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Énergie

Interview Jean Riondel (Mini Green Power) : « Rien ne va pouvoir arrêter nos centrales vertes »

Entretien avec Jean Riondel, président et cofondateur de Mini Green Power

Propos recueillis par Hélène Lascols - 06 février 2019

Avec ses associés et salariés, Jean Riondel a mis au point une mini-centrale verte, fonctionnant à partir de biomasse et créé Mini Green Power en 2014. Si la start-up a remporté de nombreux prix et le soutien d'investisseurs, Mini Green Power n'a pas encore percé en France. Président de cette PME de 30 salariés basée à Hyères (Var), Jean Riondel revient sur les quatre années écoulées et le récent changement de modèle de son entreprise. Il confie ses projets et ses espoirs. 

Jean Riondel, président et co-fondateur de Mini Green Power.
Mini Green Power a réalisé 1,2 M€ de chiffre d'affaires en 2018. Président de la PME, Jean Riondel prévoit de clore l'exercice 2019 à 7 M€. — Photo : Mini Green Power

Le Journal des Entreprises : La start-up Mini Green Power a vu le jour en juin 2014. Où en est votre percée sur le marché français ?

Jean Riondel : Mini Green Power est née de mon expérience pour le compte des plus grands noms du secteur de l'énergie. A toujours faire plus haut et plus fort, à construire des centrales toujours plus grandes, j'ai pris conscience que notre société occidentale marchait sur la tête et je me suis mis en tête de concevoir la plus petite centrale électrique du monde. Ainsi sont nés Mini Green Power et son concept de mini-centrale verte, fonctionnant à partir de biomasse.

Notre idée séduit à l'international, mais c'est plus compliqué en France. Nous constatons une forte résistance à l’innovation. Nous ressentons des forces contraires. La réglementation est certes compliquée, mais nous bousculons aussi deux mondes – l’énergie et les déchets – tenus par quelques grands noms, qui se partagent le marché et qui ne nous voient pas forcément d’un très bon œil. Ainsi, en quatre ans, nous n’avons vendu aucune installation en France, alors que tous les voyants techniques sont au vert, que notre solution est propre et permet de réaliser des économies. 

Vous avez néanmoins réalisé quatre installations ? 

J.R. : En effet. Nous avons financé deux démonstrateurs à Hyères (Var). Nous avons une installation en Sicile, fonctionnant à partir de déchets verts et portée par un professionnel du déchet qui produit électricité et chaleur, notamment pour l’agroalimentaire. Nous venons de réaliser une installation au Pays de Galles pour un client qui produit des litières de poulet. Ce client est aussi devenu un partenaire, qui voudrait déployer notre solution. Avec lui, nous adaptons notre mini-centrale à d’autres « approvisionnements », comme la bouse de vache ou le bois de mauvaise qualité. Il est très enthousiaste : si nous validons les essais, nous pourrons commercialiser une cinquantaine de centrales en six mois.

« En France, nous constatons une forte résistance à l’innovation. Nous ressentons des forces contraires. »

En France, nous sommes dans l’attente de concrétisation et avons notamment un gros contrat en discussion à Marseille. Dès que nous aurons une ou deux références sur le marché français, nous espérons accélérer. 

Vous restez déterminé à réussir... 

J.R. : Notre détermination est forte et nous avons la conviction d’être sur la bonne voie, celle des circuits courts. Nous avons créé 30 emplois, notre chiffre d'affaires est en croissance constante, passant de 60 0000 euros en 2015 à 1,2 M€ en 2018 et nous prévoyons 7 M€ en 2019. Dans le même temps, nos investisseurs ont virtuellement multiplié leur mise de départ par 7 en quatre ans. Et, plus nous avançons, plus je ressens une énergie positive autour de nous : nous avons remporté de nombreux prix (au concours Med’Innovant ou aux prix nationaux de la qualité et de l'excellence opérationnelle, NDLR) et rien ne va pouvoir nous arrêter.

Quels sont vos prochains projets à l'international ?

J.R. : Aujourd’hui, notre raison d’être est d’apporter à nos clients l’autonomie énergétique en diminuant leur empreinte carbone. Pour cela, nous proposons deux technologies : les centrales fonctionnant à la biomasse, mais aussi les centrales hybride solaire/diesel qui restent, dans certains cas, le meilleur moyen de diminuer l’empreinte carbone. Cette seconde solution a particulièrement bien fonctionné à Madagascar où nous avions créé une filiale, Mada Green Power, qui a décollé rapidement. Elle a créé 10 emplois locaux en 18 mois, vole aujourd’hui de ses propres ailes et est devenue pour nous un partenaire sous-traitant.

« Nous avons une ambition très forte : devenir un leader mondial des énergies renouvelables non-intermittentes de petite puissance. »

Désormais, nous nous lançons au Togo. D'abord avec des centrales hybrides, en proposant de l’énergie moins chère et plus fiable. Une personne sur place prend les premières commandes et nous espérons vendre deux à trois installations rapidement, avant d’appuyer sur l’accélérateur et de vendre dans un second temps des centrales biomasse, qui apporteraient une solution aux nombreux résidus végétaux et alimentaires.

Nous allons aussi faire nos premiers pas en Asie : nous avons remporté un projet d’étude en Thaïlande portant sur le développement d’une centrale, qui tournerait à partir de balles de riz et produirait des pellets de bonne qualité grâce à la chaleur produite.

Et en France ? 

J.R. : Nous menons en France une politique de développement axée sur la proximité, en nous affichant sur trois zones principales. En Région Sud d'abord : nous y avons notre siège, deux démonstrateurs et nous poursuivons nos recherches autour de la gazéification et de l’optimisation des procédés.

Nous venons d’ouvrir un établissement commercial en Bretagne et nous ciblons notamment le marché des serristes, qui vont devoir faire face à des difficultés nouvelles, liées à la baisse des aides de l’Etat pour l'achat du gaz. Nous voulons aussi mener un projet de R&D visant la mise au point d'une solution  capable de capter le CO2 pour le réinjecter dans les serres.

Enfin, nous sommes en discussion avec différentes métropoles du Sud-Ouest, où nous pourrions installer un centre de formation pour les opérateurs de la biomasse et une équipe de R&D pour le développement de solutions d’intelligence artificielle et numériques (la French Tech Hautes-Pyrénées met l’accent sur la transition énergétique, NDLR).

Vos convictions vous ont amené à faire évoluer votre modèle économique. Racontez-nous. 

J.R. : Nous avons en effet choisi de coller davantage à nos convictions, mais aussi aux réalités du marché. Nous sommes ainsi passés d’un modèle économique matérialiste à un modèle basé sur l’économie de la fonctionnalité. Nous construisons nous-mêmes les centrales, nous en restons propriétaires - ce qui nous permet notamment de gérer leur recyclage en fin de vie -  et nous proposons la revente d’énergie à nos clients.

« Nous sommes passés à un modèle basé sur l’économie de la fonctionnalité pour créer de la richesse en local et ne pas polluer sur le long terme. »

L’idée est de créer de la richesse en local, d’embaucher localement et de ne pas polluer sur le long terme. En portant l'investissement – entre 500 000 et 4 M€ selon le type de centrale – et le risque, nous espérons contourner la peur de l'innovation, ressentie en France. En retour, le client s'engage à acheter notre électricité ou notre chaleur sur 5 à 10 ans.

Quelles ont été les conséquences de ce changement de vision en interne ?

J.R. : Elles sont d'abord financières. Puisque nous portons les investissements futurs, nous avons besoin de plus de capitaux. Nous avons déjà levé 5 millions d’euros en quatre ans, portés par le désir de la population de voir émerger notre solution (financement participatif) et soutenus par nos actionnaires (les deux fondateurs, Jean Riondel et Hubert Sabourin à hauteur de 40 et 12 % et 140 actionnaires privés, dont le plus important détient 5 %) . Désormais, nous lançons une nouvelle levée de fonds de 10 millions d’euros : nous espérons lever 2 M€ auprès de particuliers via la plateforme Tudigo. Pour les autres 8 M€, nous voulons convaincre des industriels qui auraient besoin de notre technologie pour se développer.

Les conséquences sont aussi "humaines". Nous avons une ambition très forte : devenir un leader mondial des énergies renouvelables non-intermittentes de petite puissance. Nous ne pouvons imaginer atteindre un tel objectif avec une seule tête, un seul patron. A l'époque de l’entreprise libérée, notre développement passera inévitablement par des entités autonomes et libres. Je penserai avoir réussi le jour où Mini Green Power volera de ses propres ailes. 

Jean Riondel, président et co-fondateur de Mini Green Power.
Mini Green Power a réalisé 1,2 M€ de chiffre d'affaires en 2018. Président de la PME, Jean Riondel prévoit de clore l'exercice 2019 à 7 M€. — Photo : Mini Green Power

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