Métallurgie

Faillite de Greensill : inquiétudes sur l'avenir du métallurgiste Liberty en Moselle et dans le Nord

Par Lucas Valdenaire, le 15 mars 2021

Le récent dépôt de bilan du bailleur de fonds britannique Greensill risque d’entraîner des faillites en cascades. Le groupe GFG Alliance, propriétaire du sidérurgiste Liberty, pourrait vaciller. Une nouvelle menace pour Liberty Rail en Moselle et Ascoval dans le Nord, deux sites repris il y a seulement huit mois. 

Le groupe britannique Liberty, détenu par GFG Alliance, a repris l’usine France Rail Industry à Hayange (Moselle) en juillet 2020.
Le groupe britannique Liberty, détenu par GFG Alliance, a repris l’usine France Rail Industry à Hayange (Moselle) en juillet 2020. — Photo : Jean-François Michel

La nouvelle est tombée à Londres et elle pourrait avoir de sérieuses conséquences à 600 kilomètres de là, en Moselle. La société financière Greensill a officiellement déposé le bilan le 8 mars et elle pourrait entraîner plusieurs de ses clients dans sa chute. Parmi eux figurent le Crédit Suisse, le fonds d’investissement japonais Softbank ou encore GFG Alliance, l’un des derniers groupes sidérurgiques européens. Ce dernier, conglomérat dirigé par l’homme d’affaires indien Sanjeev Gupta, est propriétaire du groupe britannique Liberty, qui avait repris en juillet 2020 l’aciérie d’Ascoval à Saint-Saulve (Nord) et le fabricant de rails France Rail Industry à Hayange (Moselle), devenu Liberty Rail.

Par effet domino, les 450 salariés de l'usine mosellane (CA 2020 : 250 M€) replongent donc dans l’incertitude, tout comme les 270 salariés du site nordiste, qui connaissent là un énième rebondissement dans le long feuilleton de la reprise de leur site.

Un carnet de commandes "bien rempli"

Selon le Financial Times, Greensill assure que GFG Alliance lui doit 5 milliards de dollars et commence à faire défaut sur ses remboursements. Le 7 février, GFG Alliance a consenti qu’il risquait effectivement la faillite si Greensill ne lui apportait plus le fonds de roulement nécessaire. Dans un communiqué publié le 9 mars et partagé par l’agence Reuters, GFG assure que "le groupe dans son ensemble reste solide et qu’il bénéficie de l’évolution des prix de l’acier, actuellement au plus haut depuis treize ans, tout en reconnaissant que certaines activités britanniques sont sous pression, parmi lesquelles les aciers de spécialité." Mais Sanjeev Gupta a assuré aux représentants de syndicats britanniques que Liberty Steel disposait "des financements nécessaires pour tenir ses engagements actuels et qu’il recherchait des solutions alternatives à plus long terme".

Pas de quoi rassurer les syndicats mosellans, loin de là. "C’est affreux d’apprendre la nouvelle de l’extérieur, d’être mis devant le fait accompli et de voir à quel point le dialogue social n’est pas assuré, déplore Cédric Reuter, secrétaire général CFDT métallurgie et sidérurgie Nord Lorraine. Il y a encore quinze jours, on nous annonçait plusieurs millions d’euros d’investissements. On ne va pas nous faire croire que la situation s’est dégradée en quelques jours." Selon le syndicaliste, le problème n’est aucunement lié à un manque d’activité, le carnet de commandes mosellan étant aujourd’hui bien rempli.

CSE extraordinaire et réunions avec Bercy

C’est pourquoi les syndicats lorrains ont réclamé la tenue d’un comité social et économique extraordinaire le 11 mars et d’une rencontre avec les représentants du ministère de l’Economie pour évaluer l’impact que peut avoir la faillite de Greensill sur le site d’Hayange et trouver des solutions "pour limiter la casse". Selon les propos de Bercy rapportés par la CFDT, plusieurs options sont sur la table comme le refinancement "rapide" du groupe via d’autres prêteurs à hauteur de 4,5 milliards d’euros. Si cela n’est pas possible, "l’État se porterait garant d’un soutien total à Hayange et Ascoval, et envisagerait diverses solutions, non encore établies". De son côté, la CFDT propose que l’État rentre au capital.

La direction de l’usine d’Hayange n’a pas encore répondu à nos sollicitations. Mais, selon la CFDT, cette dernière "admet tout de même que, bien qu’il n’y ait pas péril en la demeure dans l’immédiat, la stratégie d’augmentation de capacité en cours pour Hayange et Ascoval est freinée par les évènements. Cependant, la direction souhaite poursuivre sur les axes d’amélioration déjà en cours, dont les investissements concernant la rénovation de l’outil."

La situation est assez préoccupante pour inquiéter la Région Grand Est. "Le maintien de l'activité de production et de l'emploi sur ce site représente un enjeu de souveraineté nationale", plaide son président Jean Rottner, qui se dit prêt à mobiliser "l'ensemble des dispositifs (de la Région) pour soutenir tout projet de reprise si la cession par le groupe Liberty Steel se confirmait."

De son côté, le gouvernement se veut rassurant. Dans une interview accordée à France 2, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a promis que "l’État sera derrière tous les salariés et qu’il sera là pour les protéger. S’il y a des difficultés financières, l’État saura faire le pont, trouver des solutions alternatives."

Le groupe britannique Liberty, détenu par GFG Alliance, a repris l’usine France Rail Industry à Hayange (Moselle) en juillet 2020.
Le groupe britannique Liberty, détenu par GFG Alliance, a repris l’usine France Rail Industry à Hayange (Moselle) en juillet 2020. — Photo : Jean-François Michel

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