Nouvelle-Aquitaine

Énergie

Interview Alain Rousset : "Il faut penser en accéléré à la fin des énergies fossiles et retrouver une souveraineté"

Entretien avec Alain Rousset, président de la Région Nouvelle-Aquitaine

Propos recueillis par Astrid Gouzik - 09 mai 2022

La guerre en Ukraine et les tensions autour du prix de l’énergie ajoutent du crédit à une politique industrielle engagée depuis une dizaine d’années par la Région Nouvelle-Aquitaine, sous l’impulsion d’Alain Rousset : créer un écosystème d’entreprises pour préparer les transports de demain.

Alain Rousset, président de la Région Nouvelle-Aquitaine.
Alain Rousset, président de la Région Nouvelle-Aquitaine. — Photo : Astrid Gouzik

Depuis une dizaine d’années, vous parlez de "dé-diésélisation" des transports. Qu’est-ce qui vous a poussé à en faire une des priorités de la politique industrielle de la Région ?

Je suis à l’écoute, depuis longtemps, de ceux qui alertent sur les conséquences du changement climatique et sur l’inertie économique, sociale, culturelle de nos sociétés. Nous avons travaillé avec 450 scientifiques qui ont produit deux rapports, l’un sur le réchauffement climatique, l’autre sur la biodiversité. Tout cela s’est transformé en politique régionale. Nous avons repris toutes nos politiques à l’aune des conséquences de la transition environnementale. Ça a donné Néo Terra (la feuille de route dédiée à la transition écologique et énergétique en Nouvelle-Aquitaine) en 2018 et nous sommes en train d’écrire Néo Terra 2.

Il faut penser en accéléré à la fin des énergies fossiles et retrouver une souveraineté. La crise géopolitique et la guerre en Ukraine renforcent l’exigence de cette transition. Et puis, c’est un joli défi technologique, il faut penser avec la transition écologique à la réindustrialisation et à la ré-acquisition des compétences.

Est-ce la raison pour laquelle la Région soutient l’implantation et le développement d’entreprises qui produisent des technologies permettant de réduire notre dépendance au diesel ?

Nous travaillons depuis 10 ans avec Hydro-Québec qui a ouvert un laboratoire de recherche (à Lacq), Forsee Power est arrivé en 2018 à Chasseneuil-du-Poitou (Vienne), nous avons aussi soutenu financièrement l’implantation d’ACC à Nersac (Charente). Cela prend du temps mais je préfère créer un écosystème que d’avoir une installation "one shot". Je ne suis pas dans la stratégie de refaire un Ford. La stratégie industrielle de la Région s’appuie plutôt sur les PME, les ETI, les relations collaboratives entre les grands groupes et ce tissu d’entreprises. L’écosystème est assez robuste.

Notamment autour des batteries pour les véhicules électriques. Quels sont les enjeux ?

Le défi n’est pas la batterie telle qu’elle est aujourd’hui, mais la batterie du futur pour laquelle les éléments qui nous viennent de Chine et de Russie seront beaucoup moins importants. L’idée est de changer d’approvisionnement et de penser une batterie plus puissante, facilement rechargeable. D’où l’importance de tout le réseau de recherche que l’on a mis en place avec Hydro-Québec, Saft, ACC, avec les chimistes comme Solvay et Arkema…

Concernant les compétences de la Région en matière de transports, quels sont vos objectifs ?

Aujourd’hui, chaque fois que l’on renouvelle un contrat pour le transport scolaire, on inclut une clause pour dé-diéséliser une partie des véhicules, qu’ils passent à l’électrique, au BioGNV et demain à l’hydrogène. On fait rouler près de 5 000 bus par jour, donc l’impact sur le climat est significatif. L’idée étant qu’en 2030 tous les bus de la Région n’utilisent plus de diésel.

On a également créé le Ferrocampus à Saintes (Charente-Maritime) dont l’objectif est de travailler sur le train du futur. Et les 62 rames de TER qui sont en révision de mi-vie à Périgueux seront remotorisées. L’investissement pour la Région est d’environ 200 millions d’euros.

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