Après un chantier qui aura duré deux ans et impliqué 135 collaborateurs, le Groupe Ippolito (1 240 collaborateurs, CA 2025 : 310 M€) a déposé ses statuts de société à mission.
Vision 2040
Chacun a travaillé pour définir une raison d’être en se projetant en 2040. Pierre Ippolito a, lui, imposé sa vision. "Au-delà du chiffre d’affaires, de la rentabilité ou des effectifs, l’objectif est de multiplier par quatre ou cinq la capacité d’impact sociétal du groupe, explique ce dernier. Se dire qu’on n’est pas qu’une entreprise mais un acteur du territoire reconnu, efficace, efficient et qui contribue positivement. J’aimerais qu’en 2040, on puisse dire que je suis un Michelin de la Côte d’Azur !" Le groupe du Bibendum est une référence que Pierre Ippolito mentionne souvent.
Mesurer l’impact
Pour approcher cet idéal, il faudra au groupe azuréen, né en 1968 dans la distribution et la vente de véhicules industriels, des indicateurs de mesure de cet impact territorial.
"L’impact, c’est l’emploi, les salaires, le pouvoir d’achat qu’on donne à nos collaborateurs, les évolutions de carrière, les formations, les histoires familiales qu’on construit, les impôts qu’on paye sur notre territoire, les charges qu’on paye pour notre modèle social…, précise le dirigeant. Il y a aussi le sponsoring, le mécénat… tout ce qui fait que si on supprime le groupe Ippolito du territoire, il y a une partie de l’écosystème qui sera faible alors que son développement sera bénéfique à l’écosystème."
Comme un groupe Michelin à Clermont-Ferrand donc, ou "un Berliet à Lyon".
Maîtriser la chaîne de valeurs
Cela passe par la maîtrise, locale bien sûr, de la chaîne de valeurs. Et dans chacune de ses activités. Car l’entreprise familiale n’a cessé de se diversifier ces dernières années. Elle s’est d’abord étendue au cœur même de son métier historique, la mobilité (800 collaborateurs, CA : 165 M€) allant jusqu’à compter à ce jour 95 sites dans le Sud-Est.
S’est ensuite ajoutée la branche tourisme (66 collaborateurs + une centaine d’extras en saison, CA : 7,3 M€) avec cinq établissements — restaurants, traiteur, domaine viticole dans le Var, plage privée — en association avec le chef d’entreprise niçois Cédric Messina. Une branche qui se structure sous la holding Ouki et avec l’arrivée courant avril du chef niçois aux trois étoiles Michelin, Jean-Philippe Blondet, au poste de directeur général.
Dans le nucléaire et la défense
La branche industrie avance désormais sous la marque "L’Atelier" (30 collaborateurs, 3,5 M€ de CA, 3 sites). "Nous sommes entrés en sous-traitance des marchés du nucléaire, pour l’usinage de pièces spécifiques, souligne Pierre Ippolito. Nous travaillons aussi pour la Défense. Ce sont deux secteurs qui recherchent des entreprises françaises."
Et Vincent Galiana, son directeur marketing et communication, de préciser : "Le statut de société à mission nous aide énormément sur ce type de marchés car cela montre que nous avons forcément une vision à long terme."
De l’importance de l’immobilier
Il y a aussi la branche environnement avec Neriva, fondée avec le groupe niçois Spada (116 collaborateurs, CA : 26,5 M), qui vient d’ouvrir deux déchetteries pour les déchets d’activité économique près de Nice et à Cagnes-sur-Mer, ou encore la branche immobilier, "qui commence à être une belle PME", selon Pierre Ippolito, avec plus de 100 collaborateurs, 14 agences (dont trois ouvertures depuis début 2026) et avec un chiffre d’affaires de 13 millions d’euros. "Nous avons aidé 400 personnes dans le financement de l’acquisition d’un bien immobilier et logé 160 personnes en location… ça, c’est de l’impact social."
Une nouvelle activité dans les Ressources Humaines
Dernière-née du groupe, la branche ressources humaines avec Etic Solutions RH (une soixantaine de collaborateurs, 400 intérimaires, CA : 18 M€, 8 sites) qui adresse le recrutement, la formation et le travail temporaire…. Et bientôt, "le conseil et les expertises, annonce Pierre Ippolito. Comme le dirigeant est aidé pour la comptabilité par un expert-comptable, il doit pouvoir l’être sur les sujets RH par un expert RH."
Des branches pour le territoire
Le groupe azuréen envisage-t-il d’aller investir d’autres secteurs encore, histoire de pousser un peu plus cette diversification qui lui a permis d’afficher une légère croissance en 2025 (+ 4 %) alors que le marché du véhicule industriel est en souffrance ? "Rien pour l’heure", répond l’ancien président de l’UPE06 qui assure : "Nous n’irons pas dans un secteur qui est complètement décorrélé de notre territoire, mais tous les secteurs qui ont du sens, qui ont un vrai intérêt pour notre territoire, sont des segments de marché qui peuvent entrer dans notre cahier des charges."
Un modèle d’agrégat d’ETI
"Je veux que l’on soit un agrégat d’ETI, explique-t-il. Aucune branche n’a donc vocation à devenir une grande entreprise en termes de taille. C’est vraiment très rare aujourd’hui un modèle d’agrégat d’ETI. Le groupe Dubreuil en Vendée est peut-être le plus proche de cette organisation-là et de cette culture. Chaque branche a vocation à être une ETI avec sa propre holding, son propre fonctionnement. La holding de tête devient presque un fonds d’investissement territorial… à la Mulliez."