Malgré une baisse des volumes de produits finis en France due aux effets de l’inflation et à l’instabilité géopolitique, l’activité de la coopérative agroalimentaire Agrial, dont le siège est basé à Caen en Normandie (17 500 collaborateurs en Normandie, Nouvelle-Aquitaine, Bretagne, Auvergne-Rhône-Alpes, Centre-Val de Loire, Pays de la Loire), reste solide, avec un chiffre d’affaires 2024 stable, à 7,1 milliards d’euros, dont 25 % à l’export, (bien qu’en légère baisse avec 7,4 Md€ en 2023) et un excédent brut d’exploitation (EBE) historique de 272 millions d’euros (contre 239 M€ l’an passé). Cette performance permet de verser 21,5 millions d’euros de retour aux 12 000 agriculteurs-adhérents au titre de l’année 2024 et d’envisager 2025 avec sérénité. "La performance de l’année 2024 réside dans la résilience de notre modèle de polyculture-élevage. Face aux défis actuels, Agrial s’adapte, reste solide et continue d’investir sur les territoires à hauteur de près d’un milliard d’euros au cours des 5 prochaines années", confirme Bernard Guillard, agriculteur à Beauvoir (Manche) et président d’Agrial.
De lourds investissements dans la branche Lait
C’est la branche Lait de la coopérative qui tire le mieux son épingle du jeu, avec un chiffre d’affaires de 2,9 milliards d’euros de chiffre d’affaires. "La branche Lait est devenue la première branche de la coopérative avec plus de 5 000 salariés. Nous transformons 1,5 milliard de litres de lait par an. Les yaourts et desserts lactés affichent une activité record depuis près de trois ans", confirme Ludovic Spiers, le directeur général de l’entreprise, qui passera la main le 1er juillet 2025 à Julien Heillaut. La coopérative a réalisé de gros investissements, notamment dans l’usine de Bellevigny (Vendée) où la coopérative a regroupé toutes les productions de beurre et dans l’usine Herbignac (Loire-Atlantique) qui traite entre 600 et 700 millions de litres par an. "Ces deux usines ont été refaites à neuf car notre dispositif industriel laitier est assez vieillissant. Nous sommes en train d’investir pour les 50 prochaines années à hauteur de 80 à 90 millions d’euros pour la filière lait par an depuis trois ans. Nous avons également un projet de construction d’une nouvelle usine de transformation du lait de chèvre à La Crèche (Deux-Sèvres)", confirme le directeur.
Investir aussi pour redresser la filière cidre
Parmi les priorités de la coopérative normande, le redressement de l’activité cidricole, annoncée lors du bilan de l’année 2023. 2024 a été une année charnière pour la branche Pommes et Boissons (400 M€ de CA et 120 000 tonnes de pommes récoltées), marquée par la réorganisation de ses activités cidricoles (développement du hard cider La Mordue qui a atteint le million de litres commercialisés par exemple) en raison d’un marché très difficile et toujours en baisse en France. L’objectif étant plutôt de monter en gamme (cidre bio, cidre pur jus, cidre artisanal…) plutôt que de miser sur le volume. Comme dans la filière lait, de lourds investissements ont été engagés : "À l’international, nous avons transféré l’usine californienne de Manzana dans un bâtiment situé dans l’État de Washington pour des raisons climatiques : plus de 50 millions d’euros d’investissement sont prévus pour ce projet qui devrait démarrer en 2026. Pour la France, nous avons également un plan de 10 millions d’investissement pour moderniser l’outil industriel…"
Une moisson de blé en baisse de 30 %
Conjoncture plus difficile pour la branche agriculture qui a dû s’adapter à une météo très capricieuse : la moisson de blé est montrée historiquement basse avec un recul de 30 %. "La filière a enregistré 1,8 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2024. Après plusieurs années marquées par l’inflation, si les prix des intrants ont baissé, les charges externes ont continué d’augmenter. Les activités d’agrofourniture, de distribution rurale et d’agroéquipement se sont stabilisées mais à des niveaux élevés", commente le président. Malgré tout, Agrial continue d’augmenter son réseau avec 25 nouveaux magasins en 2024".
Dépendant de la météo pour les légumes et la viande
Pour la branche légumes, l’année a été contrastée avec 1,4 milliard de chiffre d’affaires. La coopérative a cédé son activité néerlandaise de légumes frais Primeale United en fin d’année 2024 "pour des raisons de difficultés de marché". En France comme en Espagne, les activités de 1re gamme (produits bruts) et de 4e gamme (légumes crus) réalisent de très bonnes performances. Les marques ont pris davantage de poids, à l’image de Florette qui a étendu sa gamme en apposant sa marque sur les purées et soupes initialement Créaline. Priméale France réalise aussi une belle année, portée par des prix élevés et des volumes au rendez-vous. À l’inverse, le contexte est plus compliqué au Royaume-Uni en raison d’une pluviométrie record en été et une consommation de salades plus faibles", constate Bernard Guillard.
Au niveau de la branche Viandes (650 M€ de CA), l’année a été impactée par un marché de la charcuterie difficile. "L’inflation et la météo pluvieuse n’ont pas favorisé la reprise de la consommation de viandes à griller et les activités de charcuterie cuite ont souffert d’une baisse des volumes, dans un contexte de niveaux de prix des matières premières et des ressources soutenus", explique Ludovic Spiers.