Se transformer a un coût, et Roquette (11 000 salariés, 4,9 Md€ de CA en 2025) en fait l’expérience. Le spécialiste des ingrédients d’origine végétale et des excipients pharmaceutiques, basé à Lestrem (Pas-de-Calais), publie des résultats aussi inhabituels que contrastés pour 2025. Son résultat net plonge tandis que son endettement explose, conséquences du rachat de l’américain IFF Pharma Solutions, fabricant d’excipients pour comprimés oraux. Mais cet ajout tire aussi l’activité et les marges du groupe, dans un contexte atone sur les métiers historiques.
Forte valeur ajoutée
Sur le plan opérationnel, les indicateurs restent orientés positivement : le chiffre d’affaires progresse de 8 % à 4,9 milliards d’euros, largement soutenu par l’intégration d’IFF Pharma Solutions, acquis au printemps 2025. À périmètre constant, les ventes reculent de 5 %, soulignant le rôle déterminant de cette opération. Même constat côté rentabilité : l’EBITDA courant atteint 612 millions d’euros (+ 13 %), mais recule de 14 % à périmètre constant.
La contribution d’IFF Pharma Solutions est particulièrement visible dans la division santé : les ventes de l’activité Health & Pharma Solutions bondissent de 69 % à 1,39 milliard d’euros, malgré un recul de 8 % à périmètre constant. L’EBITDA de cette branche progresse de 48 % à 349 millions d’euros, illustrant l’apport des gammes à plus forte valeur ajoutée, notamment dans les excipients.
Perte nette et endettement
Mais la médaille a son revers : une perte nette de 265 millions d’euros, contre un bénéfice de 61 millions en 2024. Ces résultats négatifs résultent principalement d’éléments non récurrents, à hauteur de 335 millions d’euros, dont 87 millions liés aux coûts d’acquisition et d’intégration et 231 millions de dépréciations d’actifs.
Même en les excluant, le résultat net ajusté ressort à 70 millions d’euros, en recul de 39 % par rapport à 2024 (114 millions).
Cette acquisition transforme profondément le profil financier du groupe. Elle a entraîné une sortie de trésorerie de plus de 2,4 milliards d’euros et fait bondir la dette nette à 2,39 milliards, contre 237 millions fin 2024. Le levier atteint 3,48 fois l’EBITDA, un niveau élevé, même si Roquette vise un désendettement d’ici 2027 et le maintien d’un profil de crédit solide.
Miser sur les "spécialités"
Sur le plan stratégique, l’opération permet au groupe de se repositionner vers des segments à plus forte valeur ajoutée, notamment les excipients pharmaceutiques, qui soutiennent les marges. Le segment Alimentation et Nutrition a lui aussi enregistré de solides performances, porté par la demande en protéines et fibres, notamment en Europe.
À l’inverse, la demande de produits de commodité (amidon et dérivés) a atteint des niveaux historiquement bas fin 2025. Malgré cela, Roquette continue à gagner des parts de marché, notamment en Europe, dans un contexte de forte pression sur les prix liée à la baisse du sucre et à la concurrence en Inde.
Dans un environnement jugé "très exigeant", le groupe assume un exercice de transition. Le plan "Shift & Lead", lancé début 2026, doit désormais traduire ces investissements en création de valeur durable.