Manche

Électronique

Interview Matthieu Millet, fondateur de Remade : « Tout a été orchestré pour me salir »

Entretien avec Matthieu Millet, fondateur et ex-PDG de Remade

Propos recueillis par Isabelle Evrard - 06 février 2020

Alors que Remade, la PME de reconditionnement de smartphones qu'il a fondée, vient d'être reprise à la barre du tribunal de commerce, Matthieu Millet sort de son silence. En exclusivité pour Le Journal des Entreprises, le Normand se défend face aux attaques qui fusent de toutes parts. Il conteste le rapport du cabinet d'expertise et répond à ceux qui pointent du doigt sa gestion.

Pour Matthieu Millet, PDG de Remade, « c’est la motivation du candidat qui compte et pas son CV ».
Matthieu Millet dans son entreprise, en 2018. « Tous les rapports étaient unanimes : nos prévisions avaient été jugées réalistes, tant au regard de la stratégie du marché, que concernant nos statistiques de production », se défend le dirigeant déchu. — Photo : Isabelle Evrard - Le Journal des Entreprises

Créée en 2013 par Matthieu Millet, l’entreprise de reconditionnement de smartphones Remade, basée à Poilley dans la Manche, était l’une des PME normandes les plus prometteuses. En très fort développement, l’entreprise lève 125 millions d’euros en 2018 pour se développer à l’international. Pourtant, un an plus tard, tout s’écroule. À l’été 2019, apparaissent de graves problèmes de trésorerie. L’entreprise est finalement placée en redressement judiciaire le 26 septembre, puis en liquidation judiciaire, deux mois plus tard, le 28 novembre. Le tribunal de commerce de Rouen valide, le 16 janvier 2020, l’offre de reprise du PDG de Fourth Wave Technology, Suresh Radhakrishnan : 118 salariés sont repris, mais plus de deux cents restent sur le carreau. L’ancien PDG, qui devrait faire face à une plainte nominative au pénal, selon l’avocat du Comité économique et social de l’entreprise Thomas Hollande, s’exprime sur les attaques qui sont menées contre sa gestion de l’entreprise.

Le Journal des Entreprises : Le rapport du cabinet d’expertise Syndex, mandaté par les représentants des salariés de Remade, fait état d’un chiffre d’affaires artificiellement gonflé pour masquer les difficultés et de flux « controversés ». Que répondez-vous à ces accusations sur votre gestion ?

Matthieu Millet : Je suis en désaccord total avec tout ce qui est dit, je sais qui je suis et ce que j’ai fait. Le rapport du Syndex a été fait sans connaissance des outils de gestion de l’entreprise. C’est du grand n’importe quoi ! Tout était à la vue des actionnaires. Il n’y avait rien de caché.

Ce même rapport soutient également que le modèle économique de Remade n’était pas viable…

Matthieu Millet : C’est faux ! Nous avions, au moment de la levée de fonds de 125 millions d’euros à l’été 2018, demandé plusieurs audits auprès de plusieurs cabinets spécialisés : un audit stratégique, des audits financiers et un audit prévisionnel.

Comme je l’avais expliqué au Journal des Entreprises à l’époque, tous les rapports étaient unanimes : nos prévisions avaient été jugées réalistes, tant au regard de la stratégie du marché, que concernant nos statistiques de production. Syndex n’a pas, là non plus, tenu compte des rapports effectués à la demande des actionnaires, Idinvest et LGT. Notamment, l’audit industriel, établi par Alvarez & Marsal, qui prouve la rentabilité industrielle de l’usine. J’ai transmis aux actionnaires tous ces tableaux d’analyses, de marges et de prix de revient de l’ensemble du process, avec les analyses de profitabilité par lot, par achat et par modèles.

« Je ne suis pas de nature à me laisser faire. Je suis en train de monter mes dossiers pour aller en justice. Je vais tout faire pour faire jaillir la vérité. »

Ces gens-là parlent sans savoir, sans avoir lu les documents : quand on n’a pas vérifié les documents, on se tait et on n’écrit pas de tels rapports !

Comment expliquez-vous qu’une entreprise comme Remade, qui affichait 131 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2017 et qui a bénéficié au total de plus de 150 millions d’euros de levées de fonds, ait chuté aussi rapidement ?

Matthieu Millet : Dans le dernier tour de financement en avril 2019, tous les investisseurs étaient prêts à remettre au pot, ensemble, avec le prêteur, LGT Private Debt. Mais le prêteur a préféré prendre la main, et la majorité, et le contrôle de l’entreprise. Je n’ai pu accepter cela et j’ai donc décidé de donner ma démission, en pensant que la société était financée et sortie de l’ornière.

Je les ai laissés travailler et définir eux-mêmes le besoin de financement. Le problème était que le besoin en trésorerie a été sous-estimé par la nouvelle direction. Je n’ai appris, qu’après avoir démissionné de la direction stratégique, que le besoin en cash était supérieur.

« Jamais on ne m’a laissé m’expliquer, alors que je sais et peux tout prouver. »

On essaye de me faire porter le chapeau. Toutes les attaques sont unilatérales et à charge. Tout a été orchestré pour me salir. Mais je ne suis pas de nature à me laisser faire. Je suis en train de monter mes dossiers pour aller en justice. Je vais tout faire pour faire jaillir la vérité.

Comment avez-vous vécu ces derniers mois ?

Matthieu Millet : Cela a été très difficile à vivre pour ma famille et moi. Le cœur est vraiment touché. J’ai beaucoup investi dans cette entreprise. Je me suis engagé auprès de beaucoup de personnes, et maintenant je passe vraiment pour un imbécile.

Une partie des équipes de Remade se trompe de coupable et je veux bien croire qu’elles se soient senties trahies, mais jamais on ne m’a laissé m’expliquer, alors que je sais et peux tout prouver. Quand la vérité sortira, tout le monde aura l’air stupide de m’avoir atomisé, alors que j’étais en mesure de sauver la boîte.

Pour Matthieu Millet, PDG de Remade, « c’est la motivation du candidat qui compte et pas son CV ».
Matthieu Millet dans son entreprise, en 2018. « Tous les rapports étaient unanimes : nos prévisions avaient été jugées réalistes, tant au regard de la stratégie du marché, que concernant nos statistiques de production », se défend le dirigeant déchu. — Photo : Isabelle Evrard - Le Journal des Entreprises

Poursuivez votre lecture

-30% sur l’offre premium

Abonnez-vous Recevez le magazine imprimé
tous les mois

Voir les offres d'abonnement

Newsletter

Inscrivez-vous pour recevoir la version gratuite de nos newsletters dans votre boîte mail