Marseille

Biotech

Interview Vect-Horus : « Nous sommes devenus le partenaire des Big Pharma »

Entretien avec Michel Khrestchatisky et Alexandre Tokay, fondateurs de Vect-Horus

Propos recueillis par Didier Gazanhes - 18 février 2021

La biotech marseillaise Vect-Horus, créée par Michel Khrestchatisky et Alexandre Tokay, qui conçoit et développe des vecteurs facilitant l’adressage ciblé de molécules thérapeutiques et d’agents d’imagerie, a levé près de 37 millions d’euros en quinze ans. Elle vient de boucler une nouvelle levée de 12 millions d’euros auprès d’investisseurs privés.

Michel Khrestchatisky  (à gauche) et Alexandre Tokay, fondateurs de la biotech marseillaise Vect-Horus
Michel Khrestchatisky (à gauche) et Alexandre Tokay ont cofondé la biotech Vect-Horus en 2005 à Marseille. — Photo : Didier Gazahnes - Le Journal des entreprises

La biotech Vect-Horus (37 salariés), qui a vu le jour en 2005 à Marseille, vient de boucler une nouvelle levée de fonds de 12 millions d’euros. Sur quels sujets travaillez-vous ?

Michel Khrestchatisky : Nous sommes un laboratoire de recherche innovant, spin-off de l’Institut de neurophysiopathologie que je dirige. Nos recherches visent à utiliser des récepteurs exprimés sur la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau et empêche le passage de médicaments, pour y faire pénétrer des biomolécules. La barrière étant naturellement quasi étanche, l’objectif est de tromper sa défense pour introduire dans le cerveau des produits thérapeutiques ou des agents d’imagerie. Nous débutons en mai, aux États-Unis, des essais cliniques de phase 1 pour l’imagerie du glioblastome dans le cerveau. Il est ensuite possible, plutôt que de mettre un agent d’imagerie avec notre vecteur, d’y associer un outil de radiothérapie afin de pouvoir aller directement combattre les cellules cancéreuses, de façon bien plus ciblée que la radiothérapie par rayonnement.

Nous investissons également à amener des anticorps thérapeutiques dans le cerveau. Nous pourrions ainsi traiter diverses maladies comme le cancer ou la maladie d’Alzheimer. Notre troisième piste de recherche est celle des acides nucléiques. Il y a un engouement autour de cet outil mais, là aussi, ces molécules n’entrent pas directement dans les cellules. Elles ont besoin de vecteurs.

Enfin, la crise sanitaire a mis en lumière le potentiel thérapeutique des ARN messagers. À l’aide de vecteurs, il sera possible d’envoyer directement de l’ARN messager dans des zones précises : le cerveau ou des tissus cancéreux par exemple.

Quel est votre modèle économique ?

Alexandre Tokay : Il est assez particulier. Nous ne levons pas des fonds pour développer un médicament et à terme être rachetés par un grand laboratoire pharmaceutique. Nous avons déposé des brevets sur des familles de vecteurs. L’idée est de travailler avec de grands groupes internationaux de pharmacie qui disposent de molécules thérapeutiques à potentiel, mais qui ont besoin de vecteurs pour pouvoir les adresser au cerveau, au foie, aux poumons… Nous proposons des collaborations de recherche au travers d’une étude de faisabilité. Nous vendons donc un programme scientifique. Si l’étude se révèle positive, le laboratoire pourra poursuivre sa propre R & D en nous achetant une licence. Ils continuent leur test pendant une ou deux années. Avant de passer en phase préclinique réglementaire, nous mettons en place un nouveau contrat de licence. Dans cette stratégie, nous sommes copropriétaires de la molécule que le laboratoire développera. Un nouveau brevet est alors déposé pour le couple vecteur + médicament.

« Nous comptons une quinzaine de collaborations de recherche avec des biotechs ou des big pharma. »

Nous ne sommes pas une biotech classique mais nous ne sommes pas non plus simplement une entreprise de services car nous possédons à terme une partie du médicament et, à ce titre, nous toucherons des royalties sur sa commercialisation. Nous comptons une quinzaine de collaborations de recherche avec des biotechs ou des "big pharma". Notre chiffre d’affaires est à 100 % à l’international. En France, il n’existe que très peu de projets compatibles avec notre positionnement.

Michel Khrestchatisky : Nous travaillons ainsi depuis 2019 avec la société américaine Radiomedix pour de l’imagerie. Vect-Horus est la seule entreprise de ce type en Europe et nous n’avons que trois à quatre concurrents dans le monde. À l’échelon international, nous sommes très visibles. Nos clients sont américains, japonais, chinois et européens.

À l’heure actuelle, vous avez cumulé plus de 37 millions d’euros de fonds levés. Où en est le chiffre d’affaires ?

Alexandre Tokay : Nos premiers revenus datent de 2018. Aujourd’hui, le chiffre d’affaires, de l’ordre du million d’euros, n’est pas significatif. Nous attendons nos premiers chiffres d’affaires pour 2021, 2022 et 2023, au fur et à mesure que les essais cliniques avanceront.

Nous venons de boucler une nouvelle levée de 12 millions d’euros auprès d’investisseurs privés issus de l’industrie pharmaceutique ou de la finance, dont la plupart nous refinancent à chaque tour depuis quinze ans. Ils savent que le projet est très risqué, mais qu’il peut également être très rentable. Deux fonds d’amorçage régionaux, de la Banque Populaire Méditerranée et du Crédit Agricole, nous ont également soutenus. D’ici à quatre ans, nous pourrions également réaliser une nouvelle levée de fonds avec une entrée sur le Nasdaq.

Michel Khrestchatisky  (à gauche) et Alexandre Tokay, fondateurs de la biotech marseillaise Vect-Horus
Michel Khrestchatisky (à gauche) et Alexandre Tokay ont cofondé la biotech Vect-Horus en 2005 à Marseille. — Photo : Didier Gazahnes - Le Journal des entreprises

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