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Alseamar, lauréate France 2030, prépare la nouvelle génération de planeurs océaniques
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Alseamar, lauréate France 2030, prépare la nouvelle génération de planeurs océaniques

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Sélectionnée parmi les lauréats France 2030, la PME Alseamar, implantée près d'Aix-en-Provence, bénéficie d’un soutien décisif pour concevoir un nouveau planeur sous-marin capable d’atteindre 3 500 mètres de profondeur.

Thibaud Bezacier, PDG d’Alseamar, a reçu la visite de Bruno Bonnell, secrétaire général à l’investissement, le 28 novembre 2025 — Photo : Alseamar

Chez Alseamar (228 salariés, CA 2024 : 50 M€), une PME installée à Rousset dans les Bouches-du-Rhône, on ne fabrique pas des planeurs qui volent, mais des planeurs, qui vont sous l’eau… Et par 200 ou 1 250 mètres de profondeur. Dans les prochaines années, ils iront jusqu’à 3 500 mètres de fonds, notamment grâce au soutien de France 2030.

La PME, filiale du groupe Alcen depuis 2015, fait partie des 515 projets financés par le programme de l’État en région Paca pour plus de 60 millions d’euros. "Il y en a plus de 8 000 en France pour 40 milliards d’euros engagés", précise Bruno Bonnell, secrétaire général pour l’investissement, en visite en Provence.

Une enveloppe de 11 millions d’euros

Alseamar a été retenue par l’Ifremer et a reçu 11 millions d’euros dans le cadre de l’objectif "Grands fonds marins" du plan d’investissement France 2030. "Ce projet permettra à la France d’acquérir de nouvelles capacités d’exploration et d’observation des grands fonds marins, au cœur d’enjeux scientifiques et sociétaux mondiaux", confie Yves Auffret, de l’Ifremer, maître d’œuvre de cette mission en partenariat avec le CNRS et le Shom (service national d’hydrographie et d’océanographie).

Alseamar, seul fabricant européen de planeurs sous-marins

Les planeurs sous-marins conçus et fabriqués à Rousset, près d’Aix-en-Provence sont longs de deux mètres – trois avec l’antenne –, et pèsent 60 kg. Ces engins autonomes embarquent une large palette de capteurs et transmettent leurs données à intervalles réguliers grâce au logiciel Glimpse. Température, courants, salinité, bruit ambiant, suivi des cétacés : l’outil dialoguant avec la surface devient un collecteur de données indispensable pour la recherche océanographique, mais aussi pour la surveillance environnementale.

Un nouveau modèle pour explorer les 3 500 mètres

Le nouveau planeur profond attendu pour 2031 devra, lui, atteindre les 3 500 mètres et répondre à une mission scientifique prioritaire : "contribuer à la connaissance des aléas sous-marins et risques géologiques liés à la formation du volcan Fani Maoré, au large de Mayotte", rappelle Yves Auffret.

Avant de partir pour l’océan Indien, l’engin sera testé en Méditerranée d’ici 2029, avec une première étape de validation à 2 500 mètres de fond dans le cadre du service national d’observation MOOSE (réseau d’observation à long terme, multidisciplinaire et intégré en Méditerranée, exploité dans le cadre d’une coopération européenne).

Ces capacités d’immersion inégalées doivent permettre d’améliorer la compréhension des phénomènes géologiques profonds, mais aussi d’affiner les connaissances sur le changement climatique, souligne Christian Tamburini, du CNRS. "La collecte de données dans les eaux profondes est indispensable pour rassurer les populations, mieux gérer les risques et documenter les évolutions climatiques", explique-t-il.

Le Seaexplorer, un planeur sous-marin conçu et fabriqué par les équipes d’Alseamar, est actuellement capable d’aller jusqu’à 1 250 mètres de profondeur — Photo : Alseamar

Pour l’Ifremer, ce futur planeur profond représente un changement d’échelle majeur. Les prototypes, déployés un an au large de Mayotte permettront à la fois de valider scientifiquement le nouvel engin et d’enrichir la compréhension des phénomènes volcaniques et sismiques autour de Fani Maoré. À terme, ce planeur rejoindra l’arsenal des outils français d’exploration des grands fonds, au service de la recherche, de l’observation climatique et de la surveillance océanique.

Un défi industriel et un marché en expansion

Pour les équipes d’Alseamar, le défi relève autant de la mécanique que de l’ingénierie des matériaux. "Pour aller jusqu’à 3 500 mètres tout en maîtrisant les coûts, nous devons limiter la masse et la taille du planeur", détaille Jérémy Sitbon, architecte du Seaexplorer d’Alseamar et chef de projet R & D Seaexplorer 3500, enclenché en septembre 2025. Une coque étanche résistante à la pression, une antenne et un ballast supportant l’immersion extrême : chaque élément du futur Seaexplorer 3500 impose une réinvention technologique.

L’enjeu dépasse la seule recherche. Le monde des énergies marines renouvelables ou de la surveillance sous-marine attend lui aussi ce nouvel outil. "La création des cinq prototypes et la phase d’industrialisation intégrées au contrat avec l’Ifremer vont permettre de donner à ce planeur toutes ses lettres de noblesse et de le proposer à nos clients", explique Thibaud Bezacier, PDG d’Alseamar. "Nous apportons une vraie capacité mobile, qui viendra compléter les moyens existants et améliorera la surveillance", ajoute-t-il.

Une nouvelle unité de production en projet

La PME, déjà forte d’une flotte en propre de 20 planeurs et de plus de 100 unités chez ses clients, en produit aujourd’hui trois par mois dans ses ateliers de Rousset. Une capacité, appelée à croître puisqu’Alseamar projette la création d’une nouvelle unité de production à Signes (Var), attendue entre fin 2027 et début 2028.

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