Alors qu'elle avait accueilli dans son Advisory Board quelques-uns des meilleurs chirurgiens français et américains, Anastom a cessé ses activités en 2014. Pourquoi ?
Renaud Marin : Nous avions un très beau projet. La suture d'organes en forme de tube (intestins, artères) est un geste pratiqué chaque jour par des milliers de chirurgiens. Un geste complexe, risqué et coûteux. La raison d'être d'Anastom ? Concevoir et mettre sur le marché des dispositifs médicaux de suture circulaire basés sur notre technologie unique et brevetée. Malheureusement, ce projet n'était pas compétitif. Nous avions besoin de 1,5 M€ et pour cette somme, l'investisseur trouvait alors d'autres projets plus avancés... ou moins chers.
Arnold Ferlin : Le projet Anastom Surgical exigeait 2,5 M€ au total, avant même le premier centime de chiffre d'affaires. Cela représentait un risque certain pour les investisseurs, plus prompts à financer des projets où le risque est purement commercial et non technologique.
Mi-2014, vous opérez donc un changement radical : Anastom Surgical se consacre au transfert industriel de ses innovations. Pourquoi ce choix ?
Arnold Ferlin : Notre développement organique a atteint ses limites au premier semestre 2014. Nous avons pensé à d'autres modes de financement. Au crowdfunding, par exemple. Ce système, très efficace, oblige à être très clair sur la création de valeur et à se faire rapidement comprendre des internautes, car ils consacrent peu de temps à chaque projet. Au final, nous aurions nous-mêmes perdu du temps au risque de brouiller notre message... Nous avons opté pour le transfert industriel, via la recherche de partenaires industriels aptes à recevoir une technologie mûre et à la mener jusqu'au marché.
La temporalité de votre projet a dès lors changé...
Arnold Ferlin : Notre technologie est brevetée pour 20 ans. Nous avons donc entre 5 et 10 ans pour faire aboutir cette démarche. C'est une chronologie très différente de celle d'une start-up en recherche constante d'argent pour continuer ses activités. En outre, un industriel et un investisseur nourrissent des visions divergentes. L'industriel se demande comment tel produit s'intégrera dans sa gamme, quelles synergies pourront être dégagées, etc. C'est une vision à 15-20 ans.
Avec la dimension internationale de votre technologie, pourquoi ne pas avoir déplacé vos efforts de financement à l'étranger ?
Arnold Ferlin : Nous avons privilégié les investisseurs français parce qu'au départ, Anastom n'était pas impossible à financer ici. Mais nous n'avons pas bien mesuré la concurrence.... Nous aurions pu être moins " timides " pour la levée de fonds.
Renaud Marin : Et puis, le niveau de coûts varie énormément entre la France et les États-Unis : outre-Atlantique, ce projet aurait coûté quatre fois plus ! On observe, ceci dit, des différences philosophiques fondamentales entre les investisseurs français et anglo-saxons. Ces derniers injectent des doses massives d'argent dans des projets loin d'être rentables. Conséquence : les entreprises hexagonales ont certes de très beaux produits dans leurs cartons, mais elles se laissent dépasser par des initiatives étrangères mieux financées. Cela tient également à la façon dont on envisage l'échec. Aux États-Unis, l'échec est valorisé , à la limite, un chef d'entreprise n'y est pas crédible s'il n'a pas fait faillite au moins une fois !
MEDtech. Faute de possibilités d'investissement, les cofondateurs de cette start-up rhodanienne ont dû stopper son développement mi-2014 et changer de stratégie.