Protection et chance. En baptisant sa start-up Astraea Marine, du nom de l’œil de Sainte-Lucie, un coquillage méditerranéen réputé porter bonheur, Martin Oudot n’a rien laissé au hasard. Deux ans après sa création à Toulon, l’entreprise espère lever au moins 600 000 euros d’ici l’été 2026 pour transformer son innovation en activité industrielle. "Une partie est déjà sécurisée et plusieurs étapes ont été franchies", assure le dirigeant. L’opération doit permettre de cofinancer, avec le soutien de la Direction générale de l’armement (DGA) via le dispositif RAPID (Régime d’Appui à l’Innovation Duale), un prototype de plateforme navigante de 10 mètres à haute stabilité, tout en poursuivant le développement d’une version plus compacte de trois mètres.
À terme, Astraea Marine (3 personnes) prévoit la création d’un atelier de production dans le Var, dédié à cette version légère de son drone maritime, baptisé Stoïc, avec une quinzaine d’emplois à la clé. Pour le modèle de 10 mètres, un industriel local s’est déjà positionné pour accompagner le projet.
Une innovation née de la houle
Martin Oudot n’en est pas à sa première entreprise. Dès 1998, il a voulu "voler de ses propres ailes", créant la société d’usinage Intec Meca, puis le bureau d’études Astraea Technologies en 2017. C’est cette dernière société qui a porté les trois années de développement qui ont mené à la création d’Astraea Marine en 2024. "Elle repose sur un navire, imaginé bien des années plus tôt lors d’une plongée en mer agitée. Ce navire gagne sa stabilité en reposant sur deux sortes de sous-marins, équipés de ballasts, couplés à une technologie de stabilisation dynamique active", explique l’entrepreneur. S’il a choisi d’offrir une chance à ce concept, c’est pour adresser le marché de l’éolien offshore au départ. Et l’idée d’une base vie en mer dédiée à la maintenance des éoliennes séduit. "Avec des lettres de soutien d’EDF Énergies renouvelables, de General Electric et de Bureau Veritas, je porte le dossier auprès du Pôle Mer Méditerranée et obtiens sa labellisation en 2024", ajoute Martin Oudot. Il décroche une Bourse French Tech de 30 000 euros auprès de Bpifrance, puis boucle un premier tour de table auprès de trois business angels, lui permettant de déclencher une aide de 300 000 euros (prêt R & D et obligations convertibles) auprès de la banque publique d’investissement.
Une innovation duale
"L’année 2025 a été décisive. Elle a permis de réaliser des essais au sein du bassin de l’école d’ingénieurs SeaTech, puis avec le laboratoire Irphée du CNRS à Marseille, qui a validé le concept, à savoir que notre navire permet d’amortir les effets de la houle à hauteur de 92 % et est la première plateforme navigante à haute stabilité, protégée par deux brevets, étendus à l’Europe et aux États-Unis", détaille-t-il. Ces navires autonomes se déclinent dans les mondes civils et militaires. La version "trois mètres" cible la surveillance des zones côtières, des ports et estuaires. Une autre, de 10 mètres, est soutenue par la DGA pour le déploiement de drones en mer et sera présentée début juin à l’occasion d’i-Naval 2026, un événement immersif dédié à l’innovation technologique dans le naval de Défense.