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À 140 ans, Valade conserve la recette de la prospérité
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À 140 ans, Valade conserve la recette de la prospérité

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À 140 ans, Valade a la pêche. Le 2e confiturier français est incontournable dans la restauration collective, segment qu’il a investi rapidement et qui concentre encore près de la moitié de son activité. À ses produits en portions, il a ajouté des pots standards qu’il commercialise désormais en GMS. Une recette gagnante : en cinq ans son chiffre d’affaires a bondi de 80 %.

Le groupe Valade est présent en GMS avec ses deux marques Valade et Léonce Blanc70 % depuis 2022, à côté de son activité historique de portions, toujours distribuées en restauration hors foyer notamment dans l’hôtellerie — Photo : Claire Brague

Tout le monde a eu un jour entre les mains des portions de confiture Valade. L’entreprise, créée à Tulle (Corrèze) en 1885, a conquis un nombre impressionnant de marchés de niche. "À la maternité, à la crèche, à l’école, au service militaire, à l’hôtel, en maison de retraite, Valade est le plus ancien acteur des collectivités en confitures", résume Guillaume Argand le PDG. À ce segment des portions et de la restauration hors foyer - adopté très tôt dans son histoire et toujours différenciant aujourd’hui - s’est ajouté celui des grandes et moyennes surfaces. Le groupe l’a investi en 2022 sous ses marques Valade et Léonce Blanc 70 %. Depuis, le chiffre d’affaires a bondi. Valade se présente aujourd’hui comme le deuxième confiturier de France, avec une histoire vieille de 140 ans.

De la distillerie à la conserve

Étienne Valade ouvre en 1885 une distillerie avec un associé puis une épicerie générale et une conserverie familiale en 1908. Cette activité franchit une étape en 1920 avec la construction d’une usine de transformation et conditionnement de fruits qu’il va moderniser et agrandir durant dix ans. Au début des années 30, Étienne Valade est une référence de la conserve. L’entreprise va développer des recettes et conditionnements adaptés à l’usage individuel et collectif (collectivités, restauration…).

La première usine de conserves alimentaires Blanc à Lubersac — Photo : DR

Les années 50 riment avec boom économique. Grâce à sa stratégie, Valade devient l’un des leaders des fruits transformés dans la restauration sociale (écoles, hôpitaux, entreprises…).

Deux entrepreneurs visionnaires

À 50 km de là, Léonce Blanc ouvre en 1892 un atelier de conserves alimentaires à Lubersac. Il valorise les productions locales (pomme, châtaigne, champignons, légumes) et mécanise leur transformation pour conserver leurs qualités nutritives. Son but : les mettre sur le marché régulièrement et durablement. Il se spécialise ensuite dans les fruits, d’abord les pâtes de fruits puis les confitures et compotes. Au fil des ans, la gamme s’étend comme les conditionnements pour répondre aux besoins de chaque époque.

40 000

En 1972, une nouvelle usine Blanc est construite à Lubersac. "Ces entrepreneurs étaient des créateurs avec chacun leur façon de transformer les fruits, de créer des recettes excellentes et de conserver les fruits, remarque-t-il. Leurs affaires se sont développées progressivement sur plusieurs générations jusqu’à la transmission du savoir-faire et de l’esprit d’entreprise."

Boulangeries-pâtisseries

Des visionnaires qui ont tiré profit d’un terroir propice et trouvé la recette de la prospérité. Au début des années 60, René Valade succède à son père et donne une nouvelle dimension à l’entreprise avec une activité commerciale étendue y compris à l’export. Pour Blanc, les années 70 sont synonymes de développement commercial. La marque va devenir incontournable pour les boulangers pâtissiers avec une compote de pommes pâtissière pour garnir les chaussons aux pommes et agrémenter les fonds de tarte, une compote toujours commercialisée.

Rapprochement dans les années 70

Au début des années 70 Jacqueline Valade, petite-fille du fondateur, s’associe avec les héritiers de Léonce Blanc : de là née la marque Valblan. L’usine de Tulle ferme et des salariés partent chez Blanc. Un rapprochement qui semble logique aujourd’hui. "Ils avaient en commun une taille critique et des marchés qui avaient grandi, c’est l’une des hypothèses du rapprochement, explique Frédéric Mons, responsable marketing. Valade voulait s’agrandir mais était bloqué pour des raisons de terrain, il fallait un nouveau site. À Lubersac, une extension était envisageable."

Dans les années 80-90, la société est renommée Corrèze-Conserves. Quand les descendants du fondateur la cèdent au groupe Fruiterroir en 2003, le nom de Valade s’impose. "Valade était déjà une marque forte, connue partout en France, remarque Frédéric Mons. Elle était très présente dans le quotidien des Français et encore aujourd’hui de la naissance au grand âge. Valade était déjà l’un des leaders de la restauration hors foyer, sa gamme était plus large, c’est encore le cas avec une centaine de références."

Un chiffre d’affaires qui bondit de 80 % en cinq ans

En 2007, Valade fait l’objet d’un LBO de la part d’un consortium qui la reprend. En 2018, le fonds d’investissement FnB Private Equity prend une participation majoritaire. À son arrivée en 2019, Guillaume Argand regroupe les déclinaisons de la marque sous le nom de Valade et lance un nouveau logo. Des investissements clés sont réalisés dans l’usine — nouvelles lignes de production — pour accroître sa productivité de 30 % à effectif constant (200 salariés, jusqu’à 250 en saison).

Depuis 2021, la capacité de production est passée de 30 000 à 40 000 tonnes par an. En 2022, le groupe investit la GMS avec ses marques Valade et Léonce Blanc 70 %. Le chiffre d’affaires grimpe alors de 50 millions d’euros en 2019 à 90 millions en 2024. 50 % de ce chiffre d'affaires est généré par les GMS, 45 % par la restauration hors foyer et 5 % par les ventes à l’export.

Un concours de magazine relance Léonce Blanc en GMS

Avant 2022, Léonce Blanc était déjà commercialisée en GMS mais sous marques distributeurs, et relayée au second plan. "Comme la marque était spécialisée dans les compotes pâtissières, l’exposition au public de Blanc était moins importante et l’activité plus réduite par rapport à Valade, remarque le PDG. Elle était vendue chez Franprix." Le déclencheur fut lorsqu’un magazine a testé des recettes de confitures, raconte-t-il. "Celle de Franprix était la meilleure et notre marque bio arrivait deuxième ; on a alors lancé la meilleure confiture de fraises, d’abricot, de myrtille, de framboise et de 4 agrumes sous la marque Léonce Blanc 70 % avec moins de sucre. Le savoir-faire gustatif est associé à la marque. La culture de l’entreprise a toujours été l’innovation, ce qui s’était un peu perdu quand les familles ont passé la main, même si on faisait très bien ce qu’on savait faire."

La gamme Léonce Blanc 70 % a largement contribué à l’augmentation du chiffre d’affaires ces dernières années — Photo : Claire Brague

Aujourd’hui, la confiture de fraise Léonce Blanc lancée en 2022 est 7e au niveau national. "Tout le monde peut faire de la confiture, mais pour la refaire il faut une maîtrise parfaite, choisir les bons fruits, à bonne maturité, créer la bonne recette, cuire, évaporer, pasteuriser et conditionner avec une matière vivante jamais pareille, indique-t-il. Ce savoir-faire s’est accumulé, transmis et amélioré en 140 ans." Aujourd’hui, la gamme compte 16 confitures et une crème de marrons. Une confiture pamplemousse sera lancée en 2026, parmi les - nombreuses - nouveautés à venir que mijote Valade.

dates

1885

Étienne Valade ouvre une épicerie puis une conserverie familiale.

1892

Léonce blanc ouvre son atelier de conserves et confitures de choix.

1976

Valade et Léonce Blanc s’associent.

2007

LBO de Valade avec Idia Agri Capital, Uni Expansion Ouest, BNP Développement.

2018

Le fonds FnB Private Equity prend une participation majoritaire.

En chiffres

2

Valade est le 2e confiturier de France.

30 millions

Nombre de portions de confitures 20 g et 30 g produites par Valade chaque année.

90 millions d’euros

C’est le chiffre d’affaires 2024 du groupe, qui a progressé de 80 % en cinq ans

250

C’est le nombre de collaborateurs d’octobre à mars pour la campagne des pommes (200 salariés toute l'année dans l'usine de Lubersac).

544 000

En deux ans, 544 000 consommateurs de plus ont acheté un produit Léonce Blanc 70 % soit plus de 1,6 million en 2025.

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