels et du transport.
Un modèle économique encore en construction
L'hydrogène utilisé aujourd'hui reste majoritairement "gris", produit à partir de gaz naturel, notamment pour la chimie (ammoniac, engrais) et le raffinage. À l'inverse, l'hydrogène "vert" est issu de l'électrolyse de l'eau, qui permet de produire un hydrogène décarboné lorsque l'électricité est renouvelable. Ce procédé reste toutefois énergivore, avec des pertes d'environ 30 %, et dépend directement du prix de l'électricité, ce qui pèse sur sa compétitivité." Les entreprises sont prêtes à tester, mais tout n'est pas encore maîtrisé", observe Étienne Leroi, président de Grand Est Développement.
Une dynamique transfrontalière
Côté allemand, présent au titre du Land de Bade-Wurtemberg engagé dans le projet, André Baumann, secrétaire d'État au ministère de l'Environnement, du Climat et de l'Économie de l'énergie, insiste sur la nécessité de coopérations transfrontalières pour réduire la dépendance énergétique et accompagner la transformation industrielle. Il souligne aussi le rôle "complémentaire" de l'hydrogène aux côtés de l'électricité dans les systèmes énergétiques.
Également intervenu en tant qu'expert du conseil consultatif hydrogène, Karsten Pinkwart, professeur à la Hochschule Karlsruhe, met en avant les implications industrielles du basculement. "Dans des secteurs comme la sidérurgie, passer à l'hydrogène implique d'adapter en profondeur les procédés : les installations existantes ne sont pas directement compatibles et les équilibres énergétiques doivent être repensés. Cette transition se fait en parallèle des systèmes actuels, avec des technologies qui doivent encore prouver leur compétitivité, leur robustesse et leur performance", explique-t-il.
Compétences, ressources et structuration de la filière
Le projet ne fixe pas d'objectifs chiffrés en matière d'emploi et s'inscrit dans une logique de transformation des compétences, en mobilisant des savoir-faire déjà présents en chimie, métallurgie et électrotechnique, avec des besoins de montée en compétences. La production d'hydrogène pose aussi la question des ressources, notamment de l'eau dans la nappe rhénane et de la gestion des rejets thermiques.