Sur le site AzurTrucks (Groupe Ippolito) de Villeneuve-Loubet, vous venez d’inaugurer une solution de stockage de l’énergie solaire, à partir de batteries de camions électriques reconditionnées. En quoi est-ce une innovation ?
Nous avons utilisé des batteries de camions électriques de première génération, des petits porteurs qui avaient été mis en service il y a 5 ou 6 ans. Elles ne peuvent plus servir au transport mais peuvent tout à fait encore être utiles, en les sollicitant différemment que sur la route, notamment pour le solaire, en chargeant et déchargeant lentement. On leur donne alors une seconde vie. Il ne s’agit pas de recyclage mais bien de réemploi.
Il existe quelques projets qui récupèrent ainsi des batteries de véhicules, le plus souvent des voitures, des prototypes subventionnés par l’Europe… mais là, c’est un projet 100 % privé.
En quoi ce démonstrateur consiste-t-il ?
C’est du stockage stationnaire d’énergie. Sur ce site, Sun and Go avait déjà installé un abri de parking et cinq bornes de recharge. Nous avons donc ajouté une brique sous la forme d’un gros container branché juste à côté, avec une batterie capable de stocker jusqu’à 50 kWh par jour d’énergie solaire. Au lieu d’envoyer sur le réseau l’énergie en surplus, on la garde et on la réutilise la nuit pour alimenter le bâtiment ou le matin de bonne heure quand il n’y a pas de soleil et que les collaborateurs arrivent et rechargent leurs véhicules électriques.
50 kWh, c’est l’équivalent d’un parcours de près de 300 kilomètres pour un véhicule léger électrique. Nous allons avoir bientôt d’autres camions dont les batteries arrivent en fin de vie et qui seront cinq fois plus grosses, de 250 kWh, ce qui se rapproche du standard industriel. On colle au marché.
Il vous faut trouver le bon modèle économique…
Nous avons une position un peu particulière dans la chaîne de valeur car nous avons à la fois la source, c’est-à-dire les camions dont les batteries arrivent en fin de vie auprès du Groupe Ippolito et de sa filiale d’Autochoc à Cagnes-sur-Mer, et le débouché avec les installations solaires sur le site. Entre les deux, il y a Sun Mobilités qui, avec l’appui de Sun and Go, a conduit la R & D avec pas mal de transferts sur la partie technique. C’est cette complémentarité et l’association des deux expertises qui nous permet de mener ce projet à bien et de faire du circulaire et de l’innovation sur le territoire.
Notre objectif est que les prochaines batteries soient, en termes de prix, au niveau du marché.
Quelles sont vos cibles clients ?
Tous ceux qui ont des installations solaires photovoltaïques sur leur site et dont une partie du surplus est plus ou moins bien valorisée. Cela peut aussi intéresser tous ceux qui ont des problématiques de flexibilité électrique, avec des moments où ils payent l’électricité très cher et qui voudraient moduler tout ça.
"Ces batteries, c’est de l’or vert énergétique. Une fois démontées, il ne faut pas les considérer comme des déchets."
Que deviennent les batteries qui ne sont pas réemployées ?
Elles sont renvoyées dans une filière de recyclage qui, pour l’instant, n’a pas beaucoup de volume. Et comme la filière recyclage en Europe n’est pas encore vraiment existante, tout est renvoyé aux Chinois… qui nous les ont vendus la première fois ! Ils vont les recycler et nous les renvoyer à nouveau. Il faut arrêter de marcher sur la tête ! Ces batteries, c’est de la matière qu’on doit absolument savoir garder, c’est de l’or vert énergétique. Les réutiliser permet de ne pas aller à nouveau extraire de la terre des ressources qui l’ont déjà été et que nous avons déjà achetées. C’est déjà un peu notre bataille pour les panneaux photovoltaïques. Une fois démontés, il ne faut pas les considérer comme un déchet.
C’est une question à la fois écologique et de souveraineté…
La géopolitique en effet bouge à telle vitesse que le jour où l’Asie nous fermera le robinet, on sera bien obligés de faire avec ce qu’on a. Il faut donc savoir réemployer, recycler. Nous sommes convaincus de cela et c’est ce que nous voulons lancer.
Quelle peut être la durée vie de ces batteries reconditionnées ?
Les tests faits en laboratoire montrent que la deuxième vie d’une batterie peut aller jusqu’à 10 ans. Nous, on dit plutôt 5 à 8 ans. Quand la batterie sera à 50 % d’état de santé, il faudra la démonter mais il y aura encore plusieurs étapes avec peut-être des sous-ensembles qui pourront être réassemblés pour refaire des batteries sans aller partir au recyclage jusqu’à arriver au composant chimique ultime. Nous avons déjà testé cela, mais pour l’heure, on conserve dans sa carcasse chaque batterie qui est opérationnelle et qui peut fonctionner, on ne la démonte pas. Cela réduit les coûts au maximum.
Quand pensez-vous pouvoir passer à la commercialisation ?
Nous allons d’abord déployer la prochaine batterie, plus grosse, que nous appelons "industrielle" sur les différents sites du Groupe Ippolito en région Sud. Car nous avons besoin de certifier un certain nombre de choses et d’avoir un retour d’expérience sur les premières. Le premier démonstrateur tourne depuis plus de deux mois et fonctionne très bien.