Normandie

Défense

La Normandie renforce ses positions au salon de l’armement Eurosatory

Par Sébastien Colle, le 15 juin 2022

Les entreprises normandes de la filière aéronautique, du spatial, de la défense et de la sécurité ont fait leur retour au salon de l’armement Eurosatory, après deux années d’interruption pour cause de crise sanitaire. Avec pour ambition de renforcer leurs positions et leur visibilité dans un monde en pleine phase de réarmement massif.

Plus d’une vingtaine d’entreprises normandes se sont rendues au salon de l’armement Eurosatory, sous la bannière de la filière aéronautique, défense et spatial Normandie AeroEspace (NAE).
Plus d’une vingtaine d’entreprises normandes se sont rendues au salon de l’armement Eurosatory, sous la bannière de la filière aéronautique, défense et spatial Normandie AeroEspace (NAE). — Photo : Sébastien Colle

Après deux ans de diète de salons professionnels, la filière normande de l’aéronautique, du spatial, de la défense et de la sécurité, Normandie AeroEspace (NAE), fait son retour au salon Eurosatory, spécialisé dans l’armement pour les armées de terre. Avec plus d’une vingtaine d’entreprises sur son pavillon, NAE cherche à renforcer ses positions au moment où les nations sont en pleine phase de réarmement depuis plusieurs années, avec une accélération du processus depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine. Une opportunité à saisir pour les entreprises selon Hervé Morin, président de la Région Normandie et ancien ministre de la Défense (sous la présidence de Nicolas Sarkozy) : "Il y a un virage stratégique lié à la guerre en Ukraine. Car même si l’accroissement des budgets militaires était observable partout dans le monde avant l’Ukraine, la nouveauté c’est la prise de conscience des Européens qu’ils ne peuvent pas seulement fonder leur défense sur l’Alliance Atlantique avec les USA. J’espère que c’est le réveil des Européens, même si je reste interrogatif face à des nations qui ont démissionné depuis des décennies. Alors cette nouvelle donne, pour l’industrie française et normande, c’est le signe de très bonnes années à venir, liées notamment à des ruptures gigantesques dans des domaines comme l’énergie, la défense et la sécurité".

L’enjeu de l’emploi et de la formation

Une situation mondiale de réarmement et de multiplication des conflits qui doit permettre de donner "des opportunités fortes de business pour nos entreprises", souligne Philippe Eudeline, président de NAE, mais peut-être aussi de pallier les difficultés de recrutement rencontrées par la filière : "Puisque tout le monde se réarme, cette situation dangereuse peut donner envie à des jeunes de s’engager dans nos métiers avec l’idée de participer à l’effort de défense de la nation. Car, les équipements sont de plus en plus complexes et nous avons besoin de beaucoup de compétences pour mener à bien les projets". Mais, pour bien former et recruter, "nous avons besoin que les entreprises nous remontent leurs besoins pour ouvrir des formations correspondantes", insiste Hervé Morin qui souhaite augmenter les effectifs de formation de 20 à 30 % "pour former entre 3 000 et 4 000 ingénieurs en plus en Normandie".

Rendre les entreprises attractives

Mais, les entreprises rencontrent des difficultés dans leurs recrutements. En effet, la crise a amené un changement dans les mentalités, avec plus d’exigences des candidats par rapport au télétravail, ou encore en matière d’avantages. La filière aéronautique a également dû faire face à un "avion bashing" (dénigrement de l’avion) important depuis plusieurs années, et qui a laissé des traces. Des ingénieurs ont ainsi commencé à quitter la filière "ce qui n’était jamais arrivé auparavant, et les jeunes candidats ont été très réceptifs aux arguments des anti-avions", souligne Philippe Eudeline. Normandie AeroEspace s’est saisie de ce sujet et travaille à mettre en avant le souci de l’environnement et du développement durable des membres de la filière : amélioration des outils de travail, moindre consommation et développement de la RSE (responsabilité sociale des entreprises). "Nous voulons que nos membres communiquent sur tous ces sujets, afin de se donner les moyens d’attirer les candidats", insiste le président de NAE. La filière a même mis en place un comité d’entreprise partagé pour ses membres : "Beaucoup de PME n’avaient pas de comité d’entreprise. C’est un outil de plus à mettre en avant auprès d’un candidat lors d’un recrutement".

Le virage de la diversification

Des entreprises pour lesquelles la filière normande souhaite également revoir les modèles de développement en prenant le virage de la diversification. "Nous avons constaté au cours de la crise que les entreprises tournées à 100 % vers l’aéronautique sont celles qui ont le plus souffert, ainsi que celles uniquement orientées vers l’aéronautique et l’automobile. C’est pourquoi nous avons lancé l’action "Puissance 10", qui permet chaque mois à une trentaine de membres de se réunir pour partager leurs réseaux et accélérer leur diversification", précise Philippe Eudeline. Les secteurs de la Défense et de la Sécurité se sont naturellement imposés aux membres de NAE pour assurer cette nécessaire diversification, et la filière a créé un comité Défense en octobre 2021. L’objectif de ce nouvel outil est de permettre aux membres de NAE de mieux comprendre le marché, qui sont les grands acteurs, les réseaux, ou encore les mécanismes d’appels d’offres dans ce domaine spécifique. Des initiatives bienvenues dans une filière qui propose 350 postes à pourvoir en Normandie sur l’année 2022, et dont plus de 200 sont encore à prendre.

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