Sur le papier, le projet Solero présentait de belles perspectives. Son objectif : transformer les espaces inexploités mais très contraints des aéroports en fermes photovoltaïques. « Les aéroports bénéficient de surfaces planes, dégagées et sécurisées, ce sont des lieux parfaits pour y implanter des centrales solaires capables de produire un minimum de 20 MW », note Raymond Grinneiser, codirecteur général et directeur technique d'Augier, spécialiste du transport et de la conversion d'énergie en haute tension intermédiaire, porteur du projet Solero labellisé en 2010 par les pôles Pégase et Capenergies.
Spécialiste des environnements contraints
Depuis plus de 50 ans, la PMI azuréenne sème ses transformateurs spécifiques dans le monde entier. Des champs pétroliers africains aux autoroutes des Émirats Arabes Unis, des ponts chinois au tunnel sous la Manche, les produits Augier, étanches, immergeables, enterrables, performent dans les environnements contraints. Leader sur ce marché de niche, qui représente plus de 50 % de son chiffre d'affaires, Augier est également reconnue pour ses régulateurs de courant utilisés dans le balisage de pistes aéroportuaires. Là encore, son savoir-faire s'exporte : Hongkong, Australie, Algérie, la PMI est présente sur tous les continents. En 2012, Augier a réalisé 11 M€ de chiffre d'affaires, dont 60 % à l'international. « Puisque l'on sait distribuer de l'énergie à moindre coût, on s'est dit qu'on pouvait également la récolter », se souvient Raymond Grinneiser. L'entreprise s'intéresse alors aux grandes fermes solaires. Nous sommes en 2008, et le secteur est encore fleurissant. Elle embauche cinq ingénieurs, et se lance dans des programmes de R & D. La suite logique d'une stratégie de diversification, visant à booster un chiffre d'affaires qui « végète entre 10 et 15 M€ » sur des marchés de niche au développement de plus en plus limité et concurrentiel.
Bilan en demi-teinte
Solero a donc vu le jour pour trouver et expérimenter les technologies répondant aux nombreuses contraintes aéronautiques : les matériels doivent être frangibles, c'est-à-dire se briser au moindre choc si un avion dévie de sa piste, antireflets pour éviter l'éblouissement des pilotes et contrôleurs aériens, et autonettoyants pour réduire la maintenance. On estime à 90, le nombre d'aéroports potentiellement concernés en France, à 500 en Europe et à plus de 2.000 dans le monde. Un marché considérable si tous les verrous de la réglementation aéronautique sautent. Trois ans plus tard, les verrous n'ont pas sauté. Du moins pas tous. « On s'est heurté de manière frontale à l'aviation civile. Malgré les solutions apportées en matière de sécurité et d'antireflet, la bande des 300 m autour des pistes, terrain qui nous semblait le plus propice à l'implantation, reste fermée », regrette Raymond Grinneiser. Si le projet a permis de mettre au point des protocoles d'acceptation de fermes solaires aéroportuaires, sur les bâtiments par exemple, le démonstrateur Solero cherche toujours un lieu d'accueil. Et le projet de se conclure sur un bilan en demi-teinte pour Augier qui y aura investi 800.000 euros.
Cinq brevets déposés
Toutefois, des débouchés existent. Avec cinq brevets déposés, Augier aborde le secteur du photovoltaïque doté de deux solutions innovantes. La première optimise la collecte d'énergie sur de longues distances via des dispositifs de transport à courant constant et des convertisseurs à haut rendement communicants. « Notre système peut rendre rentable un terrain qui a priori ne l'est pas, comme un mur antibruit », explique Raymond Grinneiser. Des premières actions commerciales sont menées en Roumanie. La seconde tient en un onduleur solaire durci, capable de résister aux vents de sables et aux chaleurs extrêmes, dont la production devrait démarrer à la rentrée. Il sera testé sur l'aéroport égyptien de Charm el Cheikh, au sein d'un petit démonstrateur d'une quarantaine de panneaux photovoltaïques. On est certes loin des 20 MW prévus par Solero, mais « c'est un moyen de prouver notre technologie et de rentabiliser l'investissement », conclut le dirigeant. Les premières retombées sont attendues en 2014.
Augier
(Carros) Dirigeants : R. Grinneiser, Y. Pied, S. Beninati 80 salariés CA 2012 : 11 M€ Tél. : 04 92 08 62 11 raymond.grinneiser@ augier.com