Les entreprises du secteur de l’hydrogène ne sont pas toutes logées à la même enseigne. Quelques semaines après le placement en redressement judiciaire de la société McPhy, spécialiste des équipements de production et de distribution d’hydrogène décarboné, le fabricant de stations de recharge savoyard Atawey (150 salariés; 18M€ de CA) a de son côté dévoilé une levée de fonds de 22 millions d’euros. Objectif de cette opération : accélérer la croissance de l’entreprise à l’international. "Nous réalisons 90 % de notre chiffre d’affaires en France mais nous avons l’ambition de faire la majorité de notre activité à l’international d’ici trois ans, principalement sur le marché européen", explique Jean-Michel Amaré, directeur général et cofondateur de l’entreprise.
Entrée de l’Etat au capital
Une levée de fonds marquée par l’entrée de l’Etat au capital de la PME ainsi que celle de plusieurs actionnaires de taille, dont le nantais Armor Group et le fonds d’investissement Starquest. "Pierre-Jean Bonnefond et moi même, les deux fondateurs, sommes encore majoritaires au capital de l’entreprise. Nous avons un pool d’actionnaires très fourni puisque nous avons réalisé de multiples levées de fonds depuis notre création en 2012. Mais c’est la première fois que l’Etat entre au capital", explique Jean-Michel Amaré, directeur général de l’entreprise.
La rentabilité pour fin 2025
Le fabricant de stations a annoncé du même coup qu’il visait la rentabilité pour la fin de l’année 2025, après avoir enregistré une croissance de 113 % de son chiffre d’affaires, à 18 millions d’euros, en 2024. Un succès que le dirigeant explique par l’attention de son entreprise à l’évolution du secteur. "Nous sommes très connectés aux besoins du marché depuis notre création grâce à des équipes de R&D qui savent rapidement identifier les évolutions. Ce qui nous permet de répondre aux besoins du secteur en avance de phase et de gagner ainsi des parts du marché par rapport à la concurrence", explique Jean-Michel Amaré.
Exemple de cette stratégie de conquête : le développement de stations hydrogène de grande capacité, de 1 à 2 tonnes par jour pour répondre aux besoins de la mobilité lourde, un marché en fort développement sur l’hydrogène. "Nous sommes parvenus à prendre des affaires sur ce marché. L’hydrogène est très adapté aux poids lourds car le temps de recharge est rapide et il offre une autonomie supérieure à l’électrique", poursuit le dirigeant. La mobilité lourde représente 75 % de l’activité d’Atawey et devrait continuer de prendre de l’ampleur, selon le dirigeant.
Un ralentissement conjoncturel sur le marché de l’hydrogène
Atawey se démarque clairement du reste du secteur, alors que le fabricant HRS (Hydrogen Refueling) a perdu près de 50 % en Bourse depuis un an et que le sort de McPhy, en pleine procédure de redressement judiciaire, sera connu le 8 juillet prochain. Les autres projets de développement de la filière, tels qu’Hympulsion et Hyve portés notamment par la région, ont eux aussi du mal à décoller.
Comment expliquer ce ralentissement ? "Les constructeurs de véhicules ont pris du retard et l’offre n’est pas encore totalement prête à être commercialisée", estime Jean-Michel Amaré. Selon lui, les constructeurs devraient cependant avoir rattrapé ce démarrage poussif d’ici deux ans avec une offre de véhicules hydrogène "nettement plus fournie" attendue pour 2027.
Le contexte géopolitique et notamment la guerre commerciale ont également entraîné une dépriorisation des enjeux environnementaux à l’échelle française et européenne. Un ralentissement temporaire donc, qui ne devrait pas pénaliser la tendance de fond de la transition énergétique, selon le dirigeant. "Il est absolument indispensable de continuer à avancer dans le domaine de la décarbonation et de trouver des solutions technologiques pour accélérer la transition environnementale", conclut Jean-Michel Amaré.