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Interview Gaëtan Müller (Asvel) : « Ne pas mélanger affaires et amitié »

Entretien avec Gaëtan Müller

Propos recueillis par Prpos recueillis par Audrey Henrion - 18 avril 2017

L'ancien basketteur professionnel devenu entrepreneur est, à 34 ans, président délégué de l'Asvel Basket et à la tête de sa propre structure de marketing sportif. L'ami de Tony Parker revendique un parcours étonnant, témoignant d'une incroyable capacité de rebond.

Le Journal des Entreprises
Le Journal des Entreprises — Photo : Le Journal des Entreprises

Le Journal des Entreprises : Votre parcours est hors du commun. Parlez-vous de "destin" à ce propos ?

Gaëtan Müller : « En tout cas, enfant, même dans mes plus beaux rêves, je n'aurais pas imaginé avoir autant de chance ! J'ai été élevé par une maman célibataire très cadrante dans un quartier modeste à côté de Rouen. Je pratiquais le foot comme beaucoup de gamins jusqu'à ce que je croise le chemin d'un ancien basketteur professionnel, le papa de Tony Parker. Il organisait des tournois interquartiers à côté de chez moi. J'ai découvert et adoré ce sport, et suis devenu, à 14 ans, ami avec Tony Parker. Trois ans plus tard, à 17 ans, je suis devenu joueur professionnel. Et en 2000, en équipe de France Junior avec Tony, nous étions sacrés Champion d'Europe. »

Et votre carrière s'interrompt brusquement...

G.M. : « Pas si brusquement en fait, j'avais anticipé mon retrait. Deux blessures successives au genou sonnent comme des signaux d'alarme, me laissant entrevoir un virage dans ma carrière sportive. Que je poursuis cependant à Feurs, Paris, Besançon, Lausanne en Suisse puis Bordeaux. J'étais sous contrat pendant deux ans mais au terme de la première année, les choses apparaissaient compliquées pour moi à cause de mon genou. Nous sommes en 2006-2007, j'ai 25 ans. Je décide d'arrêter la carrière sportive, je négocie de quitter mon club avec 10 000 euros. Et file à New-York pour suivre un stage dans le marketing sportif. À mon retour je crée GM Sport Consulting avec les 10 000 euros mis de côté. Nous sommes en 2008-2009. De retour en France, constatant le déficit d'image des joueurs de basket en France par rapport au succès que connaissent les joueurs aux Etats-Unis, je propose à Tony de travailler avec lui mais aussi avec d'autres. Et le succès est au rendez-vous. En 2012, j'embauche deux collaborateurs et Tony Parker me confie la gestion de son image. »

Comment gérez-vous une relation à la fois d'affaires et d'amitié ?

G.M. : « Nous assumons deux facettes. Nous nous parlons tous les jours depuis que l'on a 14 ans. Pour être ami avec Tony, je n'ai pas attendu qu'il soit une méga star et lui n'a pas attendu que je lance mon entreprise. On est vraiment potes, témoins respectifs de nos mariages, parrains de nos enfants, on part en vacances ensemble. Si on veut que notre amitié ne soit pas fragilisée par le monde des affaires où les choix sont parfois durs, il faut que l'on s'en tienne à nos règles. De mon côté je ne voulais pas être "Tony Parker dépendant", raisons pour laquelle je gère l'image de beaucoup d'autres sportifs. Alors quand on bosse on bosse, et quand on se voit hors boulot on est amis. On fait très attention à ces frontières car nous aurions tous les jours l'occasion de dévier. »

Assumez-vous votre statut d'autodidacte de l'entrepreneuriat ?

G.M. : « Je n'ai pas de diplôme de management, ça ne veut pas dire que je n'ai pas beaucoup travaillé mon sujet ! En arrêtant le sport de haut niveau, qui était très exigeant en matière de volume de travail, j'ai opéré une sorte de transfert vers l'apprentissage de l'entrepreneuriat. Je me suis formé en lisant des ouvrages spécialisés, en interrogeant mes pairs plus expérimentés... »

Le sport de haut niveau de vous manque-t-il pas ?

G.M. : « Non car j'ai investi toute mon énergie dans l'entrepreneuriat, un milieu passionnant, où l'on prend des risques, où l'on fait de belles rencontres, où on anticipe le jeu d'éventuels concurrents. Tout comme j'étais obnubilé par le sport, je suis aujourd'hui obsédé par l'entrepreneuriat, c'est ma passion, un plaisir, j'apprends tous les jours. Mais quand je regarde le chemin parfois semé d'embûches, heureusement que je ne savais pas à quoi m'attendre en fonçant tête baissée ! »

Quelles "belles rencontres" ont jalonné votre chemin d'entrepreneur ?

G.M. : « Je me nourris des grands dirigeants que sont Bruno Rousset (April) Laurent de la Clergerie (LDLC), Jean-Marc Brun (groupe Adequat), Jean-Claude Lavorel (fondateur de LVL Medical) Hervé Legros (Alila)... Je les rencontre souvent, si j'ai besoin d'un conseil je décroche mon téléphone et mon interlocuteur se rend disponible pour un café, un déjeuner. Je leur pose des questions, ce sont comme des coaches : mes problèmes ont été les leurs. Je leur soumets mes questions, mes doutes, c'est une chance de les avoir. Je ferai quand même des erreurs mais j'apprends beaucoup. J'ai tissé un réseau en créant des relations que je crois sincères, honnêtes. Ces hommes sont à mes yeux exemplaires dans le monde de l'entrepreneuriat, tout en restant très humbles. »

Vous êtes président délégué de l'Asvel Basket, détenu à 100 % par Infinity Nine Sport dont vous êtes actionnaire, mais quid de votre propre entreprise GM Sport Consulting ?

G.M. : «  En 2014, quand Tony a repris l'Asvel j'habitais Rouen, mes bureaux étaient à Paris. Tony m'a demandé de monter un petit pool d'investisseurs de prendre la présidence délégué du club. Comme entrepreneur je voulais faire partie de l'aventure en étant un modeste actionnaire, c'était important pour moi. Simultanément, j'ai trouvé une personne pour organiser mon entreprise et scinder les deux affaires. Car 2015 a aussi été celle d'une étape importante pour GM Sports Consulting : j'ai réalisé une fusion acquisition avec Sport Plus Conseil fondée par Pascal Biojout en 1996. GM Sports Consulting c'est aujourd'hui 20 salariés et 4 millions d'euros de chiffre d'affaires. Nous faisons du conseil de marques pour les entreprises, nous organisons une vingtaine d'événements (tennis, hand, basket) et gérons l'image des joueurs (Jo Wielfried, Caroline Garcia). Et je gère personnellement l'image de Tony. »

Quel est votre prochain projet ?

G.M. : « Nous sommes associés dans le tournoi de Tennis de Lyon, « l'Open Park » qui se tiendra du lundi 20 au samedi 27 mai au coeur du Parc de la Tête d'Or. Jo Wilfried Tsonga est notre ambassadeur, le directeur de tournoi est Thierry Ascione, l'entraîneur de Jo, lui-même Lyonnais. L'idée est de faire Roland Garros avant l'heure, dans un lieu unique. Comme l'US Open qui se déroule à Central Park à New-York, ce type de tournoi ne s'est jamais réalisé en France dans un parc. On montera un terrain sur le vélodrome avec une capacité de 4 000 spectateurs. D'ailleurs, la billetterie est bien partie, les partenaires suivent. Parmi les joueurs on compte sur le n° 4 mondial Milos Raonic, Nick Kyrgios qui figure dans le Top 15... Il s'agit du plus beau plateau après Roland Garros et Bercy ! »

Votre priorité à Lyon reste le développement de l'Asvel Basket...

G.M. : « Nous avons été champions de France en 2016 et on est en quart de finale de la Coupe d'Europe, ça crédibilise. Désormais, nous entrons dans la phase économique de développement à travers la TP Adéquat Academy et la nouvelle Arena. Ce sont deux piliers forts qui vont nous permettre de passer un cap. »

Lequel ?

G.M. : « En 2014 j'avais annoncé un calendrier en terme de développement de chiffre d'affaires, on s'y tient ! Nous étions à 5,3 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2014, nous arriverons à 7,5 millions d'euros en 2017, soit une croissance de 2 millions d'euros. »

Et puis l'Arena, la future grande salle du club va peser dans l'essor de l'Asvel Basket...

G.M. : « Nous voulons devenir leader européen, et passer de 7,5 à 15 millions de budget à 7 ans. La salle qui sera opérationnelle entre 2020 et 2021 va nous permettre de faire cette bascule. On passera de 6 000 à 10.000 places et de 4 millions à 7 millions de revenus liés au marketing. Logiquement les bons résultats entraîneront un cercle vertueux, tandis que le centre de formation devrait apporter un chiffre d'affaires de 3 millions d'euros à cinq ans, tout en diminuant notre budget d'achat de joueurs. »

Il y a le business, et le reste...

G.M. : « Nous faisons du sport business et l'assumons. Notre chiffre d'affaires est d'ailleurs modeste au regard de ce que font d'autres entreprises. Sauf que nous sommes très exposés médiatiquement. C'est la raison pour laquelle je veux profiter de cette exposition médiatique pour avoir une implication sociétale sur le territoire. »

Vous engagez-vous publiquement en faveur d'un candidat à l'élection présidentielle ?

G.M. : « Localement je travaille en proximité avec Gérard Collomb qui soutient Emmanuel Macron, avec Jean-Paul Bret qui est un soutien de Benoît Hamon (PS) et Laurent Wauquiez qui milite en faveur de François Fillon... Pour que je m'exprime ouvertement, ce serait pour assumer mon vote contre Marine Le Pen si elle accéde au deuxième tour. »

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