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Au Pays basque, neuf entreprises se groupent pour loger leurs salariés
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Au Pays basque, neuf entreprises se groupent pour loger leurs salariés

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Quatre logements destinés à des salariés d’entreprise ont été inaugurés fin 2025 à Hasparren, dans le Pays basque. Ils sont le fruit d’un projet porté par neuf entreprises du territoire. Peio Etxeleku, le dirigeant d’Agour, l’un de ces entrepreneurs, détaille le montage et l’organisation du projet.

Neuf entreprises du Pays basque se sont groupées pour proposer des logements à une partie de leurs salariés — Photo : Gaëlle Coudert

Qu’une entreprise investisse pour loger ses salariés n’est déjà pas si courant, alors, que neuf entreprises se groupent pour porter ensemble un projet du genre l’est encore moins. À Hasparren (Pyrénées-Atlantiques), devant quatre maisons mitoyennes blanches et rouges fraîchement rénovées, neuf chefs d’entreprises et représentants se sont réunis pour l’inauguration de ces logements, début novembre 2025. Les premiers habitants de cette bâtisse, des salariés de ces entreprises, sont entrés dans les lieux durant le mois d’août.

C’est la difficulté d’accès au logement sur le territoire qui a poussé le groupe fromager Agour (650 salariés, 110 M€ de CA 2025), la laiterie Bastidarra (trentaine de salariés, 6,24 M€ de CA 2024), le plasturgiste Somocap (55 salariés, 5,6 M€ de CA 2024), le sellier Voltaire (65 salariés, 18 M€ de CA 2024), le cabinet d’expertise comptable Sogeca (CA nc) et les entreprises de bâtiment Betiko (CA nc), Elkarlan (CA nc), ELM Construction (CA nc) et IGC Anglet (CA nc) à constituer un collectif pour acquérir des logements et les proposer en location à leurs salariés.

Sept autres logements sont en cours de réhabilitation à Ayherre, un projet parallèle porté par ce même collectif constitué en SCI. Ces deux opérations ont nécessité un investissement total de 2,3 millions d’euros : 1 million pour les quatre logements (T3) d’Hasparren (acquisition foncière de 300 000 € et 700 000 € de travaux) et 1,3 million d’euros pour ceux d’Ayherre.

Un montage financier complexe

"D’un noyau de deux ou trois entreprises au départ, on s’est vite retrouvé les neuf que nous sommes : des entreprises qui ont les mêmes valeurs et le même engagement pour le territoire", explique Peio Etxeleku. Des valeurs qui ont conduit notamment à préférer la rénovation à la construction, tant pour le projet d’Hasparren que pour celui d’Ayherre. Quant aux tarifs appliqués, ce sont ceux des logements sociaux : 500 euros pour les T3 à Hasparren, de 75 à 80 mètres carrés.

Les neuf entreprises ont le même nombre de parts au sein de la SCI. Chacune a apporté 50 000 euros. Pour le reste, des prêts bancaires et une petite aide de l’Anah ont permis d’arriver aux deux millions d’euros nécessaires aux acquisitions et aux travaux. "Le montage du financement a été assez complexe, car c’est une vraie innovation, explique Peio Etxeleku. Aucun banquier ne voulait être seul ; il a fallu en mettre quatre d’accord (BAMI, Crédit Agricole, CIC et Société Générale). Il s’agit de nos banques par ailleurs. Le fait d’être des entreprises ayant pignon sur rue et l’approche RSE très forte du projet ont permis d’obtenir leur accord."

Éviter la spéculation

Toutes les entreprises n’ont pas de salariés dans les lieux. Toutes n’en ont pas besoin à ce jour. L’un des salariés d’Agour est locataire à Hasparren. "Nous n’avons pas eu de divergence, l’offre correspondait à la demande", commente le dirigeant du groupe Agour, qui compte 650 salariés, dont 250 à 300 au Pays basque nord. À elles toutes, les neuf entreprises ont entre 700 et 800 salariés sur ce territoire, ont-elles estimé lors de l’inauguration.

Peio Etxeleku, dirigeant d’Agour, avait déjà expérimenté le principe avec une première opération à Combo-les-Bains lancée en 2020 — Photo : Gaëlle Coudert

Le collectif réfléchit à la suite et envisage de proposer aux locataires de racheter l’usufruit des logements dans quelques années. Pour cela, les entreprises se sont inspirées du modèle porté par Etxalde, une Scic du Pays basque qui porte la nue-propriété de logements et propose l’usufruit aux occupants, pour éviter la spéculation et œuvrer dans le sens de l’accès au logement pour tous. "Il faudrait convaincre les banquiers de financer l’usufruit. Pour l’instant ça ne rentre pas dans leurs cases, tempère Peio Etxeleku. Mais on va y travailler !"

Le principe déjà expérimenté par Agour

Pour Peio Etxeleku, le dirigeant d’Agour, cette inauguration est "l’étape deux" d’une volonté mise en œuvre dès 2020 en solo. Agour avait alors fait l’acquisition d’une ancienne ferme à Cambo-les-Bains pour y créer six logements au profit de ses salariés. "En 2020, on nous a proposé une très vieille ferme à rénover. J’aimais bien ce principe-là, car veiller à ne pas artificialiser les terres inutilement me semble important et il y a beaucoup de logements à réhabiliter au Pays basque intérieur", explique le dirigeant.

Ce premier acte avait nécessité un investissement de plus d’un million d’euros. "Le bouclage financier du projet fait qu’il y a un déficit entre le coût total et l’argent que j’encaisse. J’ai essayé de faire en sorte que les loyers soient calqués sur le remboursement d’emprunt, et la différence entre ce que je pouvais emprunter et ce que ça m’a coûté correspond à mon apport." Cet apport représentait 25 à 30 % du coût total du projet.

L’intention du chef d’entreprise est claire. "Apporter des solutions aux problèmes de mes employés est un atout pour ma marque employeur", affirme Peio Etxeleku, qui rappelle la faible attractivité de certains secteurs de l’industrie, dont celui de la fromagerie, l’activité historique du groupe Agour (aujourd’hui également présent dans les secteurs du chocolat et de la construction).

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